Slim Wild Boar - Pure Dust

Slim Wild Boar - "Pure Dust"
chronique Slim Wild Boar - Pure Dust

Qu'est-il arrivé au svelte sanglier sauvage ? Qu'est-il arrivé à son ombre esseulée ? L'a-t-il complètement abandonnée ? Ou c'est au contraire son double famélique en 2D qui a fini par se faire la malle ?

On est en droit de se poser la question : dès les premières secondes Slim Wild Boar te colle le Blues. Ouaaaah, direct. Un mellotron, me semble-t-il (ça aide à coller le bourdon), une gratte sèche et sa voix abîmée. Et y'aura pas grand-chose de plus, des interventions discrètes mais concrètes de chœurs, de xylophone ou glockenspiel, une flûte à bec, tantôt un tambourin ou un bruit de botte et point barre.

Le gaillard est seul. Et on devine qu'en concert, même s'il n'a pas le petit tintouin discret avec lui, ça changera pas grand-chose, puisque ici ça procède par petites touches, bienvenues mais très légères.

 

Car oui dès les premières secondes t'es plongé dedans, avec si peu. Même s'il m'a fallu plusieurs écoutes pour vraiment apprécier, le côté enveloppant était bien là déjà.

Et quelle tristesse, les amis ! Quelle ambiance avec si peu...oui. Quelle voix. Elle est pas pétée à la Tom Waits, mais baisée tout de même, il a comme des trous dans les fréquences. (Vous ne vous êtes jamais écrié « chérie, j'ai des trous dans les fréquences !!! » de votre plus belle voix de fausset ?) C'est beau. Comme s'il avait trop gueulé dans sa vie. Blanchie la machine, délavée ! Ça fait une force et ça crée du lien. Comme son accent frenchy, c'est attachant.

 

Après, y'a la musique aussi.

Comme quoi ces histoires de l'environnement qui influe sur ton œuvre c'est bien vrai mais c'est d'la connerie quand même : j'ai l'impression qu'il vient de chez moi. Ou pas loin. Raté, il est de Rennes.

Ça illustrerait bien « Aux animaux la guerre » de Nicolas Mathieu, tiens en voilà un de pur bouquin, lisez-moi ça tout de suite ! Et venez passer le mois de janvier par chez nous, vous verrez !

Pourtant ouais je sens la bise, ce vent sournois, me glacer la moelle et les épines. Il pourrait être de quelque part entre Montbéliard et Plancher-les-Mines.

Pourtant il chante en américain ! Avec un accent bien de chez nous, disais-je, mais ça l'fait.

Pourtant ça pourrait être du Cash, parfois.

Mais non, Audincourt bordel, Lepuix ou, tiens, plus loin !, Vesoul !

Hey Slimmy, on te fait le coup du « bah pourquoi tu chantes pas en français si t'es français ? »

...

On pourrait répondre à la Dicky Bird en son temps : « T'en voulais, en v'là, / T'en voulais, en v'là / Du français, pour toi / Enculéééé ! / Enculéééé ! ». Mais j'en ai une autre que je me suis trouvée pour oam, je vous la partage en exclu : « bah tu vois, j'étais pas trop mauvais en anglais à l'école, pour une fois que j'étais bon dans un truc, ça m'aurait fait chier de tout perdre ce que j'avais appris, alors ça me fait garder un contact avec l'anglais, les chansons, mes chansons... Et puis... c'est pas une RICHESSE que de parler plusieurs langues, non, j'croyais ? Et puis... j'aime bien comme ça sonne. Et puis... Enculééééé !!! »

Même quand y'a le pipeau à Morricone qui se pointe dans ''Fake'' – ma p'tite préférée – non j'vaas pas dire qu'ça sonne Ouesterne. Ça sent le terroir, çui d'ici où les gens ont sale caractère. Superbe c'te flûte, d'ailleurs, elle sort du néant comme ça, là, et elle te reglace les engelures en passant.

« Haine. Tout n'est que haine ici, des barres d'immeubles jusqu'à la campagne où nous passions nos nuits ». OK ?

Vision de ces contrées perdues où l'ennui, le non avenir et la médiocrité te poussent à chanter ou à crever, vite ! Ou à reculons. Vas-y, bois, bois, encore, et « cogne ton fils, cogne-le, cogne-le, que ça rrrrentre » !

...tu m'diras la grand ville, ça m'fait le même effet. Ahahahah !

Et moi l'effet que ça m'fait ce disque, c'est comme d'hab' : la mélancolie ou la nostalgie se transmutent en rage chez moi, j'y peux rien, c'est de la survie.

Et je sens ça chez lui aussi : c'est pas un truc de pleureuses non plus, faut pas croire.

Y'a même quelques meurtrières d'où coule une lumière qui dit y'a peut-être l'espoir derrière ces murs.

« Tout est faux ici, des arbres jusqu'aux néons ».

Bon ben non en fait.

 

Ah quel beau son il a ce disque (ahah, j'écoute des mp3ees!) ! Là je l'écoute au casque, avant je l'avais laissé se dérouler exclusivement dans le petit poste pourri de mon atelier. C'est plus produit que ce que je pensais initialement. Tant mieux, je redécouvre !

Quoi d'autre ? ''Amphetamine Blues'' n'est pas la Meth de Mark Lanegan et ''Last Stand'', céleste, dans sa fragilité me fait penser à Elvis Perkins. Venant d'ici, c'est un compliment. Céleste, il y a de cela par instants... Parfois ça tire pas loin du religieux (PAN!), voire du funèbre (ARGH!).

 

Puté je me suis rendu compte d'un truc aussi, c'est que ''Fake'' ressemble à un morceau que mon pote David et ma gueule n'avons pas encore terminé. Ça s'appelle ''Lost'' et on le chante du point de vue d'un mec qui tabasse sa femme et qui lui dit « n'aie pas peur, nous sommes perdus ». HA ! Faudra qu'on l'termine un jour, ce morceal...

Vous en avez rien à foutre.

 

Allez bonne nuit les petits, papa n'est que pure poussière, tu sais, et toi aussi tu seras. Tu l'es déjà. N'aie pas peur, nous sommes perdus.

photo de El Gep
le 13/04/2019

3 COMMENTAIRES

pidji

pidji le 13/04/2019 à 17:50:23

Ce disque est vraiment sympa. J'aime bcp l'ambiance qu'il degage

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 14/04/2019 à 18:52:32

C'est assez classe.

Liz

Liz le 18/04/2019 à 12:57:26

Excellent article, même si l’accent en anglais de Slim vient plutôt de chez moi, sa mère irlandaise!

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