Rosalie Cunningham - Rosalie Cunningham

Chronique CD album (43:47)

chronique Rosalie Cunningham - Rosalie Cunningham

On dit que derrière chaque grand homme se cache une femme. Mais que se cache-t-il derrière une grande femme ? Un joli tas de débris mâles emplis d'amertume et de désillusion peut-être... Enfin, on imagine que c'est plus ou moins ce qui se cache dans le placard de Rosalie Cunningham. Ne vous y trompez pas, sous ses airs charmants et sympathiques, la madame, malgré une carrière dans la fleur de l'âge, s'avère être une véritable veuve noire artistique. Ce genre qui s'amourache d'un musicien, se laisse porter les étoiles plein les yeux jusqu'à créer un groupe afin de vivre en amoureux la vie de rockstars... jusqu'à simplement claquer la porte, et de sa chambre, et du nid d'amour musical (pourtant en bonne voie de développement), laissant le pauvre ex-compagnon comme un con derrière le cul à l'air. C'est ce qu'elle a fait avec Purson, pourtant promis à un avenir enviable après deux albums d'occult rock de très bonne facture. Et comme cette chère Rosalie aspire à l'égalité homme/femme, elle est d'autant plus capable de faire ses petites opérations de sabordage lorsque c'est entre copines comme elle a pu le faire avec Ipso Facto auparavant. Pas de jaloux donc...

 

Rosalie Cunningham semble avoir à demi-appris de ses erreurs aujourd'hui. A demi, car cet opus éponyme a été créé avec le soutien de son nouveau (futur ex ?) petit ami. Mais puisqu'il est estampillé sous son propre nom cette fois, il faut admettre que c'est un cas de figure beaucoup plus délicat à saborder. Au pire, elle ira vagabonder dans d'autres groupes et mettra ça en hiatus, le tout avec la totale liberté d'inter-changer ses muses à volonté avec une totale liberté d'action quant à la direction musicale. Malgré tout, on lui souhaitera chaudement de perdurer tant son premier effort sous son propre nom montre qu'il n'y a pas à lui cracher dessus très longtemps du fait de ses choix de carrière un brin imprévisibles : le talent est là dès lors que l'on se recentre sur le cœur du propos qu'est la musique. Elle l'avait déjà montré au sein de Purson, elle ne fait qu'enfoncer le clou d'autant plus avec ce premier essai solo.

 

Si certains nourrissaient l'espoir qu'il s'agisse là d'une sorte de suite illégitime de son précédent groupe, ils pourront tourner les talents et repartir la queue entre les jambes. Si le propos est toujours ancré dans l'esprit 70's, cet opus arbore un visage résolument folk et psychédélique où le côté rock s'avère on ne peut plus adouci, quasi-pop même. Bref, l'heure est de détacher votre longue chevelure, l'entourer d'un bandana, arborer lunettes rondes, chemises aux motifs rideaux de mamie blindée à l'acide et pattes d'eph. Autant dire que si vous êtes trop jeunes pour avoir connu cette décennie et que vous regrettez les trips à la Jefferson Airplane et autres trucs de hippies légers, planants et « feel good », vous frappez ici à la bonne porte tant la madame offre un belle remontée dans le temps. Le tout avec une production « moderno-vintage » qui lui va comme un gant et ne rend ce retour vers cet inimitable esprit 70's que plus authentique. Et surtout, jamais opportuniste tant l'on sent réellement quelque chose de très personnel émaner de ce nouveau visage artistique.

 

Une nouvelle appréhension artistique avec ses influences notables de grands noms puisées dans leurs premières parties de carrière. Comme ce côté cabaret déglingué très David Bowie (« House Of The Glass », « Dethroning Of The Party Queen ») ou encore les ambiances théâtrales avec ses quelques exubérances vocales à la Kate Bush (« Fuck Love »). Ce qui rappelle d'ailleurs de loin comme une sorte d'Alice Cooper le plus théâtral de l'époque, revisité à une sauce pop/rock. Niveau interprétation, Dame Cunningham impressionne et parvient à déployer une aura globale à cet ensemble de compositions, s'inscrivant dans la légèreté et le guilleret (« Ride On My Bike »), avec énormément de simplicité et d'auto-dérision (sachant son parcours, un titre comme « Fuck Love » ne peut que faire sourire après tout). Pour un résultat attachant qui jamais ne s'avère simpliste musicalement parlant. La sophistication est là, avec tout un tas de nuances et surtout, deux grands moments magistraux qui méritent à eux seuls l'achat de l'album. « Nobody Hears » tout d'abord et sa guitare folk – très Genesis des origines par ailleurs – son piano mélancolique, subtilement appuyés par une orchestration de mellotron, le tout dans un délire quasi-progressif dans son approche des variations d'intensité. Et histoire de clôturer l'album par un bon gros frisson qui va bien, ce fameux « A Yarn From The Wheel », titre fleuve dépassant les treize minutes, véritable trip psychédélique accrocheur à souhait où l'esprit jam des Cream ou des Grateful Dead n'est clairement pas loin et aurait sans doute fait fureur s'il aurait existé durant les grandes années de Woodstock.

 

Ce premier essai solo de Rosalie Cunningham s'avère être une délicieuse remontée dans le temps. Délicieuse mais surtout troublante d'authenticité. Point d'opportunisme là-dedans, on sent que la madame, entre deux mises en charpie de groupes, baigne dans l'esprit hippie, tantôt folk, tantôt rock, tantôt pop mais surtout psyché jusqu'à l'os. A tel point qu'elle ne ferait pas tâche si elle trouverait un Tardis la faisant revenir aux heures glorieuses du festival de Woodstock. En espérant cette fois qu'elle se tienne à cette carrière sous son propre nom sans faire (trop) de vagues.

photo de Margoth
le 16/11/2019

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