Ramesses - Take the curse

Chronique Vinyle 12"

chronique Ramesses - Take the curse

Comme le dirait un de ces éminents conférenciers de métaphysique ennuyeux comme un pot de colle, "Je ne serais pas bref" (ce qui en générale présage la contraction d'une discourophobie aigue, et provoque une émeute panique).

 

Il y a beaucoup de choses à dire sur cet album : de très bonnes choses, de mauvaises choses aussi. Après un Misanthropic alchemy superbe, voici ce Take the curse  qui pose ses gros sabots sur le plancher des vaches. Petite particularité qui fait l'inégalité de l'album : les trois titres récupérés de leur dernier EP (Baptism of the walking dead) sont réédités sur cette galette. Leur son est différent, les compositions semblent aussi appartenir à un autre état d'esprit antérieur, sans parler du côté récupérateur de quelque chose qui a déjà été fait...

Mais pour ce qui est de l'EP précédent, tout y est très bon, les trois titres entiers sont des perles, entre le "Baptism of the walking dead", "Another skeleton" dépressif et ultime, et enfin le psychédélique "Khali mist", morceau en honneur de la variété de cannabis du même nom.

Mais. Lorsqu'il y a tant de réactions suscitées, c'est simplement parce que cette musique là m'attire, et ce malgré ma versatilité, c'est son côté brouillon voire bancal qui fait tout son charme. Je m'explique.

Pour commencer, la cover à elle seule mérite le compliment : des nazis en zombies ! Il s'agit en fait d'une photo prises d'une exposition de Jake & Dinos Chapman qui s'intitule gracieusement "Fucking Hell", des maquettes du type Warhammers, sauf que celles-ci sont axées sur le thème des morts vivants du troisième reich. Le fait que ce soit des maquettes transcrit selon moi exactement l'esprit de l'album dans cette cover : bien sûr c'est "faux", on voit bien que ce sont des maquettes, mais l'effet en est autrement plus saisissant. Morbide et décalé, on ne pouvait trouver mieux comme cover du dernier Ramesses.

Basé sur un Doom perverti par de putrides relents Death voire Sludge, les Anglais de Dorset traînent derrière eux une certaine ressemblance avec Electric Wizard, dont ils se défont dans cet album à grands coups de variations de thèmes, à la fois brutes et brouillonnes, ce côté haché qui laisse transparaître beaucoup dans l'alchimie pas si subtile que ça du trio : des passages blacks très crados qui repiquent à du vieux Darkthrone, aux premiers abords rebutants et décevants pour moi, qui m'attendais à quelque chose d'homogène et abrutissant comme je l'aime. Cependant, avec le temps, en écoutant mieux les morceaux, les samples qui s'accordent avec la ligne directrice du morceau, on voit déjà mieux où veulent en venir les bougres : sur "Black hash mass", j'ai fini par apprécier pleinement l'ambiance et la progression du morceau, comme une histoire, dans une ambiance poisseuse à souhait.

Côté riff, on retrouve des petits joyaux d'enchaînements basiques mais efficaces : la science du riff ne les a pas quitté, au contraire, et on peut en voir la démonstration parfaite dans l'étrange "Vinho dos mortos" ("vin de la mort", un vin qui existe réellement, au Portugal). Le point négatif, c'est qu'au niveau des structures, certaines parties me semblent "collées", "rafistolées", et en revoyant la cover je trouve que tout le charme est là finalement : de très bons musiciens qui font des choses bien, peut-être pas dans l'ordre idéal ou bien avec la finesse idéale, ce qui rebute par moments ; mais au fur et à mesure des écoutes, le Take the curse révèle beaucoup de qualités qui finissent par me coller aux tripes.

Je vous jure qu'aux premières écoutes j'ai été très déçu : trop incohérent, et ce son de guitare qui se rapproche trop des aigus (heureusement que la basse est là pour donner de la puissance), des arrangements trop brouillons... En plus de ça, j'ai vraiment un problème avec le Black metal, et la voix d'Adam Richardson, très bon vocaliste au demeurant, m'exaspérait quand il se mettait à user du ton criard typique de la noire musique (sur "The Weakening" entre autres). Je préfère tellement quand il use de sa voix caverneuse et sournoise (Cthulu inside), ou bien encore lorsqu'il gémit comme un alcoolique en pleine complainte.

Niveau instrumental, je le redis, mais la basse est un superbe rouleau compresseur bienvenu face à la maigre guitare qui va plus chercher dans les dissonances Black metal que dans le groove du Doom stoner. Dommage, mais il s'agit là d'un choix, celui d'aller vers une musique toujours plus sombre, plus sinistre, hostile et dépravée. La batterie quant à elle a le mérite de retenir l'attention par le jeu "tribal" de Mark Greening, pas toujours orthodoxe aux carcans du style, pour le bonheur de nos oreilles. Ainsi on évite le "classique mais récurrent" album de Doom. Autre changement, l'ingé son a enfin cessé de prendre la caisse claire pour un jouet en carton. Il était grand temps.

Ainsi donc, Ramesses évolue, et est en pleine mutation, ce qui contribue à éclairer les couloirs toujours plus sombres de leur musique moribonde, à creuser encore et encore. On sent bien ici que Ramesses se cherche encore, même si cet album reste tout de même largement suffisant pour contenter n'importe quel fan de Doom. Du coup, il y a fort à parier que les prochaines productions du groupe (encore des EPs apparemment) vont s'avérer très aventureuses. Qui sait ce qui va suivre ? Vont-ils carrément passer à du Black sans concessions ? Ou bien vont-ils retourner plus vers le Doom ? On verra bien...

 

 

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photo de Carcinos
le 06/12/2010

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