Russian Circles - Guidance

Chronique CD album (40:00)

chronique Russian Circles - Guidance

Si le premier album est celui de la spontanéité, le second est une bonne digestion d'un premier succès, le troisième est celui de la maturité
Que trouve le microcosme journalistique pour le reste de la discographie d'un groupe ?

Parce qu'il va falloir faire un effort pour le 6ème album de Russian circles qui est, de loin, son meilleur.
Pas que les précédents ne furent pas bons, au contraire. Le groupe alternait de façon intéressante des LP entre post-metal et post-rock, bien que, depuis "Empros", il ait trouvé un mix intéressant entre les deux étiquettes au sein d'un même disque.

Cette fois, les américains ont décidé d'évoluer avec leur musique. Le premier signe étant une infidélité à Brandon Curtis (aux manettes de "Geneva", "Empros" et "Memorial") pour Kurt Ballou qu'on ne présente plus.
Et ça, mine de rien, ça va donner une autre dimension au disque.

Ensuite, le groupe a décidé de casser les limites entre le post-rock et le post-metal : les deux sont bien présents ici et enrichissent les créations de la bande. Un lien est fait entre les deux univers du trio muet, entre "Asa" et "Vorel".

Enfin, Russian circles se connaît par coeur, s'est trouvé un nouvel équilibre et joue à merveille sur le rythme de son album.


Encore une fois, tout commence par la première piste.
"Evidemment Captain Obvious" te dis-tu ! 
Bah...pas toujours.

Les intros foireuses, inutiles, hors-propos desservent souvent les albums. Hors, celle-ci nous y plonge complètement. 
"Asa" est un titre post-rock porté par une guitare post-rock très classique (à la Mono) associée à un petit arpège en boucle coupé par un simple pont mélodique.
Une boucle à la guitare qui en annonce d'autres. C'est surtout un petit "apéritif" musical, qui ne sert qu'à amener "Vorel", car si la première piste est dispensable, elle fait tout de même partie d'un ensemble jusqu'à "Afrika".

La fin d'"Asa" est un bourdonnement qui annonce le lancement de "Vorel", le titre par lequel les choses sérieuses commencent.


Fondamentalement, Russian circles garde la même recette qu'auparavant, mais elle est ici magnifiée par un son qui donne une énorme profondeur, une grande résonnance à la batterie.
La basse subit également le même traitement, elle gagne en rondeur et en lourdeur...
Quant à la guitare, elle garde sa petite avancée dans la production, mais on retient surtout ses parties pour la créativité et la gestion de changements d'ambiance.

Russian circles a construit ses compositions autour du jeu en boucle de sa guitare (ou de sa basse), de riffs et d'arpèges particulièrement bien choisis. Mais la grande réussite dans cet album est la modulation de ces sons au fil des changements d'ambiance, de rythme, d'effets.
Les créations du groupe sont pour "Vorel" et "Mota" particulièrement intenses : on découvre ces morceaux se déformer progressivement, se transformer pour que les ondes deviennent de plus en plus sensibles.
Les frissons ne peuvent que parcourir  le dos lorsque le ton s'aggrave sur le finish de "Mota" avec sa basse vrombissante par intermittence.

"Afrika" sonne alors comme une pause bienvenue, avec une guitare post-rock, plus respirable et légère. Un titre dont l'entrée en matière est beaucoup plus classique, les sonorités post-rock de ce type étant déjà trop entendues...mais c'était sans compter sur le son de la basse qui entraîne un changement d'ambiance radical que la guitare se presse de suivre.
On reconnaît alors la touche Ballou : ce qui est sombre devient noir. "Afrika" change de visage et marque une coupure dans l'album...puisqu'apparaît enfin le premier silence.
 

Les silences ont leur importance, y compris en musique, aussi bien pour l'ambiance que pour le rythme. "Overboard" sonne comme un nouvel éveil. Un morceau très produit, plus léger, lumineux même et cette fois totalement post-rock. 
Un apaisement contrarié par la gravité de "Calla" abordé par une guitare puissante et une batterie particulièrement lourde. 
Jouer en boucle tout en faisant jouer l'alternance : ainsi la batterie mène la barque, le son et provoque les changements d'ambiance.

L'album aurait pu s'achever dans ce fracas quasi-doom, mais "Lisboa" appuie encore plus fort sur la pédale de frein...en continuant de faire le même bruit.
Encore une fois, Russian Circles est impressionnant pour ses changements de tons et de sons : la qualité de composition est telle que leurs titres balayent des univers totalement différentes mais aussi belles qu'efficaces.

On se laisse mener par 20 premières minutes superbes, à écouter d'un seul trait, comme une seule et même oeuvre. Si la seconde moitié est un peu plus mitigée (en dehors de l'excellent "Calla"), elle n'en demeure pas moins vibrante. 
Ce groupe a des ressources insoupçonnées. Aucun doute n'est donc permis : "Guidance", ce 6ème album est le meilleur du groupe...et aucune "formule facile" ne peut vraiment l'expliquer.

photo de Tookie
le 04/10/2016

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