Nasum - Shift

Nasum - "Shift"
chronique Nasum - Shift

Ecrire des chroniques est a priori une activité « Win-Win » (comme disent les crétins de communicants d’entreprise): c’est pour le métalleux passionné et producteur de prose l’occasion de partager ses coups de cœur et ses coups de gueule, et pour le métalleux tout aussi passionné mais plus lecteur que bavard un premier tri qui lui évite de plonger à l’aveuglette dans l’océan de musique qu’internet et l’industrie du disque mettent à sa portée. Enfin ça, c’est surtout vrai les jours en -DI... Parce que le dimanche, c’est repos après tout. Et les chroniques que l’on vous propose en ce jour du gigot aux flageolets ne prétendent rien d’autre que d’offrir une pause relaxante dans un grand bain moussant nostalgique. C’est que vu le nombre impressionnant d’articles consacrés aux albums de Nasum – ceux-ci exprimant par ailleurs peu ou prou le même avis que ce que vous vous apprêtez à lire – on n’imagine pas vraiment qu’on va vous apprendre grand-chose aujourd’hui. Mais qu'importe: si tu veux te décontracter les orteils avec moi et mon canard flottant dans la salle de bain de CoreandCo, lecteur/lectrice, tu es le/la bienvenu(e). Sinon l’exercice restera purement égoïste – après tout, Sinclair lui-même ne disait-il pas « Si c’est bon comme ça, il ne faut pas qu’ça chan-an-an-geuh! »?

 

C’est donc en octobre 2004, 2 petits mois avant un autre bain – plus maousse que moussant celui-là, et surtout mortel (le guitariste / chanteur Mieszko Talarczyk est mort en Thaïlande lors du tsunami de 2004) – qu’est sorti Shift, 4e album longue durée des grindeurs suédois. Point notable, et qu'on note donc: il arrive rapidement – tout juste un an! – après Helvete, album plus « mélodique » (guillemets en gras et police 48) et un peu moins bien uniformément accueilli que les sauvages et précédents Inhale/Exhale et Human 2.0. Et le moins que l’on puisse dire c’est que l’empressement du groupe à sortir Shift 1) aura été quasi-prémonitoire, car vu les tristes événements qui ont suivi, il valait mieux se dépêcher de le mettre en boîte 2) ne l’aura pas empêché de réaliser la synthèse ultime entre les rondeurs mélodiques du troisième album et le côté parpaing dans la trogne des 2 premiers.

 

Car Shift est de ces rares opus – avec le premier Brutal Truth également, ainsi que [...] (liste ici les autres exemples ayant échappé au lapin jaune) – qui permettent à l’« amateur de Death moyen » passant la tête par l’entrebâillement de la maison Grind d’y découvrir un intérieur pour une fois attirant et douillet. Parce que sur les 24 pistes de ce bruyant véhicule sonore, il n’est pas uniquement question de se faire arracher la chair des os par un essaim de piranhas volants profitant d’une tempête de sable pour faire couler le sang... Bon, soyons clair: il est quand même principalement question de cela. Les guitares sont hostiles et broussailleuses comme il se doit, la batterie adopte des cadences d’ailes d’oiseau-mouche, les sermons de Mieszko – parfois épaulé par Rogga Johansson, qui imite bien mieux l’ours – sont débités à la cadence de la mitraillette Hardcore… Sauf que:

* une constante énergie Punk’n’Crust dessine une crête vindicative mais néanmoins amicale sur ce bouillonnant magma décibélique

* de nombreux ralentissements écrasants (sur une bonne moitié des morceaux quand même) permettent de souffler un bon coup et d’essuyer la buée de nos lunettes

* une indéniable touche mélodique scandinave – avec ce que cela signifie de dimension épique et de muscles saillants dans le blizzard – imprègne une part importante des compos (franchement, la fin de la chevauchée « Fury » est limite poignante, et en ce qui concerne « Closer To The End » il faudrait même parler de tragédie héroïque)

Et puis bon sang: je rêve ou bien nombre de morceaux bénéficient d’un refrain accrocheur? Je vous jure! Celui, lourdement head-banguant, de « Fight Terror With Terror ». Le « Keeping my cool but there’s a war inside my head! » de « The Deepest Hole ». Le groove presque décontracté de celui de « Wrath ». Les high kicks en mode « attaque éclair » de « Twinkle, Twinkle Little Scar »...

 

Sans compter que, contrairement à beaucoup de ses pairs, Nasum n’est pas du genre à bricoler vite fait un morceau à partir de 2 riffs et une rythmique unique (à l’exception de « Cornered » et de quelques rares brulots typiques du genre). D’ailleurs le format « Moins d’une minute, emballé c’est pesé » n’est utilisé que pour 5 morceaux, la plupart des titres gravitant plutôt entre 1 à 2 minutes. Et puisque de variété il est question, en plus d’éléments mélodiques et punk, les Suédois ouvrent également la porte au Death pur jus (sur une poignée de morceaux, dont le début de « The Clash » par exemple), au bon vieux Rock graisseux limite Stoner (la fin de « The Deepest Hole », à partir de 1:21, ainsi que celle de « Darkness Falls », qui claque carrément des doigts) et même à des vapeurs psyché-fumette (sur une grosse 2e moitié de « Circle of Defeat »).

 

Mais ce qui attrape le novice par le fond du froc pour le faire revenir encore et encore vers ce fabuleux condensé de violence, ce sont ces véritables tubes que sont « Twinkle, Twinkle Little Scar », « Wrath », « The Deepest Hole », « Pathetic », « Ros », « Hets » ou encore « Fight Terror With Terror ». Non parce que certes, « You Suffer » est également censé être un « tube » dans son genre, mais pas pour les mêmes (pas pour les bonnes!) raisons. Sur Shift, on parle vraiment de putain de morceaux que l’on vit jusqu’au fond des tripes, que l’on mémorise jusqu’au fond des synapses, et qu’on se repasse jusqu’à plus soif.

 

Du coup, déjà qu’on ne portait pas vraiment en haute estime les plaques de Tektonik françaises, le drame qui a suivi la sortie d’un album aussi exceptionnel nous fait vraiment haïr les plaques tectoniques eurasiennes et indo-australiennes… R.I.P. Mieszko.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: Shift, ou le must en terme de Grind à la fois sans concession, mais néanmoins assoupli aux entournures pour faire de l'œil aux amateurs de Death. Dans le genre – et dans une version nettement plus scandinave – on n’avait pas fait mieux depuis Extreme Conditions Demand Extreme Responses de Brutal Truth.

 

 

photo de Cglaume
le 16/12/2018

2 COMMENTAIRES

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 17/12/2018 à 17:58:15

Oui il est bon mais n'apporte pas grand chose après l'ultime Helvete.

cglaume

cglaume le 17/12/2018 à 18:01:00

Perso je le préfère à Helvete (que j'avais chroniqué en face). Mais il faut dire que j'ai découvert Helvete après...

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