Ruby My Dear - Brame

Ruby My Dear - "Brame"
chronique Ruby My Dear - Brame

N'y allons pas par quatre chemins : ce n'est pas parce que vous avez été séduits, en tant que metalleux indéboulonnable, par Igorrr que vous allez ressentir cette même tendresse pour Ruby My Dear. J'en veux pour preuve un Lapinou qui a testé lorsque les deux compères se sont partagé le bout de gras ensemble au sein d'une même galette et s'est tellement retrouvé en dehors de sa zone de confort qu'il a préféré passer la main. Bon, en même temps, même si cela tient très certainement plus de la simple coïncidence, le petit Juju Chastagnol derrière Ruby My Dear lui a bien rendu avec le clip de « Croque Monsieur A Disneyland » blindé de passages d'Happy Tree Friends, mettant notre cher Glaume dans une situation fort peu enviable. Et vu que ce coquinou de Flippy est davantage mis sous son jour le plus glorieux dans ladite vidéo, il était tout désigné que c'était à moi de prendre le relais. Et à quitter de mon côté également ma propre zone de confort.

 

Parce que même si d'Igorrr on reconnaîtra le spectre, hantant pas mal les tréfonds de son nouvel opus long format, Brame, de par l'utilisation de samples communes, ce don de l'intitulé incongru et même du troc de voix vu qu'on peut y entendre de-ci, de-là Laure Le Prunnec intervenir, le délire s'avère quand même très différent. Car si Gautier Serre parvient à conserver un côté organique suffisant pour parler au metalleux, ce n'est clairement pas le cas ici. C'est par conséquent la fête du breakcore qui parlera sans doute plus au teufeur qu'au chevelu. Parce qu'il y a beau avoir quelques « grouik grouik » grassement extirpés des derniers souffles de porcs à l’abattoir et quelques fulgurances rythmiques hyper-saturées qui n'auraient pas dénoter du metal extrême si cela avait été arraché d'une gratte (les blasts de la seconde partie d'« Anémone », ainsi que ceux de « Clinpf Eepfwoof » et breaks de « Mini Short »), c'est à peu près tout ce qu'il y a à se mettre sous la dent pour le metalhead.

 

Après, une fois mis cette réalité en avant et que le tri drastique parmi les oreilles pouvant prétendre à se coltiner ça, est-ce que cela fait que Ruby My Dear n'est qu'un vulgaire fils spirituel d'Igorrr de catégorie HS ? Au final, j'aurais tendance à tendre vers le positivisme, quand bien même mes premières écoutes ne se sont pas passées sans heurts, n'étant pas forcément très coutumière de breakcore, ni même de musiques d'ordre non-organique en général d'ailleurs. C'est qu'au final, il y a quelque chose d'assez fascinant qui se dégage des expérimentations incongrues de Ruby My Dear. Parce que même si le profane sera toujours obnubilé par ce sample rythmique déstructuré que l'on retrouvera souvent – et que l'on entend également assez régulièrement chez Igorrr également d'ailleurs – lui donnant un faux-semblant d'uniformité plutôt linéaire, une fois que l'on arrive à passer le cap de lui prêter moins d'importance, il faut admettre que cela brasse très large, avec énormément de variété.

 

De la variété strictement sonore d'une part. Parce qu'au-delà d'un « Croque Monsieur A Disneyland » présentant un breakcore somme toute classique mâtiné de cartooneries, les hostilités partent vite autrement plus loin dans les lorgnages enrichissant la sauce : trip-hop (« Gaviscon »), valse mise sans dessus-dessous (« Charade »), transe propre aux musiques tropico-africaines (« Asile A La Plage » plus tropical des îles, « Mini Short », d'approche plus africaine), le nawak circus hip-hop (« Spectacle »), boîte à musique sous amphèt' (« Music Box »)... Entre autres joyeusetés qui marqueront d'autre part par la variété de sensations et d'images qu'elles peuvent bien renvoyer. Prenons un « Asile A La Plage » par exemple : c'est le voyage exotique parfait où l'on nous fout à Tahiti en bon touriste/plagiste lambda accueilli par les colliers de fleurs distribuées par des sublimes créatures maniaco-dépressives, soulignés par les pleurs habités d'une Laure Le Prunnec qu'on n'attendait clairement pas sur ce genre de terrains. La vocaliste d'Igorrr qui n'hésite pas à partir vers d'autres horizons aussi peu attendus dont la mise en valeur peut faire vaguement rappeler certains travaux d'Asphodel (Chenille / ex-Pin-Up Went Down / ex-Penumbra). Parmi les autres collaborations, on pourra souligner celle de la flûte d'Anthony Miranda de Pryapisme sur « Loulou », donnant un côté très cours de flûte à bec de primaire version psychotique pro-stade de foot de Ligue Des Champions qu'on aurait foutu dans une crèche. De la même manière que l'on notera l'influence du combo lyonnais sur les claviers de « Clinpf Eepfwoof ».

 

Au-delà du côté perché où, franchement, la part de malaise n'est jamais fort loin, ce qui impressionne également chez Ruby My Dear et l'éloigne de son comparse Gautier, c'est la sophistication qui se dégage de Brame. Bien moins abrupt dans ses transitions qu'un Igorrr, on sent un Chastagnol plus porté par le souci du détail et la science de la subtilité, faisant que malgré un côté organique quasi-inexistant qui foutra à sac les oreilles du metalleux. Ruby My Dear s'avère peut-être plus accessible qu'Igorrr dans son délire de breakcore expérimental. Aussi étonnant que cela puisse paraître.

photo de Margoth
le 28/03/2018

4 COMMENTAIRES

papy_cyril

papy_cyril le 28/03/2018 à 08:10:53

Cromy a posé pour la pochette ?

cglaume

cglaume le 28/03/2018 à 08:22:14

Que de douces références dans cette chronique !!

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 28/03/2018 à 14:04:48

Naon papy y'aurais eu un fuck dessus sinon !

papy_cyril

papy_cyril le 28/03/2018 à 15:38:03

:D

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