Sigh - Heir to Despair

chronique Sigh - Heir to Despair

Pour achever son 3e cycle discographique (pour rappel, les albums de Sigh suivent une logique alphabétique que l’on pourrait rapprocher de celle de Morbid Angel, sauf que les Japonais s’arrangent pour que les premières lettres de leurs albums forment la suite S-I-G-H – et nous en arrivons aujourd’hui au 3e H… Fin de la longue parenthèse), pour achever son 3e cycle discographique disais-je donc avant d’être grossièrement interrompu par moi-même, Sigh range au grenier les références cinémato-horrifiques et les corpse paints de King Diamond qui avaient planté le décor de Graveward pour parfumer à nouveau son Black expérimental d’enivrants parfums d’Orient, comme cela avait déjà été le cas en 2012 pour In Somniphobia. C’est donc reparti mon kiki sur la Route de la Soie, des souks au sein desquels BaK écrit ses morceaux Sympho-Prog jusqu’aux jungles du Bengale peuplées de percussions ondulantes, l’ensemble du trajet étant effectué dans un épais nuage euphorique causé autant par des accents psyché 70s que par des délire typiquement Nawak Metal.

 

Mais, me direz-vous, la route de la soie va jusqu’en Chine non? Oui eh bien on n’est pas à une contradiction près! Parce que c’est plutôt au Japon que Sigh s’en revient régulièrement. Tout d’abord parce que c’est quand même à Tokyo que se situe le QG du groupe, mais surtout parce que l’album ne parle pas franchement du commerce eurasien, mais plutôt de la démence sous toute ses formes. Il n’y a donc pas de contrindication à ce que le groupe utilise principalement sa langue maternelle pour chanter les bienfaits des vols au-dessus des nids de coucous, ou encore qu’il demande à Kevin Kmetz (Estradasphere) d’enrober quelques compos de lignes de shamisen.

 

Si l’on en restait là, Heir To Despair aurait tout ce qu’il faut où il faut pour mériter l’appellation « Marco Polo Black Metal ». Sauf que si cette désignation stylistique rendrait assez bien compte de la dimension World Music de l’œuvre, elle occulterait non seulement ses visages Prog 70s et Nawak, mais également de nombreux autres aspects, comme cette facette électro-synthétique qui peut rappeler Kekal (voire Igorrr au milieu de « Heresy I: Oblivium »), , ces plages symphonico-orchestrales qui renforcent le parallèle avec BaK, cette dimension Heavy Black old school à la Bewitched qui reste une constante d’album en album,  et ces multiples apports divers qui font de ces 9 morceaux un foisonnant kaléidoscope musical aussi exotique que dangereusement générateur de courts-circuits synaptiques. Des exemples? L’usage de la thérémine pour mieux communiquer avec les esprits. Des ambiances médiévales au sein de « Hands of the String Puller ». Ces passages d’accordéon qui mêlent des décors à la Amélie Poulain à des darkeries timburtoniennes plus gothiques (cf. le morceau-titre). Plus tout un tas d’autres instruments (piano, orgue Hammond, saxo, harmonica, cornemuse, tabla – on perd le fil à force) et de multiples couches de pistes additionnelles qui transforment l’expérience en un séjour coloré dans les grimaçants couloirs de Bedlam.

 

Arrivé ici, vous devez commencer à avoir une bonne idée du drôle de mille-feuille qu’est Heir To Despair, surtout si vous gardez à l’esprit les saveurs multiples caractérisant In Somniphobia. Pour compléter cette image mentale, il vous faudra encore vous figurer une prod’ qui jongle habilement avec les multiples pistes mais laisse une judicieuse et légère couche de poussière afin que nos oreilles puissent sentir la terre ocre sous les sandales de pèlerin et la sable au fond des sacs à dos. Il faudra également imaginer de réguliers et flamboyants soli, du décidément très inspiré You Oshima (Kaddenzza). Et il ne faudra pas perdre de vue qu’aussi incroyable cela puisse sembler, le groupe réussit à rester cohérent et accrocheur tout du long de cette petite heure. Mieux: « Aletheia », « In Memories Delusional », « Hands of the String Puller » et le morceau-titre sont de fabuleuses fresques qui cajolent et excitent aussi efficacement que le mélange du meilleur d’Orphaned Land, Solefald et Hollenthon. Sans parler de ces djinns Nawak survoltés qui non seulement participent en coulisse à l’effervescence ambiante, mais qui propulsent le triptyque « Heresy » à la hauteur des œuvres les plus hallucinées de Secret Chiefs 3.

 

... C'est moi où c’est tous les ans la même chose? De superbes albums viennent toujours s’incruster au dernier moment dans notre Top de fin d’année pour nous obliger à le bouleverser à l’approche de la ligne d’arrivée… Et on ne s'en plaindra pas!

 

 

 

 

PS: oui, je sais, Phil Anselmo croasse vaguement sur « Homo Homini Lupus ». Mais on le remarque à peine. Pour être honnête, c’est complètement anecdotique...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: petit frère / frère jumeau d’In Somniphobia, Heir To Despair est un superbe retour au « Nawak Psyché Heavy/Black exotique » de 2012, entre BaK, Solefald, Secret Chiefs 3 et Kekal. Du grand Sigh, une fois de plus.

photo de Cglaume
le 17/01/2019

3 COMMENTAIRES

Xuaterc

Xuaterc le 17/01/2019 à 18:36:02

Dans un monde idéal, j'aurais le temps de me pencher sur la discographie de Sigh

cglaume

cglaume le 17/01/2019 à 19:25:25

Et comme on ne le pas ce temps, on fait des impasses correspondant à qui chronique quoi... :)

Margoth

Margoth le 21/01/2019 à 10:30:22

Tu devrais tenter quand même Xuxu, tu loupes quelque chose tant Sigh a su développer plein de choses et ambiances très différentes au sein de sa discographie... et encore, je ne les connais pas tous. En tout cas, je ne l'ai pas encore beaucoup jaugé celui-là mais j'en ressors quand même conquise : le groupe parvient encore une fois avec une mise en boîte qui rend le son un brin kitsch et cheapos à montrer un côté somptueux à cette débauche d'influences arabisantes habilement distillées et inspirées. Comme si on avait dit à un Orphaned Land au top de sa forme de bouffer du heavy/black et d'enregistrer son truc sans un sou en poche dans un bunker souterrain paumé dans le Tiers-Monde...

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