Oceans Of Slumber - The Banished Heart

Chronique CD album (1:05:03)

chronique Oceans Of Slumber - The Banished Heart

Il y a parfois des découvertes hasardeuses qui surprennent par deux fois. Oui, deux fois. La première fois en découvrant un seul titre qui botte tellement jusqu'à se demander limite comment on a pu passer à côté. La deuxième, lorsqu'on prend l'album dans son ensemble et que l'on se rend compte que ce qui est proposé est à mille lieux de ce que la carte de visite initiale laissait présager. Les Américains d'Oceans Of Slumber font clairement partie de cette catégorie avec leur dernier opus sorti récemment, The Banished Heart.

 

Parce que si vous entendez les deux titres foutus sur les feux de la rampe en single, vous découvrirez le titre éponyme se présentant comme une délicate ballade de gothique atmosphérique à voix féminine, épurée, intime, doucement mélancolique et touchante, le piano finissant par céder sa place à de l'orchestration avec sa pointe de bidouille numérique où les sessions rythmiques avec un peu de guitare saturée plutôt poppy finissent par se taper l'incruste. De quoi rappeler un peu Within Temptation, une pilule de progressif en plus. Puis il y a « The Decay Of Disregard », plus lourd et saturé, ayant toujours craqué ses longueurs progressives – les deux titres faisant chacun un peu moins de dix minutes – toujours atmosphérique, où l'on perçoit bien une volonté à certains moments de partir vers des registres autrement plus vénères et extrêmes, notamment via blast-beats mais reste finalement toujours contenu, étouffant son propos dans des mélodies plus typiques du goth metal à chanteuse. Un peu comme si on avait affaire à un Evanescence enragé qui rongerait son frein, la voix de la vocaliste Cammie Gilbert s'apparentant un peu à celle d'Amy Lee, une pointe de chaleur et de sensualité typiquement soul en bonus, jouant beaucoup en la faveur de cette comparaison. Bref, dans tous les cas, ça laissait présager quelque chose d'assez gentillet et inoffensif, même si on ne retirera pas toute l'émotion et l'habileté élégante dans les atmosphères et reliefs et l'élégance qui émanent de ces deux singles.

 

Et pourtant, ils ont bien caché leur jeu les saligauds ! Car The Banished Heart pris dans son intégralité se révèle bien moins gentillet. Il y a du vénère, du vrai, sans oreiller en plumes pour étouffer les grunts masculins, du riff tranchant et lourdement doomesque, partant parfois vers des contrées black/death (« Howl Of The Rougarou »). Bref, Oceans Of Slumber fait partie de cette catégorie hybride qui se complaît à poser son cul sur plusieurs chaises, à l'image d'un Madder Mortem dans sa période Desiderata. Sauf que de l'autre côté de l'Atlantique, on préfère y mettre plus de raffinement à la Opeth d'avant-Heritage (« Fleeting Vigilance ») dans le propos, évitant ainsi de jouer sur les structures improbables que seuls les Norvégiens sont sans doute capables de maîtriser aussi bien. En revanche, on y retrouve ce même goût de jouer sur les intensités de puissance, même si moins abrupt dans ses variations, tant d'un point de vue vocal que musical (« Etiolation », « A Path To Broken Stars » et son pont épique, le duo vocal avec Tom Englund d'Evergrey sur « No Color, No Light » ).

 

Parce que de gant de velours, Oceans Of Slumber se doit bien de les mettre étant donné que The Banished Heart se veut fortement intimiste. Écrit à la base sur les cendres du couple de son compositeur et batteur à fond sur l'hyperactivité rythmique (« At Dawn »), le propos est riche en émotions, notamment grâce à l'interprétation sans failles de sa chanteuse impressionnante de bout en bout, entre mélancolie des regrets portée par la mélodie toujours omni-présente au sein de l'album et de la rancœur colérique d'éléments plus extrêmes plus ou moins contenue et refoulée. Jusqu'à atteindre comme une sorte de rédemption avec le final folk/gospel déglingué qu'on a parfois entendu chez le Pain Of Salvation le plus intimiste et feutré, « Wayfaring Stranger ». Cet album représente ce parcours vers la guérison et se révèle tout aussi complexe à appréhender et digérer que la triste cause qui lui a donné naissance.

photo de Margoth
le 25/06/2018

2 COMMENTAIRES

Pi3rrrOt

Pi3rrrOt le 04/11/2019 à 20:44:56

Opeth est Suédois, non Norvégien ; ).
Petite précision sur le dernier titre Wayfaring Étranger, qui est en fait une reprise de Johnny Cash, ce n'est pas forcément clair dans la chronique.

Sinon une petite claque pour moi que cet album, quelle voix, cette Camille Gibert purée... chaude, puissante sans en faire des tonnes, les dernières secondes de At Dawn ou Rougarou sur fond de blasts sont terribles. Et cette lente montée en puissance émotionnelle sur le morceau éponyme, clairement le meilleur de l'album pour moi.

Winger est excellent comme album aussi, mais je préfère d'un bon cran au dessus ce Banished Earth.

Margoth

Margoth le 05/11/2019 à 08:36:51

Quand je parlais de "norvégien", je faisais référence à Madder Mortem et non Opeth cité plus tôt dans la phrase en fait haha ;)

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