Portal - Swarth

Portal - "Swarth"
chronique Portal - Swarth

Amateurs de costumes à paillettes, de trips Village People et de pantalons pattes d’eph’, abandonnez ici tout espoir. Car rien n’est plus éloigné des soirées Disco organisées par Boris que le Death apocalyptique de Portal. Mais ne fonçons pas tête baissée vers ce maelstrom audihorrifique, et avant de regarder l’abîme Swarth – et que celle-ci, en retour, nous fasse subir une triple pénétration oculaire – faisons connaissance avec les gardiens de ce sanctuaire lovecraftien dans les tréfonds duquel est mitonné le plus innommable des cauchemars métalliques…

 

Portal, étrangement, n’a pas grandi dans la poussière d’un abri antiatomique perdu dans le désert du Nevada. Ni dans une grotte sibérienne abritant un passage entre notre monde et les profondeurs infernales de l’Hadès. C’est sur le sable chaud des plages de Brisbane que ces Australiens ont été touchés par le doigt glacé d’un Grand Ancien. Sans doute l’une de ces fois où Chtulhu avait envie de surfer dans le shorebreak, ou à l’occasion d’un bain de pied sur une plage infestée de « stingers ». En tout cas tout ce soleil n’empêche pas nos 5 nihilistes anonymes – dont on ne connait pas les véritables identités, et qui se produisent costumés sur scène pour mieux préserver le mystère – d’invoquer depuis plus de 20 ans les plus obscures des entités à l’aide d’un Death Metal à la distorsion excessive donnant l’impression qu’une tempête de suie est en train d'expurger un monde désolé des dernières pâles couleurs d’une vie organique quasi-éteinte.

 

Swarth est le 3e album de cette formation, et le seul à avoir réussi à incruster une touche aussi profondément noire dans la palette multicolore de ma collection de CD. C’est un bloc indivisible, un monolithe poisseux qui interdit toute tentative de chronique track-by-track, une expérience traumatisante qui se vit d’une traite, prostré dans la contemplation d’un paysage dévasté. Swarth donne l’impression d’entendre une excroissance monstrueuse de la musique d’Immolation, voire du Bolt Thrower de Realm of Chaos, interprétée par des créatures inhumaines, sans âme, blotties au fond d’abysses qui n'en ont pas, de fond. Le Death vomi par nos enceintes charrie une distorsion venue d’un autre monde qui happe des auditeurs subjugués, sous l'emprise conjuguée d'une aura infernale empruntée au Black Metal, et d'une puissance hypnotique parente de celle du Drone.

 

Le vecteur principal de ce sublime malaise métallique, ce sont 2 guitares et une basse accordées par Yog-Sothoth lui-même, la batterie évitant quant à elle l’écueil du blast permanent pour apporter une touche presque humaine à l’ensemble. Ses variations permettent en effet de saisir les ambiances et « mélodies » sans ne faire uniquement que subir, subir, subir. Perdus dans l’extrême densité de la trame musicale, les growls spectraux de The Curator sont un écho malveillant qui perce à peine le vortex étouffant. Un écho bien faible, qui s’avère finalement presque inutile tant la musique nous écrase et ne nous laisse que peu l’occasion de nous concentrer sur ces incantations désincarnées. Cette conjonction de forces du Mal offre de pures visions de Géhenne où tout n’est plus qu’essaims de bombardiers des Enfers, nuages de sauterelles voraces et tornades destructrices d’où jaillissent des barrissements monstrueux (cf. les fantastiques « Swarth », « Larvae », « Marityme », « The Swayy », « Omenknow »). Mais elle accouche également parfois de plages plus hermétiques, plus chaotiques (« Illoomorpheme »), quand elle ne s’empêtre pas carrément dans de longues processions informes, lancinantes, pesantes, au bout desquelles on finit accablés, au bord de l’écœurement (« Writhen », et dans une moindre mesure « Werships »).

 

Vous l’aurez compris, Swarth est – désolé pour l’image bien trop utilisée, mais ici plus appropriée que jamais – la B.O. parfaite de la Fin du Monde. C’est un album que l’on ne sort clairement ni pour le fun, ni pour le plaisir tant son écoute est éprouvante. Et pourtant on le ressort avec une excitation réelle tant celui-ci provoque une fascination maladive chez l’auditeur qui en a percé les sombres secrets. Une épreuve donc, qui en découragera beaucoup: mais une fois que vous aurez vu au fond de l’abîme, vous ne pourrez plus en détourner le regard.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: Enfer de distorsion bourdonnante et méphitique, Swarth vrombit au rythme d'un Death metal perverti à grands coups de Black et de Drone, cette abominable mixture proposant l’expérience ultime, le grand voyage au bord du précipice, le vol plané au-dessus du Trou Noir originel, le plongeon sans retour dans un néant spectral. Eprouvant, dérangeant, mais en un sens, sublime. Brrrrrrrr…

photo de Cglaume
le 01/03/2017

6 COMMENTAIRES

pearly

pearly le 01/03/2017 à 10:48:38

Merde alors, c'est toi qui encenses ça ? Je n'en reviens pas
En ce qui me concerne : chef d'oeuvre absolu, comme leurs deux disques d'avant.

Je l'écoute rarement, car à mon goût, écouter Portal nécessite une mise en condition particulière. Mais à chaque fois, je prends un trip incroyable.

Dingue, juste dingue

cglaume

cglaume le 01/03/2017 à 11:13:15

L'expérience est envoûtante. Pas agréable, pas caressante, mais indéniablement envoûtante. Par contre j'aurais du mal à coller comme toi un 10/10 d'amour fou à un disque qui provoque un tel mélange d'inconfort (mouôrf...) et de fascination (hmmmm).

Pas d'note !

pearly

pearly le 01/03/2017 à 11:56:55

moi je lui colle 10/10 justement parce qu'au-delà de sa seule musicalité, déjà extrêmement originale et passionnante, intrigante aussi, les émotions transmises, l'aura qui s'en dégage, sont au moins aussi passionnantes, intrigantes et originales.

C'est rare, peu importe le genre, d'être face à des disques aussi puissants, uniques, et extrêmes

gulo gulo

gulo gulo le 03/03/2017 à 08:02:33

Il est quand même vachement plus soyeux que les deux précédents. Ça donne une certaine, hm, fraîcheur à leur musique, mais j'espère que le prochain va plus me malmener que Vexovoid, et revenir à du voyage mouvementé.

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 03/03/2017 à 13:20:08

Ce groupe me disait quelque chose : c'était le nom qu'il fallait connaître absolument, y'a quelques année, sur un certain forum sinon t'étais une teub. Alors je connais et c'est très chiant.

cglaume

cglaume le 03/03/2017 à 13:45:11

"Cromy ? Une teub, certes. Bornée comme une bourrique borgne. Mais dure et droite dans ses bottes comme se doit d'être toute teub au top de sa turgescence. Viva la teuba cromcrua !!" :D

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