Psycroptic - As the Kingdom Drowns

Psycroptic - "As the Kingdom Drowns"
chronique Psycroptic - As the Kingdom Drowns

Si pour vous aussi le bac ça commence à remonter, vous la connaissez sans doute cette sensation étrange, quand vous retombez 15 ans plus tard sur ce bon vieux Seb', votre pote de fac aux cheveux longs, à la barbiche cradingue et aux futals trop larges, et que vous peinez à faire correspondre ce souvenir de jeunesse avec le petit gars bedonnant, raie sur le côté, pull à col en V, qui vous tend la main. « Putain c'est toi vieux? Mais où sont les salopards qui t'ont fait ça? Et c'est quoi ces mocassins à glands? 'Me dis pas que t'as voté Sarkozy quand même? ». Ah, faudrait pas vieillir tiens...

 

Ce genre de choc déstabilisant peut également survenir dans nos vies musicales. Prenez Psycroptic par exemple : perso, si je continuais à avoir des nouvelles de loin en loin via les collègues (notamment sur CoreAndCo) qui continuaient à le fréquenter régulièrement, mes oreilles ne l'avaient pas recroisé depuis The Scepter of the Ancients, sorti en 2003 chez Unique Leader Records. A l'époque ce 2e album d'un Death brutal mais finement technique avait causé un enthousiasme débridé dans la petite sphère des fans de Necrophagist, Cryptopsy et compagnie. C'était le genre d'opus rare, à la fois sans concession en matière de morniflage de trogne, sans limitation en terme de vitesse, mais également sans snobisme « trve », le groupe faisant preuve d'un feeling qui permettait au pékin moyen ne possédant pas de ceinture noire en musicologie d'apprécier ses compos...

 

Sauf qu'après 10 ans de mariage avec Nuclear Blast et un parachutage au poste de Responsable du Département Metal Extrême de la zone Océanie, il risquait bien de s'être opéré chez notre vieille connaissance des transformations à même de fortement nous perturber. Et ça n'a pas loupé: rangés au placard les grognements australopithèques de Matthew Chalk, place aux aboiements « -core » tellement plus à la mode de Jason Peppiatt. Au rebut les labyrinthiques détours de compos ayant fraîchement franchi le seuil de l'an 2000, remplacés par des parties easy-moshing et une attaque frontale plus propice au circle pit. Et si on m'avait dit que 15 ans plus tard, un morceau sur deux pondu par les natifs de Tasmanie serait à ce point thrashy... Et que pas moins de 2 morceaux contiendraient du chant féminin!! Mais c'est quoi ce bordel les copains? Et pourquoi pas Jeff Walker faisant de la Country aussi pendant qu'on y est?

 

Une fois passé le choc initial, et pris la décision que ce ne serait pas notre petit cœur rancunier mais nos oreilles impartiales qui jugeraient As the Kingdom Drowns, il fallut se rendre à l'évidence: il avait beau avoir fait beaucoup de concessions à l'air du temps, il était quelques points sur lesquels Psycroptic n'avait pas complètement changé. Car cette guitare qui volette follement comme un drone piloté par une Intelligence Artificielle aux processeurs baignant dans la cocaïne, pas de doute, c'est bien celle de Joe Haley! Car même quand la dynamique de certains morceaux se rapproche dangereusement de la sphère Néo (dieu que ça hoche bovinement de la nuque sur « Directive »!), on sent que celui-ci ne peut pas s'empêcher d'enluminer ses interventions d'élégants tortillons mélodico-techniques qui ne pourraient pas faire longtemps illusion à une réunion des Porteurs de Baggy Adidas Anonymes. Et ces avalanches de double, et ces vagues de blast qui déboulent – moins souvent, mais qui déboulent quand même – dans nos écouteurs: il semblerait bien que le frangin David Haley, lui non plus, n'ait pas lâché l'affaire!

 

Au final, Psycroptic a bien abandonné le Brutal Death léché des débuts pour bifurquer vers un Groove Death/Thrashcore technique proposant un mélange pas si dégueu' que cela de la puissance pêchue d'un Pantera à casquette, d'un Thrash véloce boosté au Death, et de guili-guili guitaristiques impressionnants (exemple parmi d'autres: le riff principal, alambiqué mais ô combien excellent, du morceau-titre). Et si par moments ce cocktail a le malheur de glisser trop ostensiblement vers le Metalcore burné (… mais élégant et catchy, reconnaissons lui ça), à d'autres il offre véritablement de belles choses. Comme par exemple ce mélange improbable d'Anata et de Soilwork (… pour simplifier) sur « We Were the Keepers ». Comme les attaques incisives fastueuses et le refrain grandiose de « Beyond The Black », qu'on se croirait revenu dans la Suède des alentours de l'an 2000, à cheval entre Melodeath et Death/Thrash virulent. Comme sur l'effervescent « You Belong Here, Below », à l'excellent break Rock'n'Roll et au riffing de frelon furieux.

 

Pas facile cependant de ne pas être profondément frustré par la facilité in-your-face de cette nouvelle approche, et par le virage core-ta-mère culminant parfois sur des sommets de Bagarre Metal comme « Deadlands » qui, derrière des allures Thrash respectables, révèle rapidement des velléités purement Hardcore, avec chœurs de tatoués et fraternité virile de série. Du coup on balance entre clémence – voire enthousiasme de retrouver le talent de Joe – et amertume. Mais on se dit que si on était tombé sur l'album par hasard, en blind test ou affublé d'un autre nom de groupe, on se serait sans doute dit quelque-chose comme:

 

« Pas mal dis donc!! Osé, quoiqu'un poil putassier – c'est quoi ce chant féminin et ce piano à la fin du morceau-titre? –, mais drôlement convainquant! Ces petits nouveaux, c'est sûr, on va les suivre de près! »

 

… Ça doit donc vouloir dire qu'As the Kingdom Drowns est quand même un putain d'album. Essayez-le donc, pour voir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: pour celui qui découvre As the Kingdom Drowns avec en tête pour seule référence The Scepter of the Ancients, le choc est rude! Mais une fois la pilule avalée et cette approche frontalement -core et ces quelques volutes de chant féminin acceptés, il faut reconnaître que le 7e album de Psycroptic n'est pas mauvais du tout, direct, efficace et accrocheur, avec toujours ces élégantes coquetteries guitaristiques propres à Joe Haley. Mais êtes-vous réellement du genre à accepter que Chuck Schuldiner ait composé un album de Clawfinger?

photo de Cglaume
le 23/01/2019

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