Moloken - All is left to see

Chronique CD album (32:00)

chronique Moloken - All is left to see

Ce "quelque chose" de malsain qui règne sur "All is left to see" n'avait pas régné aussi lourdement depuis le dernier album de Zatokrev.
Dans la même tension sans avoir (exactement) le même mode musical d'expression, les suédois signent là un album où le moindre halo de lumière est étouffé par une pluie de pierres.

Il ne suffit que de quelques halètements pour nous plonger dans les ténèbres dans lesquels ont été composé ce disque.
C'est en cela que "Subliminal hymns" rappelle Zatokrev. Le petit riff haché au second plan sonore et les lignes de chant hurlantes ne font que le confirmer.

Dans cet atmosphère sombre et délétère, Moloken déroule son style qui oscille entre black-metal ("Burst"), sludge, doom et post-hardcore. Une variété qui va de paire avec celle des influences dont la plus sensible peut être Neurosis, voire Isis.

Portée par une voix terriblement écorchée, déchirante, la musique de Moloken semble transporter et viraliser un flot de violence, tristesse et de détresse.
Cela se fait certes par une écriture inspirée, mais surtout par une capacité à structurer des morceaux en plusieurs temps.

 

Après une introduction de 3 minutes, s'alternent de très courtes pistes avec d'autres plus longues et autrement marquantes.
En offrant un disque loin du linéaire, un étrange rythme s'installe, mais il appuie ainsi la puissance hurlante des titres les plus longs ("Seventh circle" et "I dig deeper").
C'est aussi le moyen de ne pas considérer les trois pistes les plus courtes comme de simples interludes, mais plutôt comme des morceaux à part entière. Loin d'être des transitions, ils animent l'album par leur violence ("Burst"), affinent l'univers musical, travaillent l'ambiance ("I can't hear you") ou marquent une pause ("Wreckage") en proposant des sonorités bien différentes de celles portées par l'étiquette que l'on peut leur poser.

C'est là que Moloken excelle.


Quasi-expérimental parfois, proche du sludge progressif à d'autres moments, cette demi-heure prend des allures quasi-dérangeantes lorsque les cordes tristes de "Beginning of the end" laissent place à une ambiance de désolation à l'image de ce disque.

"All is left to see" ne laisse plus de place à quoi que ce soit. Il détruit tout. Il a les conséquences d'une bombe sonore sans avoir éclaté brutalement...grâce à une écriture et une production qui ne font pas dans le sensationnel mais se veulent précises (marquées notamment par la vibrante et résonnante basse).
A la fois chaotique, puissante, d'un déprimant misérabilisme, la musique du groupe est insidieuse, volontairement accidentée entre la violence et un calme angoissant.

Multi-influencé, Moloken s'est forgé une passionnante et sombre personnalité musicale nourrie par les très longues nuits de sa ville d'Umeå.

photo de Tookie
le 15/05/2017

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