Mork - Det Svarte Juv

Chronique CD album (50 mn)

chronique Mork - Det Svarte Juv

Un corps rachitique gisant sur une terre nue et inhospitalière, occultée par un ciel de cendres, à quelques pas d’un trou d’une profondeur abyssale : difficile d’y voir grand-chose sur cette couv’ du nouvel album de Mork, création de l’artiste français David Thiérrée. L’obscurité y est si intense que l’on se croirait plonger dans le trou du cul d’un taureau lors d’un soir sans lune…

 

Construit depuis 2004 autour d’un projet solo, celui de Thomas Eriksen, mais ne disposant réellement d’un line-up complet pour le live que depuis 2015, Mork et son label Peaceville Records ont eu la bonne idée de sortir le 4e opus du groupe le soir-même de leur passage à l’Inferno Festival d’Oslo, le 19 avril 2019 : quatre morceaux ont été joués en exclusivité ce soir-là ("I Flammens Favn", "På Tvers Av Tidene", "Karantene" et "Siste Reis"). Écrit et enregistré à Halden en Norvège sur trois ans, de 2016 à 2018, au Rottehullet Studio (rebaptisé Likkjelleren Studio en 2018), Det Svarte Juv est passé pour le mastering entre les mains de l’Enormous Door et de Jack Control qui est loin d’être un parvenu (Aura Noir, Darkthrone, Final Conflict, Iron Age, …). Il avait déjà collaboré à la dernière création, Eremittens Dal, sortie seulement en 2017. Prolifique le bougre !

 

Affirmons-le d’emblée : Det Svarte Juv m’a moins convaincu que l’excellent album qui le précède, mais la qualité – grâce notamment à un son authentiquement et délicieusement début des 1990’s – n’en demeure pas moins au rendez-vous. Thomas Eriksen ne s’en cache pas à ceux qui souhaitent l’entendre : les paroles et la musique sont l’occasion pour lui de faire écho à « la période la plus sombre » de sa vie, marquée depuis 2017 par « une tornade de tragédies et de misère » qui a consumé son existence à petit feu. Voilà, voilà, voilà, ben là on a à la fois TOUT et RIEN dit ! N’attendez pas dans ce Black old-school de belles nuances orchestrées ou un joli souffle symphonique. Pas question ! Tout est à l’image de l’artwork et du visuel arachnéen du groupe : c’est brut, froid, sans artifice, tantôt mélancolique, tantôt « vénéneux » (pour reprendre un des qualificatifs favoris de notre Xuaterc). Afin de consommer au mieux cet album, l’idéal serait sans doute d’attendre une journée particulièrement maussade, au cours de laquelle les nuages gorgés d’humidité déversent un flot continu de grosses gouttes sur les fenêtres et la toiture de ton chez-toi…. À moins que tu préfères l’écouter perdu, à la nuit tombante, en plein cœur d’un massif forestier aux reliefs heurtés, tandis que la neige et le froid te tombent sur la tronche ? Perso, la première situation me sied parfaitement !

 

La sonorité vocale, véritable amer de cet album en compagnie des lignes de basse, est ultra-classique, mais très efficace. Notons la présence de plusieurs parenthèses incantatoires à la Gaahls Wyrd ("På Tvers Av Tidene", fin de "I Flammens Favn", "Det Svarte Juv"). Sinon, le BM est ici loin d’être linéaire, puisqu’il se drape souvent d’un Black’n’Roll maîtrisé ("Skarpretterens Øks", "Siste Reis") : c’est alors que la base rythmique revêt une importance cruciale et c’est là que les morceaux me convainquent le plus, avec une double percutante qui se lâche enfin – mais pas assez à mon humble avis – ("Da Himmelen Falt", "Den Kalde Blodsvei", "Karantene"). Les blast-beat riffs ne cherchent pas là encore à innover, mais certains passages, mêlant parfois au sein d’un même morceau des riffs acides, groovy et cristallins, sont très bons, à l’exemple du trippant "Siste Reis" après 1mn45s et surtout après 3mn10s – le meilleur segment de tout l’album –. Mork lâche parfois un p’tit Doom bien mélancolique qui finit d’extirper de ton corps et de ton âme la dernière lichette d’énergie positive que tu possédais ! Mais le groupe ne néglige pas pour autant ses fondamentaux BM (entame de "I Flammens Favn"). Les fans s’en trouveront rassurés.

 

La plus belle réussite de Mork est sans doute d’apparaître depuis plusieurs années maintenant, comme le futur d’un Norwegian Black Metal 100% pur ADN, alors qu’il en est dans le même temps le garant, le gardien, le conservatoire. Et, de mon point de vue, Det Svarte Juv a un mérite principal, celui de ne pas briser cet élan. D’ailleurs, qu’ils s’appellent Fenriz (Darkthrone), Rune Blasphemer Eriksen (VLTIMAS, Aura Noir), Seidemann (1349) ou Silenoz (Dimmu Borgir), tous ses prestigieux pairs plussoient… Et moi ? Hé ben, je plussoie, je plussoie !

photo de Seisachtheion
le 23/10/2019

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