My Own Private Alaska - Amen

Chronique CD album (60 minutes)

chronique My Own Private Alaska - Amen

On ne présente plus My Own Private Alaska. Le groupe a en 2008 plutôt marqué les esprits et les critiques avec son premier EP et son mélange de screamo et de piano. Aujourd’hui, on les connaît pour être les p’tits frenchis signés chez Ross Robinson (qu’on ne présente plus non plus). Préparé pendant un an aux USA, attendu depuis un moment par les auditeurs, AMEN débarque en ce mois de mars avec une question sur les lèvres : «Comment ça va sonner ?».

 

Avant de partir dans une chronique directe de l’album, il est peut être bon de rappeler une chose. La musique est un Art, un projet artistique issu de l’esprit de compositeur et de musicien. C’est un moyen d’expression, qui à travers des mélodies, des notes, des voix, tente de représenter un univers, réel ou non, voire carrément surréaliste et surtout des émotions. Pour tout Art, il faut tester, essayer, expérimenter, mélanger des objets qui peuvent sembler incompatibles, des sonorités étranges ou inhabituelles pour l’oreille…même quitte à perturber et déplaire.

Et si je dis tout ça, ce n’est pas dans le but d’étayer une modeste thèse en Arts, mais par ce qu’à l’écoute d’AMEN, une telle démarche transparait.

 

Effectivement, le trio (ou quatuor ici avec Robinson) traite la musique de façon «artistique», et cela avec les bon côtés…et les mauvais. Le résultat obtenu est une musique originale, personnelle, mais qui va parfois trop dans l’expérimentation et dans l’abstraction, quitte à parfois perdre de vue ce qu’est une chanson. On sent bien que le groupe a voulu retransmettre de la façon la plus juste possible des émotions, des sensations au travers d’une musique où les contraintes sont légions (trois instruments seulement, dont la voix). Le résultat apparait dans l’ensemble convaincant, même très, mais persistent tout de même quelques dérapages ou lourdeurs. Et par-dessus tout, comme toute œuvre d’art qui se respecte, plusieurs interprétations pourront être données, tout le monde ne sera pas touché de la même façon.

 

L’album pourrait être séparé en deux parties. D’un côté les anciens morceaux issus de l’EP que le groupe a entièrement réenregistrés, et d’un autre côté, les tout nouveaux morceaux. Parlons de cette catégorie d’abord. Ceux sont sept titres originaux que le groupe a composés pour AMEN, sept titres illustrant finalement l’évolution du groupe. «Anchorage» ouvre l’album par des spoken words partant en cris par la suite, rappelant finalement la scène screamo. L’orchestration est «classique» pour du MOPA, même si on note de temps en temps des petits bruits électroniques. Arrive ensuite «After You» et «Amen», titres que l’on peut appeler sans problème des singles. Eh oui, le trio a réussit à pondre des singles tout en restant dans son concept d’origine. Puissance, intensité et émotions à fleur de peau, voilà les mots qui résument le mieux les chansons. On se rapproche du premier EP, même si la production apporte un quelque chose en plus, notamment sur le traitement de la voix qui parait encore plus écorchée. «Broken Army» vient nous rassurer, le groupe, malgré ses limitations orchestrales, peut encore être original et épaté. Rythmique très marquée, sonorités du piano envoutante et inquiétante et chant accrocheur. Ajoutez à cela quelques petits effets électroniques signés Robinson et une composition farfelue et vous restez à nouveau scotchés. Là où ça passe mal, c’est quand le groupe s’attaque à une reprise, avec «Where Did You Sleep Last Night ? » (originellement de Leadbelly, promue par Nirvana). Le chant clair fait ici son apparition. L’ambiance reste inquiétante, mais l’ensemble parait un peu trop poussif, exagéré.

 

Par faute de temps, quatre titres de l’EP sont présents. Réenregistrés et remodelés par Robinson, on aurait pu s’attendre a quelque chose de relativement extraordinaire. Pourtant, je reste un peu déçu par ces réaménagements. C’est comme si les morceaux avaient perdu la moelle de ce qu’ils étaient. On perd en intensité et en émotions, la faute à une production qui casse le côté très aérien et pure des morceaux originels. Mais même en étant différents, les titres restent très intéressants et montrent une autre facette du groupe, qui apparait là beaucoup plu dans l’expérimentation. La batterie devient plus folle, décroche du rythme par moment, des effets de rewind et d’accélérations ponctuent les titres, le chant se modèle plus, trouve des échos. L’œuvre en devient plus complète et au lieu de rester dans le concept d’une pureté musicale, du retour au basique de la musique, Robinson complexifie le tout mais en perdant de ce fait l’essence du groupe («I Am Island» en tête).

 

Plusieurs écoutes passent, et un constat s’impose. Le groupe n’a en rien perdu de sa noirceur, de sa capacité à déclencher un état de spleen chez l’auditeur. Tout l’aspect romantique, désespéré et à fleur de peau que pouvait présenter le groupe sur l’EP est encore présent ici. Plus on écoute l’album, plus on entre dans l’univers du trio et plus on tombe dans une sorte de gouffre de néant. Et même si par moment l’écoute devient pénible, il devient difficile de s’en décrocher tant on est absorbé. Un sentiment de malaise, malsain et finalement masochiste nous prend à la gorge. «Ode To Silence», clôturant l’album nous enfonce dans ce malaise avec ses cris et hurlements et piano dissonant. Une torture dont on finit par en redemander.

 

AMEN prouve une chose, My Own Private Alaska n’est pas un groupe comme les autres. Une entité à la fois étrange et passionnante, qui fascine et écœure presque en même temps. Musicalement, le groupe a su inventer et se réinventer en à peine un album et tout en respectant son postulat de départ et adoptant une démarche artistique impressionnante. Et si la frontière entre Art et digression est floue, MOPA semble la franchir de temps en temps, tout en en s’amusant avec. Une chose est sur en tout cas, AMEN ne ressemble à rien de ce que j’ai pu entendre avant.

 

              

photo de DreamBrother
le 31/03/2010

4 COMMENTAIRES

kurton

kurton le 01/04/2010 à 17:00:03

Perso, je trouve que la magie Ross Robinson a eu des effets négatifs sur la rage cradingue du premier EP.

slayer666

slayer666 le 09/04/2010 à 14:43:43

c'est vraiment un vilain mélange ce groupe. Piano + screamo... bouaaarf !!!

2 trucs vrais dans la chronique : "écoeurant" et "jamais écouté ce genre de truc avant"...est-ce une raison pour melanger tout et n'importe quoi sous prétexte d'originalité à tout prix ?
Mais bon...les gouts et les couleurs...donc je m'ecrase. ;))

Tookie

Tookie le 09/04/2010 à 16:25:45

Au départ j'étais super intéressé par la démo, par des premières écoutes troublantes, puis rapidement essoufflé et écoeure par ce concept, avec l'album maintenant : je te suis slayer666 !!
Amen m'a dégouté sur la longueur, c'est surfait, il y a bien un trip, ça tente de jouer le groupe habité mais même si y'a une ambiance pesante dans cet album, au final ça s'avère super lourd....
ça m'a ballonné les oreilles tant ça me parait indigeste...

the_swell

the_swell le 11/04/2010 à 18:11:08

J'ai préféré leurs premièrs EP mais celui n'est pas mal quand même mais à petite dose... le vinyl avec le cd et dvd à l'intérieur c'est la classe !

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