Sleep Terror - Abreaction

Chronique CD album (23:47)

chronique Sleep Terror - Abreaction

Luke Jaeger est le seul dans son créneau. A moins que vous connaissiez un autre groupe qui mélange Death technique qui défouraille, Surf Rock, Funk et cuivres au sein d’une même tambouille instrumentale? Si c’est le cas envoyez par carte postale vos nom, prénom, adresse, plus le blase de la formation en question, et si vous êtes tirés au sort vous gagnerez peut-être une photo de Crom-Cruach nu en mocassins à gland. Je pense néanmoins que le nombre de cartes se comptera sur les doigts de la main d’un lombric. Du coup, le Luke, pourquoi voudriez-vous qu’il change sa ligne de conduite? Croyez-vous vraiment que Carambar arrêterait ses blagues, ou que Jésus troquerait sa croix pour un transat? C’est sa marque de fabrique au gars, et ça va faire 4 albums déjà que – bien que Sleep Terror reste relativement confidentiel – ce cocktail remporte de nombreux suffrages. Alors il n’est pas étonnant qu’Abreaction commence là où El Insomne s’arrêtait, autrement dit juste après que le Costa Concordia ait heurté le canot plein de migrants mexicains squelettiques, et que le poulpe cartoonesque de la pochette précédente ait commencé à remplir son caddie avec les Leonardo et les Kate naufragés dans les environs.

 

Alors oui, je sais: il y en a qui vont encore renâcler. Et que c’est un peu sec (notamment la batterie, tenue par Marco Pitruzzella depuis 2 albums, mais encore un peu mécanique parfois). Et que l’instrumental pur j’aime-pas-c’est-pouah (va écouter Step in Fluid et Animals As Leaders, hé, banane!). Et que les styles sont mélangés à la va-comme-j’te-pousse au lieu d’être finement agencés en une explosion de couleurs. Et que ’y a trop de sel dans mes pâtes. Et que le son de la radio est trop fort… Hé Mamie, relance la face A du dernier Rondò Veneziano et arrête de nous les briser. Merci pour elles!

 

Alors ok, soyons honnêtes: sur Abreaction certaines de ces ronchonneries que l'on entend depuis les premiers opus sont encore un peu fondées. A l'écoute d'« Eternal Winter » par exemple, on a en effet un peu l’impression que la section rythmique est assurée par une BAR. Et puis c’est vrai que l’album ressemble parfois plus à un centaure ou à une manticore (du collage d’un peu de ceci et de cela) qu’à une belle métis à la Halle Berry. Car quand vous prenez « Hanging By A Thread » ou « Eternal Winter », vous avez l’impression d’écouter un album de chez Unique Leader Records (avecquand mêmeune basse slappée et quelques parenthèses hyper funky, cf. le détour par Miami à 2:04 sur le premier titre). Alors qu'à l’opposé, quand vous zappez sur « Lackluster » ou « Encinitas », vous jureriez voir des vautours tourner dans le ciel d'un western Tanrantinesque. Mais après tout, pourquoi pas? Vous n’êtes pas du genre à apprécier la schizophrénie d’un From Dusk till Dawn vous? Et puis regardez-y mieux: certains morceaux réussissent le pari de mêler intimement les deux. Comme « The Placebo Defect », dont les stridulations Surf Rock préparent l’arrivée d’une mosh part aussi dantesque que groovy. Ou le morceau titre, qui voit une course-poursuite riffée aboutir sur une paisible plage hawaïenne, avant de repartir sur un bon gros solo metal technique mais langoureux ouvrant la voie à un dernier enchaînement Funk / Brutal Tech Death pas piqué des hannetons.

 

Alors on amputera la note de ce nouvel album de quelques décimales par rapport à son prédécesseur, histoire de sanctionner un certain immobilisme et cette incapacité chronique à composer de vrais GROS tubes (Oui, « Solace in Solitude » est encore plus gouailleur que le plus juteux des titres du dernier Step in Fluid. Mais il n’en a pas l’accroche irrésistible). Et puis, même topo que pour l’opus de 2018: même pas 25 minutes, c’est court pour un « full length »! N’empêche que le jour où il faudra dégraisser la cdthèque familiale en se débarrassant des albums de trop, soyez sûr qu'Abreaction ne fera pas partie de la charrette des remerciés. Parce que si pour certains l’album rime avec Aberration, pour les curieux et les gourmands celui-ci rime plutôt avec Belle Erection. Et p'is c’est tout!

 

 

PS: puisque vous raffolez de ce genre d’info (si si, ne mentez pas), sachez que le son de cette autoprod’ est particulièrement bon, ce qui peut s'expliquer par un mix et un mastering assurés par Zack Ohren (Machine Head, Immolation, All Shall Perish, Fallujah).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: El Insomne, épisode 2. Vous aviez aimé l’opus précédent, son petit côté Necrophagist instrumental, ses cocktails sur la plage, ses guitares Surf, son côté carrément déluré? Alors vous adorerez Abreaction, le petit frère qui a plus l’air d’un jumeau que d’un cadet.

photo de Cglaume
le 18/10/2019

3 COMMENTAIRES

8oris

8oris le 18/10/2019 à 09:09:57

Ce n'est pas une BAR mais Marco Pitruzzella, batteur de Brain Drill, The Faceless, qui est juste un monstre. ;)
" Parce que si pour certains l’album rime avec Aberration, pour les curieux et les gourmands celui-ci rime plutôt avec Belle Erection". Pas mieux, tu as atteint la perfection avec cette phrase!

cglaume

cglaume le 18/10/2019 à 09:43:20

Je sais pour Marco, tu as lu en diagonale ;)

"notamment la batterie, tenue par Marco Pitruzzella depuis 2 albums, mais encore un peu mécanique parfois"

"On a un peu L'IMPRESSION que la section rythmique est assurée par une BAR"

:)

8oris

8oris le 18/10/2019 à 11:41:10

Oups! Sorry! Ne jamais lire une chronique trop tôt le matin en fin de semaine!

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