Potence - Le temps des bourreaux

Chronique CD album (28:16)

chronique Potence - Le temps des bourreaux

Formé en parallèle et avec des membres de Geranïum, Daïtro ou encore Human Compost pour ne citer qu’eux, Potence sort en Avril dernier Le Temps Des Bourreaux, un album Emocrust qui s’est fait copieusement encensé par différentes rédactions et les quelques esthètes discrets de la culture Anarcho-Punk. Nous délectant d’un Crust taillé dans l’gras et à la texture très raw, Le temps Des Bourreaux est un album qui au-delà de son apparente austérité laisse beaucoup de place à des lignes mélodiques aussi poignantes que forcenées.

Divisé en deux actes, Potence célèbre dans le Temps des Bourreaux et dans un même mouvement dialectique les idées noires. Celles positives d’un anarchisme offensif et celles plus sombres qui dévorent les âmes, en encourageant les plus meurtries d’entre nous à porter la corde et mettre fin au supplice qu’est cette vie dans l’immonde généralisé. Combatif et relativement optimiste dans son entame « Chat de Gouttière », « A bientôt j’espère », Potence sombre pour de bon et à partir de son interlude tout en éloquence et prolétarienne classe, dans une désillusion et un abattement total « Rien ne Change ».

 

On retrouve cette tension en permanence entre d’un côté des accès d’horreur et de désespoir sublimés par un chant aux abois et littéralement arraché et un riffing qui se veut plus va t-en guerre (la sociale, celle de tous les jours...) tant l’urgence punk et la vélocité des musiciens raisonnent comme des appels à la lutte et à la résistance. Le morceau « Un Solstice de Trop » et son épique final sont emblématiques de cette dynamique que l’on retrouve sur l’ensemble du Temps des Bourreaux.

 

De la petite coquetterie slidée qui lance les hostilités sur le « Chat de Gouttière », aux accords retenus par un palm muting tout en tension et annonciateur de la copieuse déflagration sur « Rien ne Change », en passant par les prouesses breakées du batteur, la maîtrise est totale et rien n’est laissé au hasard sur Le Culte Des Bourreaux. On pense à beaucoup de groupes à l’écoute de Potence, entre autres à Nesseria et à Cette Erosion de Nous-Même sur « Le Cid » et son dénouement blackisant, Jeanne pour les saignées screamo, Ekkaia pour son Crust Epique. La rondelette et costaude introduction de « Rien ne Change » peut même parfois rappeler l’efficace mais polissé Post-Hardcore de Jack And The Bearded Fishermen. Ce qui fait donc tout l’attrait de Potence c’est sa capacité à associer habillement un Crust rigoureux et austère avec les apports mélodiques du screamo et la rondeur heavy du Post-Hardcore.

 

Des constats amers et déchirants à incarner au chant sont faits, entre autres sur la montée des fascismes et de la peste brune dans le monde. Des idées qui prolifèrent et qui s’institutionnalisent gentiments avec comme implication, l’acceptation sociale de celles-ci et le renoncement à lutter contre elles « Charlotesville ». Des thèmes et des textes qui respectent la tradition anti-autoritaire d’un bon vieux Crust à la Ekkaia ou encore Madame Germen, et qui dépeignent un monde où l’horreur inhumaine gagne toujours du terrain et semble s’être durablement installée.

 

En ces temps de mobilisation générale et parce que l’actualité est à la lutte des classes comme toujours, je finirai (presque) sur un court extrait de l’interlude de l’album :

 

« Je veux dire aussi au patron qu’on les aura, c’est sûr parce qu’il y à cette solidarité et qu’eux ne savent pas ce que c’est, on vous aura… On ne vous en veut pas encore terriblement à ceux qui se prennent un peu pour des patrons mais qui ne le sont pas, Mais ceux qui détiennent le capital on vous aura, c’est la force des choses, c’est la nature, et à bientôt j’espère… »

 

C’est l’enthousiasme, l’envie et l’espoir en tête et pour trancher avec le défaitisme et la noirceur équivoques de cette claque Emo-Crust (anti-autoritaire la claque toujours héhé !), que je conclurai sur ces quelques inspirants mots copyleftés adressés à Potence : Ce n’est qu’un combat ! continuons le début !

Mais surtout, « A bientôt, j’espère… »

photo de Freaks
le 26/02/2020

2 COMMENTAIRES

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 27/02/2020 à 22:11:15

Emocrust mon bon ? Ah non hein ! Quelle vilaine invention récente que ce terme ! Alors que le terme Neocrust est bien comme il faut. Car le combo tape dans le Ekkaia oui, vieux fer de lance espagouin du genre.

Freaks

Freaks le 01/03/2020 à 11:43:00

Je savais bien que j'essuirai une levée de bouclier, surtout de la part du viking cosplay traditionaliste que tu es Cromy ;) Moi j'aime bien emocrust. Néo de manière générale je trouve pas ça très evocateur.

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