Prong - Zero Days

Prong - "Zero Days"
chronique Prong - Zero Days

Par définition, le Français dans toute sa splendeur, c'est le type qui aime râler un peu sur tout et n'importe quoi. Même si on peut lui reconnaître parfois une bonne lucidité, il faut aussi admettre qu'il a le chic pour ne pas réussir à jauger ses sujets de râle et autres prises de position engagées par ordre d'importance. C'est ainsi que le Français moyen a toujours tendance à en faire des tonnes pour des choses totalement insipides tout en se montrant laxiste sur les véritables points importants de la vie. Et vu qu'aux dernières nouvelles, je suis native et habitante de l'hexagone, je m'en vais aujourd'hui entretenir cette splendide image de marque. Car après tout, pourquoi j'irais bouger mon cul dans la rue afin de protéger ma vie professionnelle et financière remises en cause par les caprices d'une pute-à-banques condescendante alors que Prong a sorti un nouvel album ? En tant que cynique complètement fainéante, j'ai également une image de marque à entretenir de ce côté-là et il faut reconnaître que ça demande beaucoup moins d'efforts de passer un coup de gueule à Tommy Victor plutôt que matérialiser par actes et paroles mes rêves révolutionnaires totalement utopiques et illusoires...

 

Alors, certes, vous pourriez me dire qu'ils ont claqué sévère sur les planches du Hellfest cette année et vous auriez sacrément raison. Vous pourriez également me rappeler que Prong est dans une jolie patate qualitative depuis 2012 et la sortie de Carved Into Stone. Là encore, je ne pourrais pas vous contredire. Et enfin, vous pourriez me dire que Zero Days, fraîchement sorti dans les étals cet été, est un putain d'album à l'image des trois précédents, à savoir l'opus de 2012 cité précédemment, Ruining Lives (2014) et X – No Absolutes (2016). Et même là, je ne vais même pas vous donner tort alors que c'est là tout le cœur du sujet. Pourquoi râler, si ce n'est faire mon empaffée de Française rabat-joie ?

 

Tommy, s'il te plaît, ralentis la cadence ! Je sais que tu ne ressens pas forcément le besoin de faire un break, prendre des vacances, profiter de ta famille mais il y a un moment où il faut bien aérer un peu ! Quitte, pourquoi pas, à allonger les tournées afin de mettre tous les processus d'écriture sur la touche. Attends, déjà la quatrième sortie studio, un opus live et un autre de reprises, le tout en cinq ans, ça fait déjà pas mal. Outre pour mon propre petit confort personnel dans le sens où mon compte en banque n'apprécie que très moyennement la blague d'être sollicité aussi souvent pour un seul nom, un rythme si effréné représente un véritable danger. Celui de ne plus avoir de recul et ressasser continuellement la même recette, au point d'en racler la moisissure.

 

Et c'est justement ce qu'il se passe avec Zero Days qui s'inscrit dans la même veine que ses trois prédécesseurs. Sauf que Prong réussit le tour de force d'aligner treize compos étincelantes en lieu et place de raclures de fond de tiroir. Fort heureusement pour lui d'ailleurs. Ne crachons pas dans la soupe : Zero Days, même s'il évince toute forme de surprise sur le plan créatif, envoie du steak. Et ce, quelque soit le registre représenté. Qu'on s'enterre dans le thrash pur et dur (« Off The Grid », « Forced Into Tolerance »...) ou dans le plus groovy (« However It May End », « Rulers Of The Collective »...), Prong en impose et n'a pas à rougir devant la concurrence, tout particulièrement face aux noms plus prestigieux qui lui ont indirectement et injustement relégués au second plan. Bien au contraire, il se permet même de les surplomber avec maîtrise, le tout sans peine. C'est dire, même les brûlots les plus mélodiques et tubesques ne sont pas à jeter tant des « Divide And Conquer » ou encore « Interbeing » s'inscrivent dans la vitrine radiophonique de bon goût. Bref, hormis la petite gêne de cette impression de déjà-entendu aussi ponctuelle qu'insistante, Zero Days s'impose comme une bonne synthèse de tout ce que Prong sait faire de mieux toute période confondue. Pas forcément la meilleure parmi les sorties frénétiques de ces dernières années dont il appartiendra à chacun de déterminer tant il ne s'agit que d'une histoire de goût, mais une très bonne offrande quand même.

 

Malgré tout, je ne peux m'empêcher de sonner la sonnette d'alarme. La réussite de Zero Days en terme de qualité tient-elle du talent ou de la chance ? Certes, Prong a eu sa traversée du désert durant sa carrière mais il faut admettre que le talent et le savoir-faire de Tommy Victor est bien réel. Et peut-être (sûrement?) peut-on y inclure une certaine part de chance, aussi insolente soit-elle. Il faut garder la tête froide et admettre que la bonne étoile n'interviendra pas tout le temps. Si Tommy reste dans cette même optique et dynamique, il y a fort à parier que le karma finira par tourner. D'où ma petite râle qui tient davantage de l'attachement que je peux avoir envers Prong et non d'une forme de méchanceté gratuite. Car ça m'emmerderait de voir le trio s'enfermer dans sa routine au point d'en devenir moyen. Ou même pire, s'enfoncer dans la médiocrité auto-parodique. Car si aujourd'hui, Zero Days réussit à être au-dessus de cela, qu'en sera-t-il du suivant ?

photo de Margoth
le 27/09/2017

3 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 27/09/2017 à 12:29:45

Mettre un 8/10 tout en gardant un ton globalement râleur, c'est en effet un bel exploit "à la française" :D Et bravo aussi pour le doux sobriquet de pute-à-banques ! :D :D :D

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 27/09/2017 à 18:52:33

J'avoue que depuis Cleansing, pas vraiment écouté Prong. Et c'est pas le titre en écoute, très Poppy Friendly qui va me réconcilier avec le groupe.

Margoth

Margoth le 04/10/2017 à 12:48:07

En même temps, le titre en écoute était la vitrine promotionnelle du groupe, pas forcément le bon exemple pour toi Cromy. Un "However It May End" te siérait peut-être mieux ;)

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