Northward - Northward

Northward - "Northward"
chronique Northward  - Northward

Ah Northward, quel cas épineux que voilà... Pour ceux qui déboulent, il s'agit du projet annexe réunissant Floor Jansen (Nightwish / ex-After Forever / ex-ReVamp) et Jørn Viggo Lofstad (Pagan's Mind) orienté hard rock bien calibré comme il faut. Pour tous ceux qui fantasmaient sur le fait de revoir la vocaliste hollandaise dans des registres plus heavy et vénères, autant dire que vous pourrez vous brosser. Et pourtant, histoire de faire taire les mauvaises langues, ce n'est nullement pour enfoncer le clou de la vibe commerciale de Nightwish. Parce qu'en réalité, les titres qui composent ce premier méfait éponyme des deux larrons ont été composé en 2007/2008 à l'issue d'une jam session au ProgPower 2007. Une époque où Floor Jansen était en plein split d'After Forever et burn-out dans sa vie personnelle pour remettre les choses dans leur contexte. Autant dire : ce n'était pas le moment. Il a donc fallu attendre dix ans, alors que les compères de Nightwish s'octroient à un break et une focalisation sur d'autres projets Auri notamment – pour que ce le soit. Il n'est jamais trop tard comme diront les optimistes. Les pessimistes, eux, diront qu'entre temps, pour rester dans une veine musicale similaire avec de la donzelle au micro, il y a comme un Halestorm qui s'est pas mal démocratisé. Et qui signe un excellent crû 2018 avec Vicious. La concurrence est rude en somme. Alors, Northward dépasse ? Clairement, non. L'autre débat qui pourra faire un peu houspiller les fans de Floor Jansen : ces compos sont-elles à la hauteur de son talent ? Non plus, assurément.

 

Prenons les choses une par une. La comparaison qualitative avec le dernier bébé d'Halestorm. Vicious s'impose comme une référence niveau hard rock calibré qui sait tout autant montrer un peu de couilles et pas mal de doucereux pour 2018, c'est un fait. Et pourtant, Northward ne démérite pas forcément. Il propose même du franchement excellent. Il faut dire qu'avec le tandem tubesque « While Love Died » / « Get What You Give » démarre la galette de manière imparable. En se permettant gentiment avec le second d'envoyer Lzzy Hale très loin dans l'horizon en terme de technicité vocale (le dernier refrain haut perché, ce n'est pas n'importe quel quidam issu d'un karaoké ou d'un télé-crochet qui pourra te le sortir pour sûr). Bon, ok, concurrence totalement déloyale pour le coup, on conçoit. De la même manière, le capital efficacité ne s'arrête pas là entre « Drifting Islands », plat d'apparence en premier lieu mais largement haussé par un riff principal couillu et un refrain un brin vicelard, le mid-tempo « Paragon » qui interpelle pour sa guitare claire jouant sur les contretemps ou encore « Northwards », fort classique dans son genre mais blindé d'accroches mélodiques vocales qui font leur petit effet. Tout plein d'arguments qui pourraient pousser au même niveau que la référence américaine donc. Malheureusement contrecarrés par des choses plus dispensables, là où Vicious ne comportait pas vraiment de failles. Citons au hasard un « I Need » qui fait bien bizarre tant il pourrait s'inscrire comme un parfait générique d'anime japonais dans son rythme et construction. Ou encore « Bridle Passion », balade acoustique dont on aurait l'impression curieuse d'avoir déjà entendu le même genre de trucs sur une Face B d'Epica (la façon de chanter rappelle de loin Simone Simons dans les refrains également d'ailleurs). Dommage d'une certaine manière car cela ne se jouait pas forcément à grand-chose, même si cela souligner quand même le fait plus que positif que les dix ans de poussière au fin fond des tiroirs ne se ressentent absolument pas. Peut-être même que Northward serait sorti en temps et en heure l'aurait mieux réussi tant le duo ne se poserait pas malgré lui comme un outsider d'Halestorm.

 

De deux, à la hauteur du talent de Floor Jansen ? Clairement, Northward s'arrête à du rock dur calibré, le fait de manière classique et n'a jamais la volonté de briser les carcans. Qu'il faudrait avoir l'audace de briser si la volonté était vraiment de proposer des compositions taillées au large registre de la Batave. En revanche, on lui reconnaîtra une chose et pas des moindres : ce projet exploite ses capacités de meilleure manière que Nightwish. Jamais l'on ne ressent un quelconque opportunisme mercantile là-dedans, la sincérité est là, l'alchimie entre les deux larrons également et ça fait plaisir à entendre. Comme si on avait enlevé la muselière finlandaise de la madame et qu'elle se lâchait après des années de bride de manière salvatrice. Un peu comme elle nous avait prouvé avec After Forever qu'elle pouvait avoir autant de couilles qu'une Doro Pesch (ex-Warlock) en son temps. Là, pour le coup, on pensera davantage qu'elle rocks comme une Ann Wilson (Heart).

 

C'est sûrement sur cet aspect qu'il vaut mieux conclure en ce qui concerne ce premier méfait de Northward : c'est de l'annexe pour le fun. On sent que cela s'amuse, que ce soit au micro ou à la gratte. C'est bien fait, ça s'écoute facilement, comme on gobe le Bâton de Berger à l'apéro. Après, de là à dire que ça vaut un Fuet artisanal... De toute manière, il n'y avait sans doute ni le temps, ni la volonté, ni l'ambition d'aller au-delà.

photo de Margoth
le 11/12/2018

1 COMMENTAIRE

Okilebo

Okilebo le 07/06/2019 à 21:45:37

Merci pour ta belle critique.
Des guitares bien présentes et des mélodies imparables. J'aime beaucoup cet album ! ;-)

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