Skeletal Remains - Devouring Mortality

Skeletal Remains - "Devouring Mortality"
chronique Skeletal Remains - Devouring Mortality

Les Américains de Skeletal Remains savent pertinemment que notre nuque et notre petit cœur sont l’un comme l’autre arrimés aux mêmes vieilles cordes. Et qu’il suffit de tirer savamment sur celles-ci pour que, tel le Rantanplan handbangueur à l’arrière de la 205, on mette soudain ces organes vitaux en branle. C’est pourquoi ceux-ci ont sorti la bonne vieille marmite Death old school pour, dans une démarche similaire à celle de toute la scène Revival Swedeath, y touiller ces ingrédients millénaires (… ou "presque") qui incitent à sortir nos muscles cervicaux de leur torpeur.

 

Allez, on y va généreusement: slow/mid tempos crapuleux qui font perler la salive au seuil des babines, accélérations bourdonnantes à la mélodie adipeuse, breaks en équilibre précaire menaçant à tout moment de verser dans un torrent de notes assassines, épaisses mosheries qui ratissent l’humus et pataugent dans les flaques… Rhâââ que c’est bon! C’est tellement facile, tellement déjà entendu, mais tellement imparable! D'autant que, petit plus appréciable, sur Devouring Mortality le groupe délaisse la facilité des références trop pratiquées – Entombed, Death, Incantation, Morbid Angel – pour nous gratouiller l’une de ces plaques sensibles dont la croûte n’est que peu soumise aux attaques de l’actualité métallique.

 

« Mais de quoi qu’y cause le bougre d’animal? »

 

Eh bien le registre pratiqué par Skeletal Remains – sur un bon 85% de son 3e album – est celui qui a fait les beaux jours du Consuming Impulse de Pestilence. Vous savez, ce Death crapoteux, aux sabots lestés de caoutchouc fondu, aux mélodies sexys engoncées dans une gangue poussiéreuse, et capable d’accélérations aussi sèches que mortelles. Avec en prime l’inimitable larynx parcheminé de Martin Van Drunen. Eh bien tout cela se retrouve ici cloné, y compris ces cordes vocales déshydratées typiques, que même que Chris Monroy a dû se taper des séances et des séances de ponçage de glotte à la Spontex pour en arriver là. Vous ne voyez pas trop à quoi tout ça peut ressembler? Bon, prenons les choses autrement. Tiens: vous mélanger Obituary et le Morgoth de Cursed, et vous obtenez grosso-merdo le même résultat. En sachant qu'il faut nuancer un peu ces comparaisons et reconnaître que certains passages plus léchés – ces cloches lugubres, ces twins ascendantes, ces ambiances ténébreuses – lorgnent plutôt sur l’album d’après, Testimony of the Ancients. Et puis dis, à 1:52 sur « Grotesque Creation », est-ce qu’on ne serait pas en plein branlage de manche Schuldinerien? Et ces blasts fréquents, ne serait-ce pas une liberté assez peu représentative du style des Hollandais qui fouettent?

 

Certes, certes…

M’enfin au final, malgré les efforts déployés pour s'imposer comme le calife à la place de Pestilence, on doit se rendre à l'évidence: il ne suffit pas de mettre un short destroy et un peu de crayon vert sur le front de David Pujadas pour qu’il ait l’air crédible dans son imitation de l’incroyable Hulk!

 

Alors c'est sûr, que l'on lâche prise en s'abandonnant à la danse du gorille en rut dans la cage de Mme Orang Outan, ou que l’on recense méthodiquement les rares manifestations émancipatrices qui peuvent émerger parfois au détour d’un morceau, on ne peut nier que Patrick Mameli mériterait de toucher des royalties sur la vente de cet album. Par contre, même si on arrive à faire fi de l'incessante sensation d’avoir déjà entendu tout ça ailleurs pour se laisser bercer par le bouillonnant flot d’endorphine généré par la première moitié de l’album (Rhâââ, la mosh part à 0:56 sur « Torture Labyrinth »!!), il faut reconnaître que la suite devient plus pénible, les plus inconfortables sensations apparaissant sur « Reanimating Pathogen », dont les tortillons retors tuent véritablement l’amour. En fait, pour profiter à plein de cet album, il faut ne jamais avoir entendu Consuming Impulse. Dans ce cas, en effet, on peut peut-être crier au génie. Mais en l’occurrence, dans mon cas, une fois essuyé la bonne suée provoquée par tous ces breaks et riffs juteux, il ne reste qu’une sensation un peu désagréable d’avoir cédé à la facilité de l’achat d’une contrefaçon (… et c’est un fan de Swedeath qui vous tient ces propos!).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: « C’est quand même vachement bien ce que Pestilence faisait à l’époque de Testimony of the Ancients (un peu) et Consuming Impulse (surtout!). Dommage qu’à l’époque les prods étaient moins bonnes, et les blasts moins à la mode. Bizarre que personne, en ce XXIe siècle plein de revivalistes, n’ait songé à se replonger dans ce type de son… » Allo!!? Hé, arrête de rêvasser Skeletal Remains, et fais-moi le plaisir de t’activer! Sinon tes Frosties vont ramollir et tu vas rater ton bus pour l’école!

photo de Cglaume
le 16/05/2018

1 COMMENTAIRE

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 16/05/2018 à 10:31:03

Bouarf, t'es généreux mon Lapin. Je n'aime pas suffisamment la Floride et la Hollande pour kiffer ma race à mort cette fois. Je m'arrête donc à Condemned To Misery dont cet album est un décalquage.

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