Primus - Pork Soda

Primus - "Pork Soda"
chronique Primus - Pork Soda

Le Dernier du Kvlt (ou "les classiques découverts sur le tard") – épisode 7

La plupart du temps, dans les rédactions des médias métalophiles, une règle tacite veut que les grands classiques ne soient chroniqués que par ceux qui s’en sont abreuvés dès le biberon, ceux qui les connaissent sur le bout des tympans. Agir autrement serait risquer le faux pas, la risée générale, bref: l’opprobre publique. Et puis ce serait une faute de goût, un manque de « professionnalisme », et le ridicule assuré pour le malheureux qui serait passé à côté de la vérité collective – et donc universelle.

Eh bien rien à battre…! CoreAndCo et le lapinmikaze vous proposent en effet une série de chroniques thématiques qui revisitent certains classiques à travers un regard neuf, sans préjugé, suite à une découverte récente. Alors à vos fatwas: 3, 2, 1… C’est parti!

 

Le but du blabla ci-dessus, vous l’aurez compris, c’est de ne pas vous prendre en traître, et dans le même mouvement d’éviter le déchaînement venimeux des web-redresseurs de tort autoproclamés. Aujourd’hui, ce préambule est tout particulièrement nécessaire. Vital même. Car plus que jamais, le papier qui suit n’est pas le témoignage « flashback » d’un vétéran « qui y était », mais juste le modeste avis d’un passionné qui, sans viser l’exhaustivité, cherche à combler des lacunes sévères dans un genre qu’il vénère. D’un exalté qui, souhaitant ajouter les évangiles manquants à sa Bible de la Fusion, se trouva fort « désappointu » quand le tour de Primus fut venu...

 

« C’est pas la première fois qu’on te le dit lapin: si tu n’aimes pas, laisse ça à d’autres! »

 

J’entends bien. Et c’est pour cela que vous ne me verrez jamais chroniquer de Sludge ceci, de Trve Black cela, ou de Drone machin. Mais bordel, avec Primus on cause de Fusion. De Funk Metal même, prétendent certains. De Nawak presque, si l’on s’arrête à l’imagerie décalée, et aux élucubrations vocales de Donald Duck héberlué émanant de Les Claypool. Et j’adore ça moi. Malheureusement ce satané Pork Soda – que l’intelligentsia métallique s’accorde à décrire comme l’un des tout meilleurs albums des Américains, et qu’on m’a conseillé comme point d’entrée dans leur discographie – Pork Soda, donc, ne passe vraiment pas. Ça gloupse sévèrement aux entournures. Ça coince à l’entrée de mes pavillons auriculaires. Mais plutôt que de ne rien en dire, plutôt que de faire le dos rond, on va tenter d'expliquer pourquoi il n’est pas forcément garanti sur contrat de tomber amoureux de la chose, même quand on est bien disposé vis-à-vis des plus loufoques des élucubrations métalliques. Parce que les avis divergents ont eux aussi un intérêt, même si d'aucuns jugent qu'ils ne sont que d'insupportables couacs dans la mélodie du bonheur.

 

Allez hop, c'est parti ma chroni'!

 

Pork Soda est l’équivalent musical d’un comic strip violemment pince-sans-rire. Sauf qu'au lieu du flegme et du sens de la répartie so British auquel on a souvent été habitué (cf. Garfield, Peanuts & co), il développe une patte indubitablement américaine – du genre vieille clope au bec, la gratte à la main, un stetson usé vissé sur le ciboulot, à gratouiller sous le porche de la bicoque de Grand Ma’. Une sorte de Snoopy redneck qui aurait développé un délicieux sens de l’absurde à la Achille Talon. Hop. Du coup la chose possède d’emblée un gros capital sympathie, notamment du fait d’un basse monumentalement badaboumesque, et d’un chant d’oncle Picsou fuyant les tracas du quotidien via l’absorption de substances youpifiantes moyennement légales. Tous les indicateurs sont donc a priori au vert pour que ce soit la fête du slip chez les fans de Faith No More et Infectious Grooves.

 

...Sauf qu’en fait non.

 

Parce que si cette basse pantagruélique tour à tour ronfle, rugit, rebondit et râpe, si ses riffs nous accrochent violemment par les atomes crochus, c’est pour mieux perdre tout tranchant à force de jouer et rejouer les même plans jusqu’à l’écœurement, ce manque de variation confinant à l’autisme. J’ai dû mal à contenir ma frustration face à des parties de basse aussi monstrueuses que mal exploitées. Le riff de « My Name Is Mud », l’épais trampoline de « DMV », l’âpreté du squelette rythmique de « Mr. Krinkle », la tension rebondie de « Hamburger Train »: bordel mais c’est sur ce terreau que poussent les tubes intemporels!!!! Et au lieu de faire monter la mayo’ pour nous décoller la pulpe du fond, les affreux de Primus font tourner la chose pendant de loooongues minutes lors desquelles ces traits de génie perdent toute substance et toute « Funky touch », la corde s’usant d’autant plus que l’ensemble est noyé sous les émanations fumeuses d’une guitare psychédélique qui tripe sans se soucier de ce qui se passe autour d’elle, l’aiguillon du chant ne suffisant pas à redresser durablement la barre.

