Revocation - The Outer Ones

Revocation - "The Outer Ones"
chronique Revocation - The Outer Ones

Avec la réédition d’Empire of the Obscene, puis ensuite Great Is Our Sin, le technophile à poils jaunes qui vous cause ici montait enfin – tardivement mais sûrement – dans le train Revocation, « nouveau baron » de la scène Metal extrême technique actuelle au même titre que Beyond Creation, Gorod ou Obscura. 2018 ayant été une année particulièrement prolifique dans le domaine, il aurait été dommage de descendre si vite du fameux train alors que les Américains profitaient de la rentrée pour sortir The Outer Ones, un 7e album qui ne marquera clairement pas le début de la fin pour le groupe. Car si c’est clairement la bande à Matthieu Pascal (et, pas loin derrière, les benjamins d’Exocrine) qui ont finalement raflé la mise, les Américains ont eux aussi clairement droit au podium.

 

« Sauf que Revocation c’est nettement plus Thrashy. Ça compte quand même? »

 

Non seulement ça compte (et pourquoi pas virer les groupes qui hors-sujettent vers le Prog aussi, pendant qu’on y est?), mais ce d’autant plus que The Outer Ones muscle plus que jamais son jeu en direction de territoires plus sombres et plus velus. Je ne saurais vous dire quel élément fut la poule et quel autre fut l’œuf (et quand bien même…), mais ce virage vers plus de tourments grumeleux est d’autant plus justifié que les boys de Boston ont décidé – comme la pochette l’indique relativement fidèlement – d’aller cette fois louer les services d’une muse trempant sa plume dans l’encrier de Lovecraft. Alors on n’est pas étonné que, plutôt que Darkane, quelques-uns des titres de la « face B » de l’album évoquent plutôt Morbid Angel. Comme les tortillons du morceau-titre par exemple, ou le slime ouvrant « A Starless Darkness ». Et pour ne pas faire les choses à moitié, le groupe s’est même permis quelques incursions timides dans le froid nid des corbeaux du Black: ainsi la première moitié de la formidable déferlante bipolaire qui se déverse sur nous à partir de 1:46 sur « Luciferious » a de légers relents de BM mélodiquement furieux. Et cette acidité se ressent également sur les passages les plus sombres d’« Of Unworldly Origin » et « Blood Atonement » (si si, vers 2:56).

 

Mais s’il est vrai que ces 9 nouveaux morceaux sont moins propices aux flâneries bucoliques dans les verts alpages, il ne faudrait pas non plus croire que Revocation n’est devenu plus que grognon et charbon. Car le groupe est toujours aussi porté sur les belles mélodies et les luxuriantes cascades de notes. Il suffit d’écouter ces twins qui égrainent les arpèges à plumes à mi-parcours sur « Blood Atonement », cette lead empruntée à Devin Townsend à 3:27 sur « A Starless Darkness », ou les complexes passes de Spontex mélodique en ouverture de « Ex Nihilo » pour en être convaincu. Et en dehors de ces quelques exemples, le groupe n’a clairement pas renoncé à varier les plaisirs. Ainsi, en dehors des nombreuses incursions dans les sphères de Gorod et Cynic, les Américains profitent de « Blood Atonement » pour élever de gigantesques cathédrales de glace sur la face cachée de la planète Nocturnus (ce riff mortel qui ouvre le morceau et se répète par deux fois!). A 0:44 sur « A Starless Darkness », ce réveil pâteux en apesanteur évoque un Voivod en pleine phase d’étirements matinaux. Sans parler de la fin de « The Outer Ones » qui bloque sur un pattern répétitif, revêche et hypnotique portant clairement le copyright Meshuggah.

 

Mais qu’il gazouille comme Lili, qu’il grogne comme Roger ou qu’il babille comme André, on s’en cogne un peu. Ce qui vaut ce 8.5/10 dodu à The Outer Ones, ce sont ces multiples passages qui nous permettent d’entrapercevoir les lumières divines. A travers les colonnades glacées nocturniennes ci-avant évoquées. Lors de la suave association canevas guitaristique / basse rondelette qui démarre à 2:45 sur « Luciferous ». Sur les fougueux élans de lead tricoteuse florissant dès 2:51 sur « Ex Nihilo ». Quand les twins décident de dialoguer en morse elfique à partir de 3:42 sur « A Starless Darkness ». Et on arrête là la visite guidée car sinon on n’a pas fini…

 

Une chose est sûre: les produits cosmétiques de chez Lovecraft donnent certes le teint blafard et sont indissociables des vieilles effluves sulfurées peu appréciées des nez délicats, mais ils siéent particulièrement au registre de Revocation qui, ainsi fardé, mérite largement sa place sur le podium « Tech Beuargl Metal » de l’année 2018.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: plus féroce et sombre – et donc Death Metal – qu’à l’accoutumée, le 7e album de Revocation est une petite merveille de technicité mélodique intelligemment féroce (ou de mélodicité technique férocement intelligente) qui mérite largement de figurer aux côtés des dernières productions de Gorod et Exocrine dans le Top 3 des albums de Metal Extrême technique de 2018.

 

 

photo de Cglaume
le 26/03/2019

3 COMMENTAIRES

Seisachtheion

Seisachtheion le 26/03/2019 à 09:29:03

Merci pour cette chro. ! Ce groupe le mérite ! ???? ????

cglaume

cglaume le 26/03/2019 à 16:56:14

Ça en fait des points d'interrogation ! Du coup tu doutes qu'ils le méritent ? ;)

Seisachtheion

Seisachtheion le 26/03/2019 à 20:03:30

Non, non ! Des émoticônes qui sont mal passés ! Un pote me tanait pour chroniquer Révocation. Du coup, merki ! ;)

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