Slipknot - We are not your kind

Chronique CD album (56:00)

chronique Slipknot - We are not your kind

T'as les gens qui prennent de bonnes résolutions le 1er janvier et t'en as d'autres qui en prennent à la rentrée de septembre. T'as des gens qui n'en prennent jamais. Et t'as des gens comme moi, qui le font aux deux périodes.
Or, il y a UNE résolution à laquelle je tente de me tenir depuis 10 ans (en vain, comme toutes les bonnes résolutions), c'est d'améliorer la réactivité de COREandCO aux "grosses" sorties, parce que bon, faut coller au plan promo des labels et groupes, puis faire du clic (histoire de partager et discuter de l'album) et enfin exister dans le game des internets / du webzinat metal francophone pour se donner un but dans la vie, aussi misérable soit-il.
Avec Slipknot qui sortait son album le 9 août, toutes les conditions étaient réunies pour faire une chro en temps et en heure : une bande hyper bien installée depuis vingt ans, que je connais bien, que beaucoup adorent détester (et donc génération de clics à outrance), le tout en plein dans les congés. 

Mais on parle de Slipknot. Et contrairement à ce que les Nostradamus du metal disaient, ce groupe ne s'avéra pas être un effet de mode (on appelait pas encore ça un "buzz" en 1999) qui comblait son vide artistique par son nombre sur scène et ses masques.

En dépit des séparations (pas très sereines), des side-projects qui ont rongé la qualité artistique du projet phare (kikoo Corey qui Stone Sourise à tout-va) et même de la mort de Paul Gray (qui n'était pas un vulgaire tapeur de bidon remplacable par n'importe un musicien possédant...des bras), Slipknot est "toujours vivant, toujours debout" comme dirait Renaud. Mais comme Renaud, c'est parfois balbutiant, et ils ne sont pas toujours au top de leur forme. Mon souvenir live de 2015 puait sévère, The subliminal Verses Vol.3 était une bouse infâme (encore difficile à pardonner 15 ans après)...Mais Slipknot a la marque des grands : sa résilience.

Hyper populaires, ayant principalement des fans nés entre 1985 et 2005, les 9 doivent avoir les genoux qui tremblent à chaque sortie d'albums tant ils sont attendus. 
Et s'il y a bien un album qui mérite qu'on prenne du temps et du recul cette année, c'est bien celui de Tool. Mais bon, trois / quatre semaines furent quand même nécessaires pour appréhender ce Slipknot, parce que le groupe est bien plus fin que ce qu'en pensent ses détracteurs.
 

La première observation que l'on peut faire sur le disque avant même de l'écouter : les Américains sont toujours aussi peu doués pour offrir une pochette correcte à leurs albums. Sans atteindre des sommets de laideur, c'est encore assez bâclé, ça ne nous plonge dans aucun univers, l'esthétique est discutable, la symbolique floue (s'il en a une).
Mais c'est une question secondaire quand on découvre la tracklist composée de 14 pistes pour près d'une heure de musique. Cette générosité est à double tranchant : soit c'est l'orgie, soit c'est l'ennui. (On le verra plus tard, c'est plus nuancé).
Sans surprise, le son déglingue. C'est archi-propre, moderne, tout le monde est audible. Quand tu penses à ce que ça a dû coûter pour finalement être principalement écouté en streaming avec des écouteurs à 5€ le tout parasité par des bruits aux alentours, y'a de quoi bader.
En tout cas, le mix est encore une réussite, un tour de force pas évident vu la physionomie du groupe. On pourrait penser que c'est "normal", mais l'exercice doit être ardu.

Alors voilà, l'emballage vend du rêve, mais le fond...mérite réflexion.
 

Il y a la traditionnelle piste d'introduction indus-ambiant, pas dégueulasse, electro-scracth-schpouing de Sid Wilson aka #0 ... et l'album part sur un titre taillé pour devenir un tube.
Grosse percus, des choeurs, le chant Stone Sour qui mue en burné de Taylor, le riffing pas très recherché mais efficace qui va bien pour tabasser et enfin la structure prévisible à mort portée par un refrain qui s'imprime direct. Le premier message envoyé par le groupe : on fait du Slipknot. Du fan-service post-Vol.3, du classique qui met tous les membres à contribution et qui se prolonge sur "Birth of the cruel".
S'ensuit un interlude.
 