C’est terrible mais quand passent les morceaux cités plus haut – ou tiens, encore: le minimaliste et péniblement geignard « The Pressman » –, je finis l’écoute complètement gavé, entre exaspération et envie de bailler. Bordel si c’est pas malheureux! Sans même parler de « Hail Santa », dont le but avoué semble être de nous poncer le système nerveux à rebrousse-poil. Cette approche est un chouia mieux gérée sur le morceau-titre, la courte durée de celui-ci jouant sans doute en sa faveur. N’empêche, cette pulsation binaire en long flux et reflux vagissant, cette stridulation irritante, cette absence de variation notable: c’est typique de ce que propose ce sacré nom d’album. Ce n’est finalement que parce que la personnalité du groupe est aussi forte et que le langage qu’il invente est si novateur que l’on est encore en droit de se demander s’il s’agit là de foutage de gueule caractérisé ou bien de génie. Mais quelle que soit la réponse, trop tard: le mal est fait puisqu'on en est arrivé à se poser la question. Il est sûr que cela n'aurait pas été le cas si on avait été occupé à triper comme des bien heureux sur une zic en connexion directe avec notre système endorphinien.

 

Alors non, je ne suis pas sourd. « Welcome To This World » réussit là où beaucoup des autres titres mordent largement sur le bas-côté: en ajoutant du lubrifiant mélodique à sa sauce, du volume à son son et une dynamique qui-n'en-veut à sa formule, le morceau réussit à emporter l’adhésion. Et c’est pas loin d’être la même chose avec « Bob », qui arrive à préserver le moelleux de son groove, malgré une guitare toujours aussi jemenfoutiste. Les accents indo-Zeppeliniens de « The Ol' Diamondback Sturgeon », le déroulement narratif de « Nature Boy », le scintillement onirico-polynésien de « Wounded Knee » réussissent à nous rendre ces titres agréables. Tout comme la touche « Georges Brassens joue de la contre-basse dans Délivrance » de « The Air Is Getting Slippery ». Mais cela ne suffit pas à redorer le blason de cette formation légendaire qui, même après la prestation live donnée au Hellfest dernier, ne réussira pas à trouver une place au chaud dans mon panthéon personnel.

 

Pour la petite histoire, l’opiniâtreté et la peur de passer à côté de quelque-chose de gros m’ont poussé à faire tourner la galette maintes et maintes fois. Plusieurs grosses dizaines de fois en fait. Conclusion: Pork Soda ne se branche manifestement pas sur toutes les prises, et je n’ai pas l’adaptateur adéquat. Je n’aurais pas parié un kopek là-dessus initialement, mais au final je préfère garder mes 2 paquets de petits Pimousses et vous rendre votre grand baril de Primus.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: on vous vend une légende du Funk Metal avec une basse grosse comme ça et un univers complètement barré. Et vous vous retrouvez avec de longs titres basés sur une unique ligne de basse (certes fameuse) triturée ad nauseam pour servir de garde-fou à une guitare autiste riffant comme dans le plus enfumé des rassemblements hippie. Vous faites quoi vous, dans ce cas de figure? Déni aveugle? Repli? Protestation? Bouderie? Grève générale? On a préféré prendre l'option de la chronique cathartique…

photo de Cglaume
le 10/12/2017

11 COMMENTAIRES

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 10/12/2017 à 11:31:43

Bon je vais prendre le temps de lire tout ça avant de déclencher une nouvelle intifada. Me suis arrêté à "non"...

cglaume

cglaume le 10/12/2017 à 12:26:23

Allez, vas-y: fais entendre le cri de Rahan !!! :D

gulo gulo

gulo gulo le 10/12/2017 à 12:45:32

FATWAH

cglaume

cglaume le 10/12/2017 à 12:49:22

Fatwah, c'est un groupe de reprises de Primus au bouzouki ?

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 10/12/2017 à 16:01:57

Voilà c'est fait. (Tu écris toujours aussi bien). INTIFADAAAAAAA !!!!

cglaume

cglaume le 10/12/2017 à 16:13:11

Fada intime toi même!! :)

el gep

el gep le 11/12/2017 à 13:53:23

Dans un sens, je suis assez d'accord avec toi: c''est râpeux, aride, austère, froid voire glacial (morgue plage), avec une guitare en roue libre complètement chimique.
Mais c'est justement ce qu'il me plaît.
Ensuite, il est clair que ce disque et ce groupe ne s'inscrivent pas dans ce que semble être le "nawak", du moins, pas tel que tu l'aimes apparemment. Il n'y a pas ce côté j'emprunte à tous styles, je fais des trucs qui ratafouinent metal et des conneries qui n'ont rien à voir, tout superposés ou à la suite des uns des autres. Primus fait sa propre musique avec son propre style, c'est tout à fait autre chose qu'une resucée de Mr. Bungle, hein...
Après, ça fait des années que je n'ai pas écouté, les derniers albums en date ayant créé selon moi une aura merdique autour du groupe, complètement repoussante.

cglaume

cglaume le 11/12/2017 à 16:28:40

Pour le coup là je n'attendais pas forcément du Nawak, mais de la bonne Fusion funky originale... Sauf qu'en fait de funky, je la trouve frigide, la Fusion :(

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 11/12/2017 à 20:39:16

Perso j'ai jamais considéré Primus comme funky ou comme fusion... Et Porka Soda comme point d'entrée c'est n'imp (j'espère que ce n'est pas moi qui t'a donné ce conseil...). Autant commencer par Frizzle Fry.

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 11/12/2017 à 20:40:03

Oui bon fuck la grammaire !

cglaume

cglaume le 11/12/2017 à 22:06:39

J'en ai un autre en réserve... On verra.

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