Nine Inch Nails - The fragile

Chronique Vinyle 12" (01:43:38)

chronique Nine Inch Nails - The fragile

Rien que de parler de cet album, cela me fait penser au jour où je l'ai trouvé pour la première fois, dans une bibliothèques d'entreprise, à Alcatel précisément. Entre ça et un vieil Obituary, j'étais déjà pas mal surpris par l'éclectisme du choix, moi qui croyais qu'il s'arrêtait à Florent Pagny.

Deux disques, mais, par lequel commencer ? Étant gaucher, j'ai commencé par le Left. Et c'est le meilleur côté selon moi, mais pour une meilleure entrée en matière, il vaut mieux commencer par le Right, plus dynamique, plus "indus", plus sale, où on retrouve du "starfuckers" à tout va, qui se drogue bien et qui se met du Marylin Manson dans le cul avec. Mais déjà on pressent que ça commence à aller de travers, quelques notes grinçantes qui s'accentueront pour finalement plonger dans un autre univers au fil de l'album.

Certains ont couronné Trent Reznor comme l'un des meilleurs musiciens de ce XXe siècle. Pas la peine d'aller dans le grandiloquent, mais retenez simplement que le travail de composition est d'une grande finesse, un travail axé sur l'émotion.

Prenez ce morceau, "The day the world went away" par exemple, cet espace vide et cotonneux à la fois, où même la saturation exacerbée semble être d'une douceur paradoxalement abrasive, où tant d'impressions sont mêlées. Jamais l'on ne s'abaisse au grotesque. Non, on reste au-dessus.

Tout au long de l'album s'interposent des nappes électroniques très diverses, des bidouillages qu'on croirait enregistrés avec un répondeur et de très belles parties de piano, le tout restant -mélodiquement s'entend- assez minimaliste et pop à la fois (ce ne sont pas deux termes opposés d'ailleurs). Minimaliste, mais très bien trouvé; les ambiances se suivent lourdes et pesantes, menaçantes, parfois déchaînées et acides, puis elles s'adoucissent, effondrées, honteuses... Pour mieux se réveiller plus tard. Ce qu'il y a de bien c'est qu'on ne tombe jamais dans la monotonie et le manque d'inspiration, facteur inconnu de cette œuvre.

L'attirance malsaine vers la drogue, le sexe, la destruction, tels sont les penchants -destructeurs- de l'album, mais parfois on croirait dépasser ce quotidien finalement trop banal pour nous les blasés, pour pénétrer dans ce genre de film gigantesque, un des plus vieux d'ailleurs, "intolérance", de par l'immensité de ses images, et le magistral "Pilgrimage" en serait la meilleure interprétation.

Car après le sex drugs & rock'n roll, il faut bien innover, et de fait, la destination avec cet album, c'est ailleurs. On y concentre nos frustrations, les 23 morceaux sont là pour ça. Les quelques nappes de saturation abrasives y aident beaucoup : comment mettre autant de grésillement dans un album qui se veut de réputation mondiale, dans ce monde où c'est tout le temps trop fort, trop dur ? Le clip du titre "We're in this together now" (qui vaut le détour) met en scène la surpopulation, le conformisme, puis la perte d'identité, et enfin la perte tout court.

Sur beaucoup de thèmes, les contrastes sont amenés non pas brutalement (merci), mais par une césure, un déraillement. Des non-dits, des fausses notes calculées, beaucoup de questions en suspend, d'incertitudes, on est loin des premiers albums indus de Reznor, où il fallait tout casser. Ce n'est pas aussi simple, et ça fait plus mal qu'on le pensait.

Il y a tellement à dire sur un tel album, trop vite oublié alors qu'il représente une des meilleures pièces de l'artiste, des plus finies, des plus contrastées. Ici, Trent sort de l'indus, du brutal inutile et de l'orgiaque vers une introspection dégradante mais nécessaire pour traverser une crise.

 

 

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photo de Carcinos
le 03/04/2011

7 COMMENTAIRES

Jull

Jull le 03/04/2011 à 10:25:40

Magnifiquement magnifique...

Alex

Alex le 03/04/2011 à 21:09:08

Pour moi, le meilleur NIN, juste devant The Downward Spiral. Par contre, meilleur musicien du XXe, faut pas pousser non plus hein.

Alex

Alex le 03/04/2011 à 21:09:43

Ah et j'lui mets un 9!

carcijnos

carcijnos le 03/04/2011 à 23:11:59

@ Alex : c'est pas moi qui l'ai dit, et en plus je précise bien que je trouve ça grandiloquent, bref on est d'accord là dessus.

Jull

Jull le 04/04/2011 à 00:42:08

mais la B.O de The Social Network est juste enorme quand meme

Alex

Alex le 04/04/2011 à 00:49:17

Oui oui, je te visais pas, j'ai compris que ce n'était pas toi qui l'affirmais, pas de soucis! :) J'aime beaucoup Reznor, mais en faire le musicien du siècle est "un peu" exagéré ; dans son style peut-être.

vkng jzz

vkng jzz le 23/09/2013 à 23:11:14

le meilleur de la vie

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