Un interlude n'a généralement rien d'innocent. Or, "Dead beacause of death" (pour la profondeur philosophique du propos on repassera) ouvre sur un autre temps de l'album. 
Le virage se veut plus burné avec "Nero Forte" qui, sans ses choeurs suraigus sur le refrain, serait une grosse tuerie old-school. 
Il ne faut pas grand chose pour contenter le fan de Slipknot : un / des gars qui vocifère(nt), un batteur vénère, un guitariste qui se cale sur le rythme des percus. "Nero Forte" est un moment fort du disque.
Le ciel s'assombrit sur ce disque, le rythme ralentit et après un "Critical Darling" dont le degré d'(re-)inventivité s'approche de 0, "A liar's funeral" pose une chape de plomb sur l'album.
C'est lent, lourd, ça me rappelle le vent sifflant dans l'un des 12 travaux d'Astérix.

   

Le titre ne sera sans doute jamais joué en live, mais il pose une ambiance à la fois mélancolique et dégueulasse vraiment bienvenue pour un disque qui prenait alors un chemin ennuyeux : celui d'une autoroute musicale.
Or, on n'est pas au bout de nos (plus ou moins bonnes) surprises.
"Red Flag" rappuie sur l'accélérateur pour un titre branlée. On connait son métier chez Slipknot : ce morceau coup de poing n'apporte rien en terme de créativité, mais il fait le job à la perfection avec une recette bien connue.
C'est là que s'achève le second tiers plutôt porté à la violence et la lourdeur puisque "What's next" vient se poser en interlude.
 

La dernière demi-heure s'ouvre sur une approche beaucoup plus expérimentale pour le groupe.
Taylor l'avait souligné dans une interview avoir cherché des vibes à la Radiohead. J'ai envie de dire, "Gros, t'emballes pas, tu n'y es pas". En revanche, Slipknot explore, s'explore, et se perd complètement sur "Spiders" et "My pain" (pauvre, tournant en rond, se base sur un refrain mou et ennuyeux)...mais OSE, TENTE.
Même pour "Orphan", pourtant globalement dans la veine bourrine de la bande, on sent l'effort d'une intro "bruitiste", d'un riffing plus tordu. Si ce titre a tout du morceau classique, presque bas de front sur certains passages,  il a le mérite de rebooster un album qui aurait pu sombrer avec un interlude et "Spiders" sans intérêts.
Une bouffée d'oxygène pour les amoureux du rentre-dedans avant que l'équipe ne se vautre sur l'ambiant noisy "My pain". Près de 7 minutes durant lesquelles Taylor sussure, respire comme un asthmatique alors que le reste de l'équipe prend une pause clope.
Les montagnes russes se poursuivent dans ce dernier tiers, avec toujours la même volonté de prendre le temps d'installer une ambiance. Sauf que ça finit par péter sur "Not long for this world" avec un chant hyper traficoté et une structure plus alambiquée qu'à l'accoutumée pour le groupe. Cette approche presque "prog" (sans les poncifs chiants) présente un visage intéressant, d'un groupe qui s'efforce d'être en constante évolution...et qui finit même par trouver son salut sur "Solway firth", sorte de condensé en clôture de tout ce qui a été fait, dit, tenté durant les 50 minutes précédentes. 
Et bim : fin de l'album.

La conclusion qui résume tout ce que tu viens péniblement de lire :

Tu viens de lire un procédé que je ne peux pas blairer dans les chroniques : un (quasi-)track-by-track. C'est chiant à crever, ainsi bien pour l'écriture que pour la lecture, mais c'est ici un mal nécessaire car y'a de quoi user sa salive sur ce disque.
Slipknot sort sans doute le disque le plus inspiré de sa carrière. Attention, qu'on se comprenne bien : le plus inspiré, mais pas le mieux inspiré.
La bande d'Iowa s'est donnée les moyens techniques et artistiques pour prendre un nouveau virage. C'est encore balbutiant, des morceaux désarçonnent soit par leur médiocrité, soit par la surprise qu'ils provoquent à leur découverte. On n'attendait pas "Spiders" ou "My pain" (quoique...) d'une bande de ronchons américains masqués. Ils ne sont néanmoins pas au niveau d'un disque parfois bien fouillé, jamais fouillis, et donnant souvent un espace d'expression à chacun des musiciens. 
The Gray Chapter est définitivement terminé. Il a d'ailleurs été totalement clos avec "All out life", un très bon titre sorti fin 2018, qui aurait pu se retrouver sur l'album précédent comme celui-ci. Il apparaît finalement comme une articulation symbolique et artistique entre les deux disques. On découvre aussi une certaine mélancolie dans la (pas toujours très) fine équipe de Des Moines : une facette inattendue qui se complète bien avec la rage et le malaise extériorisés par chacun des membres maltraitant leurs instruments. 

