Phonopaths - Sandwich, Ducks and Dishwasher: The Chronicles of Supertaste

Phonopaths - "Sandwich, Ducks and Dishwasher: The Chronicles of Supertaste"
chronique Phonopaths - Sandwich, Ducks and Dishwasher: The Chronicles of Supertaste

Fait n°1: le lapin jaune qui vous écrit n'aime rien tant que les joyeux lurons iconoclastes qui réinventent le Metal du fond de leur baraque foraine

Fait n°2: PhonoPaths, qui cite parmi ses groupes préférés Devin Townsend, UneXpect, Mr. Bungle, Avatar ou encore Igorrr, consacre quasiment une heure à décrire les déboires d'un nain mangeur de sandwiches dont la route croise des betteraves zombies, une asperge quadridimensionnelle et une escouade de canards de combat.

 

Si les bookmakers devaient prendre des paris, pas besoin d'être un vieux renard arpenteur d'algèbres de Boole pour deviner quelle serait la cote de l'hypothèse « idylle musicale naissante » à ce stade de l'énumération des faits. Pourtant, twist à l'Américaine:

 

Fait n°3: après de multiples écoutes de Sandwich, Ducks and Dishwasher: The Chronicles of Supertaste, premier album du duo parisien, il ne reste au lapin qu'une impression globale indistincte de malaise foutraque. Le même genre de feeling laissé par le visionnage d'Alice au Pays des Merveilles un lendemain de cuite particulièrement gratinée, quand un arc-en-ciel de sensations bruyantes glisse en cascade sur la purée de neurones qui nous sert alors de boîte à penser, sans que rien n'accroche durablement ni qu'aucun éclair d'intelligence ne s'allume dans nos prunelles.

 

Et ça, c'est pas bon signe...

 

« Bah alors lapin, on croyait que les albums faisant preuve d'un peu d'astuce, d'espièglerie, ça te faisait automatiquement guili-guili?! »

 

C'est ce que je croyais moi aussi. Avant que le bébé discographique de 8oris et Wonkie Joe ne réveille en moi des souvenirs oubliés, comme l'incompréhension face aux dissonances cuivrées du Nigla[h] de Sebkha-Chott, comme le vrillage nerveux à l'écoute de l'éprouvant « Everyone I Went to High School With Is Dead » de Mr. Bungle, ou le mal de crâne au sortir du Atomsmasher de Phantomsmasher...

 

Entendons-nous bien: PhonoPaths offre à l'auditeur de réguliers gages de bonne volonté. Il ne s'agit pas non plus d'un ramassis de terroristes sonores sans foi ni loi. Sauf que l'essentiel de sa musique reste un épais canevas bouillonnant dont la trame hyper dense – constituée de riffs de guitare tortillonneux, de plages de clavier bourratives, d'un méli-mélo vocal farfelu, d'une BAR sévère et de sonorités rétro-électro-flashy – est parcourue de dissonances roublardes et de déséquilibres rythmiques qui, à la longue, épuisent les sens par effet de saturation. Trempez donc le bout du tympan dans cette effervescence chaotique qui naît à 9:15 sur « Supertaste », dans le magma piquant qui tourbillonne aux alentours de 3:07 sur « Chasing the Big Sandwich », ou sur le ruban discordant qui se déroule sur la fin de la première moitié de « Oronirik », et vous pourrez vous faire une idée de pourquoi la chose risque de vriller les nerfs des fans de Punk, de Funk ou de Pop. « Bullyshwashers », sa longue séance psycho-introductive hostile, son saxo strident, est un autre bon exemple du manque d'hospitalité dont peuvent faire preuve les Parisiens. Mais pour rester dans un registre plus strictement descriptif, citons l’exubérance d'UneXpect, la folie des grandeurs tongue-in-cheek du Devin Townsend de Ziltoïd, la goinfrerie sonore d'un Biomechanical: voilà ce que peut évoquer l'écoute de Sandwich, Ducks and Dishwasher, la chose étant toutefois ici plus noisy, et en apparence plus brouillonne. Par contre, quand parfois l'on devine la lumière au détour d'un passage amical, on se remémore également le Crazy M.A.C. d'Ufych Sormeer, ses cabrioles vocales multi-couches, ses extravagances épico-spatiales, et cette capacité certaine à provoquer la sympathie...

 

Mais n'en restons pas à ce jugement à 1000 pieds d'altitude et allons palper d'un peu plus près ce houleux maëlstrom. Démarrant comme bon nombre de ses compères par un doigt de musique digitale à mi-chemin de la Synthwave cheap et du jeu vidéo à gros néons, « Chasing the Big Sandwich » pose tout de suite le décor en tricotant sur 7 grosses minutes un tournicoti-tournicoton de metal extrême où le clavier et la guitare jouent à un inconfortable jeu du chat et de la souris, et où grunt et shriek alternent avec les divagations d'un dandy déséquilibré. Par moment on se coule avec plaisir dans la mélodie qui accompagne les interrogations du nain mangeur de sandwich... Puis l'on se fait bousculer comme dans un flipper hostile, on se prend une vague vicieuse en pleine poire alors qu'on cherchait à reprendre notre souffle. Et l'on se dit que l'aventure risque de ne pas être de tout repos! « Readysh » démarre sur une pulsation électronique plus frénétique encore, avant d'embrayer sur du costaud, tous blasts dehors, façon Death/Black apocalyptique. L'ouragan de violence emporte tout sur son passage, et l'on se fait ratatiner avec plaisir... Jusqu'à ce que peu après la barre de la minute de désagréables pointes aiguës ne viennent nous acupuncturer les terminaisons nerveuses sans ménagement. Heureusement, une minute plus loin, nos oreilles retombent sur leurs pieds (si si) grâce à une belle poussée mélodique que n’entache nulle intention malveillante.

 

Et le flot métallique de nous bringuebaler ainsi pendant près d'une heure, en passant par une séance de vocalises chamaniques mongoles au début de « OroNiRik », et par un final Indus dansant. Dansant, oui, ou quasi. Parce qu'ils ne sont pas chiens, les PhonoPaths: ils savent que l'auditeur aime se dégourdir les jambes de temps à autre, et entonner un petit refrain en chœur avec ses copains à bandanas – ce que permet le « Anarchik Cream Party » en question.

 

On ne peut le nier: le travail abattu est impressionnant, l’œuvre est grandiose, la démarche sympathique. Mais quand le silence reprend possession des enceintes au terme de cette petite heure de tribulations sonores et que le moment du bilan arrive, le nawakophile amateur de refrains flamboyants, de remuage de boule, de mélodies poignantes et de hits singles métalliques ressent comme une forte frustration ainsi que des sentiments plus que mitigés. Un peu comme quand on se rend compte que cette superbe rousse dont on commençait sérieusement à s'enticher n'aime rien tant que s'enduire le corps de nuoc-mâm et gober des limaces vivantes en lisant la bible.

 

Bref: rhaaaaaa, dommage nom d'une pipe!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: combinant la folie épique et la densité des œuvres d'UneXpect, Devin Townsend, et Ufych Sormeer, le premier album de PhonoPaths n'offre par contre que peu de moments de répit et de points d'accroche. Du coup, alors qu'on espérait y trouver une nouvelle pépite de Nawak Metal pétillant, on est déçu de s'y faire ensevelir neurones et tympans sous une énorme masse d'informations peu digestes... Un album impressionnant, mais à réserver aux oreilles bioniques et aux esprits extrêmement affutés.

 

 

photo de Cglaume
le 22/07/2019

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