Rome Buyce Night - Indian castle of Morocco

Rome Buyce Night - "Indian castle of Morocco"
chronique Rome Buyce Night - Indian castle of Morocco

Ann Arbor avait frappé fort en 2010, un disque soigné où le Krautrock y était disséqué, où le magistral « The Unit Scale of rock » offrait une envergure psychédélique appuyée et très efficace. Le groupe se montrait cohérent et alerte alors que dans les faits, les départs à l'étranger, les changements d'orientation rythmaient la vie d'une somme d'individus toujours amis mais en dislocation. Le tiers restant s'acoquinant avec les parisiens, toujours résidents, de Sons of Frida, le temps d'un Orchestra innovant, réinventant les codes de la chose post-rock en lui injectant une belle dose de lysergie et conviant Sonic Youth à un banquet tribal – le temps de 2 titres au moins-.

 

En 2014, on saluait l'effort solitaire de Guillaume Collet, le temps d'un Horse Temple (et ses Ghosts Tracks). Il proposait une version plus cinématographique (dans l'intention) de ce rock instrumental, souvent magnifié par Mogwai ou Tortoise. En manageant son label Zéro Egal Petit Intérieur avec autant de conviction que de moments choisis, le bonhomme devient bon an, mal an, une valeur refuge dans le domaine. La proximité étant souvent le maître-étalon dans ces choix.

Mine de rien, ça en fait, une belle poignée de disques obscurs et essentiels dans son escarcelle.

Nous sommes envahis par un sentiment bienfaisant de grandeur à la découverte de la pochette de ce nouvel opus. Des couleurs apaisantes, un décor qui invite au voyage, et globalement la grandeur (oui). 6 titres pour 40 minutes indique le lecteur, et ça demande une installation pour un bon confort d'écoute. En ce qui me concerne, la première se fera lors d'un trajet en voiture.

 

Rares sont les groupes qui démarrent un album avec pour titre le nom de leur groupe. Il suffit de 3 mesures qu'il s'agit d'un clin d'oeil bien senti pour signifier un retour aux affaires. « Rome Buyce Night » a des faux airs de b.o d'un film érotique des années 70, aussi langoureux que sale. « Blonde peroxydée » propose une autre facette du combo. Une voix blafarde s'amuse avec le vocabulaire riche de la langue française. Un texte loin des sens, qui ne cherche pas à affirmer ou poétiser outre mesure. On retrouve ça dans les récents travaux de Anne-James Chaton (en compagnie de Andy Moor / The Ex). La voix est trop en retrait pour pouvoir profiter pleinement de l'intention. Les 11 minutes du « Pays des possibles » respirent le Krautrock de Can à plein poumons. Ces gens ont des lettres, on en doutait pas une seconde. Le titre ne parvient pas à s'élever d'une impression toute sympathique.

 

« Blue Elephant » nous ramène à leur marotte psychédélique toujours de bonne facture, c'est dans ce genre que le groupe développe son esthétique la plus pertinente. Les 15 années de métier des parisiens au service de ce son si emblématique.

« Sasha, Adèle et les autres » démarre crescendo par des notes déposées sur un piano. Ce titre un peu hors normes, offre de nouveaux horizons au groupe, capable de se réinventer ; et on imagine encore mieux dans les musiques de films ; l à où le jeu d'acteurs dit tout sans un mot. En terminus, « Froid, photographique » renvois aux sensations glaciales des travaux de Michniak (en solitaire ou en groupe).

 

Rome Buyce Night nous offre un nouveau rendez-vous salutaire, aventureux, et attentif. L’œuvre sincère des protagonistes grandie a mesure que leur expériences les enrichit. C'est vrai pour la plupart d'entre nous, c'est rarement aussi tangible que dans le cas présent.

photo de Eric D-Toorop
le 11/02/2016

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