Il faudra laisser vieillir We are not your kind, le voir se goupiller avec la suite qui lui sera donnée : il pourrait bien être un tournant dans la discographie du groupe. Il y a peu de chance que cet album vive en live : pour la tournée actuelle seuls "Unsainted" et "Solway firth" sont joués, Slipknot versant généralement dans le fan service pour ses setlists, mais on peut croire voire espérer que l'exploration musicale dans laquelle s'est lancé le groupe n'en soit encore qu'au stade embryonnaire...


photo de Tookie
le 06/09/2019

5 COMMENTAIRES

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 06/09/2019 à 12:20:12

Le single Unsainted est ce que j'appelle du "Metalapute" avec son refrain mélo geignard tout pourrave. Bon, à cause ou grâce à ta chro, je vais tout de même l'écouter en entier histoire de pouvoir vraiment justifier mon appellation tout à fait vulgaire (suis né 10 ans trop tôt).

Dams

Dams le 06/09/2019 à 17:18:11

J'apprécie beaucoup cet album, le meilleur depuis IOWA pour moi.
Il ne souffre pas de "stonesourisation profonde" et c'est une bonne chose.
Effectivement la production est hyper léchée et c'est un régal avec les écouteurs adéquats, tu as tout résumé.
Corey Taylor a retrouvé son chant hurlé et je trouve aussi qu'il y a de la recherche, que les types ont enfin essayé de faire ce qu'ils aiment, réussite ou pas.
Enfin le clip de "Solway Firth", véritable bombe, est tout bonnement parfait avec leur musique.
L'ancien album avait réhabilité quelques bonnes choses, ils confirment avec celui-ci.

sepulturastaman

sepulturastaman le 06/09/2019 à 17:18:54

Titre par titre :

01. Insert Coin : mouif sans plus, une intro quoi, c'est pas du Lustmord ! sombre ; mais version d4rK3v1n 666 quoi. Son plus gros problème c'est qu'elle débouche sur une intro (et la y dit qu'il ne comprend pas, l'une ne renvoie pas à l'autre elles ne se suivent pas musicalement, bref faux départ)

02. Unsainted : un simple / clip promo, comme tu le soulignes chouette intro, patern de percus sympa ( Putain de merde ENFIN ils se remettent à faire du Slipknot pas trop tôt) riff made in Des moines, refrain en voix clair arf j'aurais pas craché sur plus de folie vocal sur le refrain (mais c'est clairement le simple du disque pour appâter) mais putain deuxième morceaux du disque, la banane.

Birth Of The Cruel : intro percus sympas, la basse vient renforcer la coloration indus et là Corey... mais pourquoi ??? certes je comprends le trip du début, mais après pourquoi ce phrasé faussement flow hip-hop pourquoi ??? vous vous souvenez de la potentiel bonne idée "Shock The Monkey" de Coal Chamber qui se révèle être un accident industriel bah voilà on y est, puis ce mosh à scratch putain les gars 2019, deux-mile fucking dix-neuf, et à part Hubert Hibernatus ça affole plus les compteurs. Fallait garder le Corey du début en faire LA mimique vocale du morceau et pour le reste se contenter de la musique.

04. Death Because Of Death : introlude (encore !?!) noisy col claudine et collier de perle, trop longue de quelque secondes, pourquoi ne pas l'avoir coupée net tout de suite après la nana ???

05. Nero Forte : guitare nulles (riff metalcore insipide, aucune inspiration) par contre Corey c'est ça qu'on veut mais sans les choeurs en voix claires qui s'incrustent. À trois minutes pif paf boom en mode onomatopée de la série Batman de 66, on revient à quelque chose de correcte, mais putain les trois premières minutes une purge.

06. Critical Darling : encore une intro maggot-brutiste, du fan service malgrès trop de voix claire, mais musicalement c'est du Knot, le passage indus avant le dernier couplet fais son effet, vraiment dommage qu'il y ait trop de voix clair. L'outro lourde & sombre (enfin c'est pas Aevangelist ça reste choupi-jumpi) nous prépare au morceau suivant.

