No One Is Innocent - Frankenstein

No One Is Innocent - "Frankenstein"
chronique No One Is Innocent - Frankenstein

Elle est parfois dans le ventre, parfois dans la gorge. À chaque fois que l'on ouvre un journal, allume la télé, lance son navigateur internet, elle ré-apparaît.
Elle ne nous quitte pas lorsqu'on lève les yeux et la tête pour regarder ce qui se passe autour de soi.
Elle, cette boule de colère(s), n'a jamais été sensible, aussi grosse, aussi visible, aussi proche d'exploser.

 

Beaucoup se taisent, refreinent leur rage en serrant le poing, silencieusement, bien éduqués.
Certains gueulent, le temps d'un défilé, d'une grève, puis replongent, faussement libérés, amers, dans leur mutisme quotidien en attendant la prochaine manif.
D'autres la crachent en balançant des pavés dans la gueule des flics, parce qu'ils ne peuvent pas atteindre ceux qui les méritent vraiment.

Cette boule de colère(s), c'est celle qui anime No one is innocent depuis plus de 20 ans.


Le groupe n'aura pas fait grand chose pour lutter contre cette fureur incurable si ce n'est la soulager par des mots bien sentis qu'il a le bon sens de partager.
À chacun son rôle, sa mission et Frankenstein la remplit pleinement.

Pendant 40 minutes, l'aigreur que l'on se traîne en bouche est un peu moins âcre, grâce aux mots et l'interprétation de Kemar.
Egal à lui-même, avec ses mimiques vocales, son timbre hyper-reconnaissable et laissant l'impression d'une grande sincérité dans l'interprétation.
Chaque mot claque, chaque haussement de ton résonne. Même lorsque la voix se pose elle impose.
Il y a bien quelques expressions, quelques lignes de chant à raturer ("Nous sommes la nuit"), quelques facilités ("What the fuck") elle ne noircissent pas la prestation de haute-volée sur cet album.
Les mots sont forts et parfaitement maniés pour un français qu'il est si difficile de faire sonner lorsqu'on fait du rock.


Les mots n'auraient pas le même impact sans la puissance de l'orchestre derrière Kemar. No one reprend une recette déjà bien éculée par lui-même et par tant d'autres : (re)faire du RATM.
Une inspiration largement assumée (il ne peut en être autrement), qui prolonge ce que De la Rocha n'a pas voulu poursuivre, ce que Prophets of rage ne parvient pas à égaler.
Malgré les années, malgré un Propagande qui semblait avoir fait le tour du propos musical, le groupe remet ça.

Alors oui, la guitare ressemble à celle de Morello, c'en est parfois presque gênant, mais qu'importe lorsqu'un riff sonne bien, atteint son but...et jamais ne le rate.
 
Cet album est particulièrement  équilibré sur la durée, alternant les tempos d'un rock fusion sautillant, d'un punk enervé, la pose d'une ambiance plus sombre (et donc plus calme).
Il est aussi formidablement efficace. Des titres courts qui renforcent les mots, des compositions classiques mais qui mettent en relief le sens des paroles.

Ces 40 minutes ne guérissent pas, elles sont une parenthèse, un doigt d'honneur à cette boule de colère(s), y compris lorsque le groupe s'amuse à reprendre "Paranoid" de Black Sabbath en fin d'album. Une reprise à double tranchant : entre originalité et de-construction.
Il s'agit de la dernière impression, une sorte de cerise (à vous de décider si elle est pourrie ou pas) sur le gâteau.
Mais peu importe, car 90% de l'album ne laisse aucun doute : No one is innocent n'a jamais été aussi juste en studio. 
Reste à savoir si Frankenstein calme ou attise les colères...

photo de Tookie
le 29/05/2018

3 COMMENTAIRES

sepulturastaman

sepulturastaman le 29/05/2018 à 08:37:48

Le morceau Ali est au dessus du reste, c'est le plus percutant celui dans la veine on a quinze ans.

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 29/05/2018 à 10:22:52

Premier album qui me semble intéressant depuis Utopia...

dayedayedaye

dayedayedaye le 29/05/2018 à 11:05:20

@crom-cruach : Le précédent "Propaganda" etait très bon ;-) .

Et je trouve "Frankenstein" très bon hormis "What the fuck" et le reprise des Black Sabbath qui est ( pour reprendre la chro ) une cerise pourrie ahah

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