Mucky Pup - Lemonade

Mucky Pup - "Lemonade"
chronique Mucky Pup - Lemonade

Que le cinquième album / agrume de Mucky Puplemousse soit orange et orné d’un simple citron, ça pouvait inciter à penser que celui-ci serait plus acide qu’auparavant… Et c’est en effet pas loin d’être le cas, celui-ci faisant certes plus dans le doux-amer que dans le "qui pique", mais se révélant néanmoins assez loin des pitreries joyeuses qui, jusqu’à Act of Faith, avaient fait de ces Américains les trublions de la Fusion coreusement joviale. Est-ce le départ du membre fondateur Dan Nastasi (guitare) et de Christopher "Junior" LaPlante (basse) qui a provoqué cette soudaine montée de bile? Ou bien sont-ce les humeurs sombres du Rivers Run Red (Life of Agnony) qui ont transpiré d’un studio voisin pour aller imprégner de gris sombre les esprits de ces ex-clowns autrefois responsables du super dansant « Mucky Pumpin' Motion »? Aucune idée. Sans doute des interviews du groupe donnent-elles la réponse à cette question – je dois dire que je n’ai pas vraiment mené l’enquête, je laisse les Sherlock du web s'en charger.

 

En tous cas la couleur globale de cet opus (et là je ne parle plus de la pochette) avait à l'époque de quoi inquiéter les fans des 4 sorties précédentes. Et c’est vrai que les premières écoutes sont un peu cafardeuses, entre les déprimants « How do you live with you » de la deuxième moitié de « Own Up For What You Say », le malaise psychotro-psychiatrique de « Junkie Eyes », l’accablement pesant de « Déjà Vu », les déchirements de « If Wiches Were Fiches » et le pas agonisant du pachyderme fuyant sur « Darkwave Sleeps »… Il y aurait de quoi se tirer une balle! Et là je ne parle pas de Jokari ou de Ping-Pong. L’atmosphère est pesante, les trémolos de la voix de Chris expriment exaspération, rage et désespoir, les hoquets de la guitare râpent plus qu’ils ne caressent les oreilles…

 

... C’pas franchement la fête à la saucisse!

 

Et pourtant, nom de nom, que c’est bon! Cette rancœur vive, cette tension constante, ces mélodies poignantes qui trouvent de solides fondations dans les tourments nouveaux qui agitent le groupe... C’est un carburant nouveau qui brûle sous le capot de la Mucky mobile. Incompatibles, l’attitude jumpy du Casquette&Bermuda-core et la colère impuissante du loser déprimé? Et pourtant « Own Up For What You Say » sautille sur des « IIIIII – You Walk – You Walk Where I Walk YOU WALK WHERE I WALK! » excellemment vénères. Et pourtant ça cavale dur et ça accroche sévère sur les « The Things I Want From Her Are The Things I Got From You » de « Three Sides ». La sublimation de toute cette énergie négative atteint son apogée sur « If Whishes Were Fishes » qui, bien que fondamentalement pessimiste et abandonnant toute porte de sortie vers des prairies plus vertes, fera décoller même le plus youpinawakophile des lapins jaunes vers des olympes métalliques qui transportent l’âme…

 

Alors: tout n’est donc pas que noir broyé, faux pas ruminés et cafard désespéré ici?

 

Pas tout à fait, non. « Three Sides » riffe comme un essaim de guêpes urbaines qui va bientôt piquer. « Beautiful People » se balade les mains dans les poches, la casquette de travers. « Moutain Song » descend de la montagneux-à-cheval avec un brin de colère mais aussi des pâquerettes dans les cheveux (sans parler de sa déclinaison en piste 11 qui s'essaie au mode Psyché/Funk de l’espace, façon « Believe » de Lenny Kravitz). « The TVs On Fire » donne presque envie de siffloter, tandis que « Two Little Men » gratouille avec légèreté et groove. Et puis cette basse maman, cette basse! On ne regrette pas le retour de Marc DeBacker dans la place!

 

Je ne vous cacherais pas que sur le papier, Lemonade avait toutes les cartes en main pour me gaver. Le côté OuinOuin sombre, l’attitude intimiste déprimée et –mante, l’abandon des jumperies franches et des cabrioles Funk Metal… Sauf que les mélodies ont rarement été aussi catchy, le groove aussi abrasif, la tension aussi palpable. Pari et « reconversion » réussis haut la main (...foi d'lapin, je sens que la maîtresse va se retrouver en maillot de bain) !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: un nouveau départ. C’est comme ça que sonne Lemonade, après 4 albums passés à gambader dans les skate parks et à faire de tours de chenapans à Nadine la voisine. C’est un Mucky Pup à l’humeur maussade, la revendication plaintive et la rage au ventre qui nous revient. Un Mucky Pup plus émo? Vils persifleurs! Il a beau sembler pessimiste et abattu, ce Mucky Pup est plus que jamais incisif, pertinent et accrocheur. Et cette limonade est bien plus vivifiante et complexe que ce que pourrait croire les déçus de ce virage plus intimiste…

photo de Cglaume
le 27/05/2018

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