07. A Liar's Funeral : les intro à la gratte acoustique c'est ringard ; pas autant qu'une intro en arpège jouée à la gratte acoustique, mais ringard quand même. Arf vu que c'est le slow du disque on est plus à ça prêt. Vous vous voyez emballer au dancing sur un slow de Slipknot, un slowpknot (déso mais pas déso) manque plus que le solo de guitare à l'agave. Encore une fois je me demande si les maisons de disque ont encore des directeurs artistiques ??? Vous croyez vraiment que le Clown c'est dit : « Et s'il on mettait un slow en plein milieu du disque ».
_ Admettons il était amoureux.
_ Mais personnes leur à dit : « que des idées de merdes ce disque en était truffé alors ça ne sert à rien d'en rajouter ??? »
_ « Bah si justement ça cachera les autres !!! »
Putain mais il met quoi dans son nez rouge pour sortir de tel connerie ?!?

08. Red Flag : rho ça commence très bien ça, bon le riff des grattes est pas super chiadé mais ça le fait (en 2019 j'utilise encore cette expression de vieux con maintenant) les percu sauvent le truc puis même si c'est super innovant les guitares sont bien rappeuse, Corey est au poil, ça fait toujours plaisir.

09. What's Next : je vais finir par dire qu'entre les interludes il y a des morceaux de zic, quel est l'intérêt de faire de cet intro une piste ???

10. Spiders : reprend donc là ou c'était arrêté What's Next, et deuxième slow du disque ? (nan mais les gars vous savez les morceaux calmes c'est bien dans un disque furibard, et "We are not your kind" c'est pas trop furibard pour l'instant). Pour répondre à ma question c'est pas le deuxième slow, c'est juste un morceau calme posé et pop un peu synth, un peu wave, de quoi faire croire au kid que putain Slipknot même vingt après ils ont toujours quelque chose à dire. Par politesse oui mais non.

11. Orphan : intro très Slipknot, qui débouche sur du très Slipknot, les passages en voix claires passent étonnamment bien, comme quoi, quand le travail est bien fait ça paye ! on a même un p'tit crescendo qui se termine sur le refrain en voix claire comme à la bonne vieille époque. Vraiment bien ce morceau, plein de charme, bon riff, chant nickel, bonne percu une vibe Slipknot quoi.

12. My Pain : 6:48 dont plus d'une minute et demi d'intro en mode humm bouddha parce que les #yoga pants c'est sexy, tous ça pour une comptine avec grosse percussions lourdes sombres et pesantes, on s'attend à ce que cela pète à un moment, attention divulgachage : non !!!! youpi tu te prends pas loin de sept minutes de presque rock-doom super léché, ou il y a presque autre chose que de l'ennuis, et ils oublient soit le final à fond les ballons pour paf la surprise, ou un final noyé sous la fumée shoegaz.
Pro-tip : https://www.youtube.com/watch?v=vGFvuRsvwik puis de toute façon je préfère les #nuru.

13. Not Long For This World : Cure, j'ai bon ??? Oui c'est bien fait mais chez Stone Sour là j'aurais préféré un finish qui me laisse des étoiles dans les yeux, et pas un simple bâillement.

14. Solway Firth : à ce n'est pas fini ? Les outro au treizième morceaux c'est de la blague maintenant ? putain mais c'est qu'elle pourrait être bonne la blague en plus. Les mecs ils te lâchent un morceau très metallique, vraiment différent du reste pour dernier morceau . Je lui trouve une approche presque thrash trad, du coup je suis un peu le cul entre de chaise, j'ai envie de l'aimer mais du coup j'suis amer, morceaux comme la sensation qu'il me laisse : bizarre.

Seisachtheion

Seisachtheion le 06/09/2019 à 18:32:59

Perso, ai décroché depuis bien des années...
... Mais il reste un truc qu'on ne pourra pas leur enlever : quinze jours après sa sortie, cet album se serait placé en tête des ventes, physiques et numériques, en France (!!!!) devant Angèle, Nekfeu, Ed Sheeran et autres PNL. Et - qu'on le déplore ou qu'on s'en félicite - je ne vois pas de groupes de metal autres que Slipknot être capables de faire la même chose aujourd'hui.


Et au fait, il paraît que le groupe a 14 autres morceaux sous le coude !!! :) ? ou :( ?

Seisachtheion

Seisachtheion le 06/09/2019 à 18:35:57

Mais, pas de scrupules mon Tookie, la chro devait être faite !

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