Orange The Juice - The Messiah Is Back

Chronique CD album (55:14)

chronique Orange The Juice - The Messiah Is Back

Le messie est de retour, carrément. Mieux vaut ne pas se planter quand on revient, six ans après son précédent (et premier) album, avec un opus ainsi intitulé. Le problème dans le cas présent, c’est que seuls ceux qui adhèrent pleinement aux préceptes de la chapelle Nawak Metal Bobo-vantgardiste auront l’impression que ce messie-là change effectivement le jus d’orange en vin. En même temps ce n’est pas comme si l’EP Romanian Beach n’avait pas annoncé la couleur, avec son très bon morceau titre – du pur barré dans la lignée de Torm, Vladimir Bozar et Mr. Bungle – perdu au milieu d’interludes singuliers et de remix conceptuels fumeux…

 

Eh bien sur The Messiah Is Back, c’est (je me retiens d’écrire « malheureusement »… oh puis non) malheureusement le même type de configuration. Avec – parce que le groupe sait recevoir ses convives – un démarrage relativement joufflu et enthousiasmant, l'accueil étant assuré par le titre « Romanian Beach » – celui-là même qui donnait son titre à l’EP, voilà. On est en terrain connu, pas un poil de la compo n’ayant été dépeigné. Puis c’est « Summer Sea » qui prolonge la thématique balnéaire, sur un long titre (7:33) offrant de violents contrastes en tous genres (attention aux saignements de nez…), mais aussi des atmosphères péri-cinématographiques qui font penser à Stanley Kubi. La pilule ne passe pas forcément toute seule, mais ces tourbillons Techno, ces fanfares balkaniques, ces expérimentations particulièrement osées sauront séduire les fans du grand Bungle.

 

… Et puis, très vite, c’est la fin des haricots. A moins d’avoir l’esprit TRES ouvert.

 

C’est vrai que « The Message » n’est pas désagréable en soi. M’enfin ces cuivres en costumes trois pièces et cette Electro vaporeuse ont plus vocation à accompagner un défilé Kenzo qu’à squatter les enceintes d’un fan de Suffocation. Alors oui, lors du dernier tour de piste les petits fours et les flûtes de champagne volent en éclat pour finir écrasés sous les rangeos d’un Metal saccadé et de cordes vocales déchiquetées... Du coup on admire l’audace d’un décalage aussi monstrueux. M’enfin il faut avouer que le plaisir est plus intellectuel que sensoriel. Et la suite s’avère vite du même acabit, que ce soit l’interlude flippé « A Body Without a Head », le minimalisme dandy/jazzy du rebrousse-poil (et looong, plus de 10 minutes) « Report », ou le Nawak hystérico-loungy de « Blame ». « I Was Wrong » nous laisse presque sur une bonne impression, le morceau reprenant là où « Summer Sea » nous avait laissés, avec en bonus l’intervention d’une divine diva Soul. Mais le morceau se prolonge – après la plage de silence syndical – sur plus de 8 minutes d’un long malaise psyché-tribal baignant dans le Jazz maladif. Brrrrrrrrr que l’eau est froide!

 

Bref, avec The Messiah Is Back, Orange The Juice abandonne le pur Nawak Metal jouissif pour plonger corps, cravate et biens dans une soupe tiède conceptualo-avant-gardiste qui fera sans doute gémir de plaisir dans les salons à beaux sofas design, mais qui fera grincer les dents des amateurs de Boule-à-Facettes Metal. Parce qu’autant You Name It pouvait plaire au « Bunglophile averti qui aime que […] les expérimentations ne sombrent pas […] dans le snobisme avant-gardiste » (oui, je m’auto-cite), autant ce deuxième album va laisser ces derniers sur le carreau. Si un 3e album devait voir le jour, cela ne m’empêcherait pas d’avoir envie d’y piquer une tête… m'enfin le messie? Mais non!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: c’est parce que le Nawak Metal à l’œuvre sur You Name It était un vrai délice à même de séduire les fans de Mr. Bungle, Stanley Kubi ou Sebkha-Chott que l’on s’était précipité sur le reste de la discographie des Polonais. Malheureusement The Messiah Is Back s’enfonce dans un extrémisme avant-gardiste "petit doigt en l’air" et peu digeste qui enlève beaucoup de son charme à l’expérience.

photo de Cglaume
le 29/10/2019

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