Skindred - Babylon

Skindred - "Babylon"
chronique Skindred - Babylon

Une chronique du Pain de Dub War, un gros silence radio, puis des articles consacrés aux 3 derniers Skindred… La couverture critique de la discographie de Mr Benji Webbe proposée par CoreAndCo a un petit quelque chose de « quantique ». Ou de « gruyèresque », si vous êtes plus Ratatouille que Radium 226. Du coup la participation des Gallois à la prochaine édition de la grand-messe clissonnaise nous offre une bonne occasion de combler enfin ces vilaines lacunes à l’aide de bonnes vieilles chros rétro qui affubleront de dreadlock et de T-shirts vert-jaune-rouge vos prochaines gueules de bois dominicales.

 

Mais avant de clore le chapitre Dub War en vous causant de Wrong Side of Beautiful, attaquons-nous d'abord aux roquettes rasta lancées depuis le porte-avions Skindred... Et pourquoi pas? Cessons donc de suivre aveuglément la fée Chronologie. Allez zou, on y va!

 

Nous sommes donc en 1999. Apparemment Earache Records ne bichonne pas des masses sa pourtant prometteuse recrue qui lui a livré 2 albums plein d’un juteux mélange de Reggae, de Dub, d’Indus et de Metal. Du coup ça rumine, ça s’escagasse, ça fulmine dans les rangs de Dub War. Et ce qui doit arriver logiquement inéluctablement arrive: lettre de démission, paiement des congés non posés, solde de tout compte, pot de départ… Non seulement le groupe quitte le label, mais il quitte également toute activité musicale en splittant. Heureusement, le chanteur Benji Webbe s’entoure de nouveaux camarades pour continuer l’aventure au sein d’une formation jumelle de celle qui vient d’exploser en vol: Skindred. S’ensuivent une petite poignée d’années à composer, à répéter, à se rincer le gosier, à jouer à chat-perché, jusqu’à ce qu’enfin, en 2002, sorte Babylon. Tout d’abord lové dans le giron de RCA Records, l’album ressort sur plusieurs labels successifs avec tout autant de modifications de tracklist, enchaînant les classements dans les différents charts (1er au Billboard « Top Reggae Albums », 189e au Billboard 200 tous genres confondus aux US…) et les concerts juteux (notamment une tournée avec Korn).

 

Fin de la séquence historico-Stéphane Bern. On revient à ce qui nous motive en premier lieu: la musica.

 

Si Babylon contient encore quelques légères traçounettes Electro-Dub ci-et-là, pour faire un semblant de trait d’union avec la formation grande-sœur – ne perdons pas les vieux fans en chemin, ce serait ballot –, Benji y abandonne dorénavant les éléments mécanico-Indus qui lui donnaient de faux airs de DJ Cocold Nuts, et réaccorde les guitares selon des standards plus compatibles avec ceux de Radio Kingston. M’enfin attention: la Jamaïque de nos amis a autant à voir avec la décontraction spliffée d’un Bob Marley qu’avec les sabres ébréchés et les bouteilles de rhum de la Flibuste caribéenne. Car pour chaque séance de bronzette relax offerte par l’album, Skindred se paie également un bon coup de sang tantôt –core, tantôt Néo, aidé en cela par une guitare qui ne crache pas sur des plans devant beaucoup à RATM. D’ailleurs le groupe aime tout particulièrement jouer sur les effets de contraste, la grosse bagarre coreuse « Bruises » laissant la place à un « We Want » aussi décontracté que peu Metal, et la mélancolie sexy de « The Fear » succédant avec beaucoup d'à-propos à la grosse veine battant sur le front de « World Domination ». Mais l’élément le plus marquant – et le plus caractéristique – de cette croustillante dualité reste encore la prestation exceptionnelle de Mr Webbe qui, plus que jamais, mélange avec bonheur indolence Ragga sur fond de basse ronronnante et de pulsations Ska avec charclages de fond de gorge et vociférations ulcérées sur tapis de grosse guitare. Dr Benji et Mr Webbe, voilà, c’est tout à fait ça. On a beau savoir que la Fusion – après tout – c’est justement ça, une délicieuse schizophrénie métallique, on n’en reste pas moins sur le derche devant l’excellence de la prestation.

 

Mais si Babylon a fini aussi haut dans les Tops, ce n’est pas uniquement du fait de la fraîcheur d’une formule tout juste initiée par Bad Brains et Living Coloür. C’est surtout que l’album offre du hit par pleins semi-remorques! Car outre les singles « Nobody » et « Pressure » (GROSSE bombe, ce dernier) bien connus des arpenteurs de Youtube curieux, l’album contient moult raisons de s’agiter furieusement les dreads. Comme le raggamuffinisant et joyeux « Selector » au refrain particulièrement rassembleur. Comme la baston « Bruises » qui donne envie de se lancer dans le HxCx Karaté Dancing. Comme son alter ego hyper coolos « We Want ». Comme « Set It Off », véritable mètre-étalon de la Fusion Ragga Metal. Même le plus radio-friendly « Tears », le spleen velouté de « The Fear » et le poignant « The Beginning » s’avèrent attachants – quand ce n’est pas carrément tripants. Tout juste pourra-t-on regretter un « Start First » un peu rugueux, un « Firing The Love » peu marquant, et un morceau-titre un peu trop basique pour faire vraiment son trou dans le mou de notre caboche (sérieux, pourquoi en faire le porte-étendard de l’album?).

 

Sorte de canette de Red Bull Ragga-métallique aussi énergisante qu’euphorisante, Babylon sèche les larmes des fans éplorés de Dub War tout en s’ouvrant à un public habituellement plus porté sur les rythmes chaloupés de bord de plage. On comprend dès lors pourquoi c’est dans cette configuration – plutôt qu'avec un Dub War plus confidentiel – que Benji et ses amis réussiront pleinement leur pari de jumelage caribéo-métallique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: Dub War est mort, vive Skindred! Plus franchement ensoleillé que les 2 albums du « groupe d’avant » (le parasol Electro-Indus, ça fait de l’ombre!), Babylon mélange le meilleur de l’agressivité Néo/Core/Metal, l’écran total indice 100 et les 3 feuilles des plages jamaïcaines avec une énergie et un naturel innés. Yes Man! 

photo de Cglaume
le 23/04/2017

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