Robert Plant - Carry Fire

Robert Plant - "Carry Fire"
chronique Robert Plant - Carry Fire

« Le nouveau Robert Plant, c'est vraiment bof, c'est pas comme Led Zeppelin », voilà un peu en substance ce que j'ai retrouvé dans les critiques négatives de Carry Fire, le nouvel album solo de Robert Plant que l'on ne présente plus. Un peu injuste comme argument parce que l'intéressé n'a jamais décidé de se faire une petite escapade en solitaire pour faire du Led Zeppelin-Bis et il l'assume totalement. Alors, oui, bien entendu que ce n'est pas pareil. Après, je peux comprendre qu'on n'adhère pas à ce répertoire pour diverses raisons bien entendu. En revanche, quand toute la chronique tourne autour de la comparaison systématique dans le décorticage entre cet effort solo et les grandes heures de gloire du mythique combo qui l'a fait connaître, ça va sans doute au-delà de l'injustice : on touche carrément à la naïveté. Car si l'on appréhende Carry Fire en faisant un tableau comparatif avec Led Zeppelin, c'est considérer que Robert Plant EST Led Zeppelin. A croire d'ailleurs que Page, Bonham et Jones ne faisaient qu'office de figuration, sympa pour eux... Et si l'on transpose cette même logique à d'autres domaines, c'est comme si un geek croisant Orlando Bloom dans la rue lui cracherait à la gueule parce qu'il n'aurait ni arc, ni oreilles d'elfe comme Legolas. Ou encore de le faire avec Georges Clooney parce qu'il n'est pas Batman – mais on tolère le crachin quand même dans ce cas précis vu comment Mr « What Else ? » a sabordé l'image de l'homme chauve-souris dans sa calamiteuse interprétation. Ça paraît con hein ? Eh bien, je vais vous dire un truc encore plus con : oui, définitivement Robert Plant n'est PAS Led Zeppelin, rentrez-vous ça dans le crâne une bonne fois pour toute.

 

Parce que de commun avec Led Zeppelin, la seule chose que l'on retrouve, c'est sa voix emblématique. Et encore, de façon mignonne. Car si Robert n'a pas perdu le charme de son timbre – qui n'a étrangement pas trop plongé dans les graves comme on le voit chez beaucoup de chanteurs vieillissants – et sa sensualité avec l'âge, il y a fort à parier que la vieillesse a eu raison de la puissance qui nous avait retourné lors de ses jeunes années. C'est ainsi que le bougre prend le taureau par les cornes : pourquoi continuer à pousser sa voix au risque d'en paraître ridicule alors qu'il suffit de se restreindre à un registre beaucoup plus douceret ? On rentre, avec Carry Fire, dans ce deuxième cas de figure.

 

Et pour que cela fonctionne, bien entendu qu'il faille que le pendant musical suive. Et qu'on y enclenche la pédale douce. C'est ainsi que l'on se retrouve face à un rock qui n'a rien de hard, plutôt calme et tranquille, teinté de différents éléments ethniques afin d'ajouter une petite touche d'exotisme. A ce niveau, ceux connaissant les précédents travaux de Robert Plant en solo s'y retrouveront facilement : toujours entouré des musiciens de The Sensational Space Shifters, il poursuit les choses là où il les avait laissé avec Lullaby And... The Ceaseless Roar. A savoir, une petite exploration sonore afin de métisser un rock très intimiste. Et à n'en point douter, de la même manière que son grand frère, certains sortiront de leur gond, trouvant Carry Fire trop snob et bobo.

 

On ne leur donnera pas tort car l'album dégage comme un petit côté lounge. L'atmosphère intimiste donnant comme un arrière-goût de cocooning relaxant sans doute. Pourtant, il n'y a pas forcément à se braquer et prendre la mouche : il n'y a pas tant de condescendance que cela dans le propos. Il faut plutôt y voir la volonté de proposer un album personnel qui est en raccord avec l'esprit de son géniteur : celui de se faire plaisir, le plus sereinement du monde, en explorant d'autres contrées. Et c'est pile poil ce que l'on peut ressentir en tant qu'auditeur : une invitation au voyage. Sans jamais partir vers la pure musique traditionnelle d'autres ethnies mais sans aller non plus dans le vulgaire gimmick en carton-pâte. Carry Fire arrive à allier l'équilibre entre rock lorgnant vers son essence originelle – on y retrouve à de multiples moments des choses plutôt bluesy (« Carving Up The World », « Bones Of Saints »), voire rockabilly (« Bluebirds Over The Mountains », une reprise assez psychédélique de Hersel Hickey) – et métissage exotique. En même temps, étant soutenu par des multi-instrumentistes accomplis capables de maîtriser des instruments traditionnels que la viole, le djembé, le dobro ou encore le bendir, on imagine que l'on doit se laisser pousser des ailes tant le champ de possibilités est large et qu'il y a moyen de se faire plaisir. Et en cela, on ne peut que citer l'éponyme « Carry Fire » et son typage oriental, certainement autrement plus dépaysant que le nouveau Orphaned Land, Lapinou le confirmera sans doute. Tandis que « Keep It Hid » s'impose avec surprise comme une incursion dans le monde la modernité avec ses nappes électroniques subtiles, rappelant un peu Radiohead revisité à la sauce Plant.

 

L'intéressé lui-même ne l'a jamais caché : Robert Plant a toujours préféré aller de l'avant d'un point de vue artistique. Alors si l'intitulé « The May Queen » est un petit clin d'œil aux textes de « Stairway To Heaven », la comparaison avec son groupe originel s'arrête là. Alors, bien évidemment, peut-être que le registre est un peu trop sirupeux à votre goût et dans ce cas, n'hésitez pas à vous replonger de manière nostalgique vers les mythiques frasques musicales de Led Zeppelin sans regret. Pour les autres n'ayant aucun problème avec les choses plus posées, n'hésitez pas. C'est un peu comme découvrir un Robert Plant en gourou hippie en djellaba au sein d'un bar à chichas paumé dans la moiteur du Moyen-Orient, nous racontant tour-à-tour ses voyages et ses autres légendes mystiques à portée philosophique. Et ça, ça ne s'invente pas.

photo de Margoth
le 24/02/2018

5 COMMENTAIRES

Freaks

Freaks le 24/02/2018 à 17:29:02

C'est smoothie, vaporeux et totalement inoffensif... Led Zeppelin c'était quand même autre chose ;)

cglaume

cglaume le 25/02/2018 à 00:34:40

Ai-je lu des propos désobligeants à l'encontre d'Orphaned Land ???? ;)

Th-Crown

Th-Crown le 26/02/2018 à 13:24:34

Contrairement à ce que dit Freaks, je pense que ce n'est pas inoffensif. Plant a découvert avec la sagesse que les beuglements à la Led Zeppelin n'étaient pas tout (attendez, je les aime aussi). L'album est tout en finesse, en nuance et tellement varié avec un mélange des styles. L'un des meilleurs, si ce n'est le meilleur de Plant dont je suis fan depuis toujours.

Freaks

Freaks le 26/02/2018 à 19:30:16

Th-Crown, mon commentaire est Trollé et faisait juste référence à ce que dit Margoth... Ma note en dit assez long ;)

Godlbeurk

Godlbeurk le 11/11/2018 à 16:55:46

Fan inconditionnel de Led Zep (au point d'avoir les 4 symbols tatoués sur l'avant-bras ...), je suis évidemment les carrières solo de Plant et Page. Et franchement, c'est profondément injuste de les critiquer, déjà par respect pour ce qu'ils ont apporté à la musique avec leur fameux groupe, mais aussi parce que sans ce groupe, des tas d'autres n'auraient p-e jamais existé. Mais là on parle de Led Zep.
Quand on lui parle de la possibilité de reformer Led Zep, franchement, Robert Plant a toujours apporté la même réponse : à quoi bon vivre sur les fondations passées, alors qu'un des murs essentiels n'est plus là ? (je parle de John Bonham évidemment !). Rien que pour cela, il mérite le respect également, parce que lorsqu'on voit la manière dont de nombreux groupes ne respectent plus cela, je lui tire mon chapeau ! Ensuite, il l'a toujours dit : il veut que l'on s'intéresse à ce qu'il fait en solo, parce que sa carrière ne s'est pas interrompue avec la fin de Led Zep, il a encore beaucoup d'idées en tête à exprimer en solo. Enfin, il a compris qu'à 70 balais, on n'a ni la fougue, ni la voix, ni la même maturité qu'à 20 ou 30 ans. Et cela se ressent dans sa musique actuelle, où personnellement, je ressens une profonde maturité !

Alors oui, je m’extasie sur Led Zep, mais je prends du plaisir à écouter cet album et le précédent également. Après tout, je prends autant de plaisir à écouter Led Zep, les GNR, Slayer, Aerosmith, Death ou Metallica. Tout dépend de mon humeur du jour :)

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