Slugdge - Esoteric Malacology

chronique Slugdge - Esoteric Malacology

« Rhaaaaaaaa, que c’est bon! »

 

Certes, c’est un-peu-court-jeune-homme. Et pas très descriptif de surcroit. Pourtant j'aurais presque envie de me cantonner à ce râle de plaisir pour résumer Esoteric Malacology. Et pas seulement au sein de la « chronique, version courte » de bas de page. Car ce 4e album de Slugdge produit un effet comparable à ce que l’on avait pu ressentir en découvrant Back to Times of Splendor, le premier album de Disillusion. Ce mélange d’extase auditive, de surprise incrédule et d’euphorie débordante qui caractérise ces moments rares où l’on tombe nez-à-nez avec un chef d’œuvre que l’on n’avait pas vraiment vu venir. Ce sentiment exaltant de découvrir l’année même de sa sortie un album qui sera sous peu qualifié de légendaire / culte (le qualificatif exact dépendant du nombre de personnes qui auront eu la chance de faire la même découverte).

 

Cela a déjà été écrit et le sera encore dans l’avenir, mais on peut dire que les Anglais ne se simplifient pas la tâche: avec un nom qu’on peut facilement méprendre pour Sludge (vous savez: la Nouvelle-Orléans, la boue) et une pochette carrément psychédélique, Esoteric Malacology a tout pour éloigner les métalleux qui ne goûtent ni au registre d’Eyehategod, ni à celui de Kyuss. A ce titre j’aurais dû fuir comme un porteur de string à plumes apprenant le résultat des récentes élections brésiliennes. Heureusement la rumeur fut la plus forte, ainsi que ce gage de qualité: Willowtip Records, le label behind ze album, qui a sorti des perles comme les premiers Arsis, Gorod, Necrophagist – sans parler de l’unique album de Crotchduster, amis nawakiens! Et en effet, le registre de prédilection du groupe n’est pas le moine que pouvait laisser imaginer l’habit / artwork, car Slugdge propose en fait un Death Metal mélodique imposant abritant des accès furieux proches du Black / Death, des envolées puissamment délicates à la Opeth (celui d’avant), et des chœurs fastueux sur fond de tempêtes grandioses à la Septic Flesh. Bref: de la joaillerie fine incrustée dans la cuirasse de blindés conquérants traversant les flammes de l’enfer alors que les trompettes de l’apocalypse retentissent avec toute la pompe Hollywoodienne de circonstance.

 

Majestueux, fastueux, terrassant, monumental… Au moment de décrire l’album et ses huit longs morceaux, on n'a d'autre choix que de tomber dans le registre lexical over-the-topesque. Car cette petite heure de musique dégage une puissance – brute, mais également émotionnelle – telle qu’il faut des qualificatifs particulièrement péchus pour suggérer au mieux son impact sur notre pauvre petite cage thoracique, et nos oreilles pantelantes. C’est que la quasi-totalité des compos font jaillir à un moment ou un autre ces petits monticules épidermiques qui nous font localement ressembler à la proverbiale volaille. Sur « War Squids », notre front est fouetté par la langue glaciale de vents nordiques alors que SepticFlesh, Nile et Dissection joignent leurs forces pour prendre possession d’un royaume oublié. Sur « Crop Killer », c’est dès l’entame que le néon « Légende » clignote à l’occasion d’un riff tournoyant comme une ample écharpe divine concentrant toutes les qualités de ce Death à la fois mélodique et atmosphérique qui a fait les beaux jours des 90s. « The Spectral Burrows » réussit l’exploit de faire encore plus fort avec un autre de ces riffs circulaires – cette fois un peu plus velouté –, le morceau faisant sans cesse le grand écart entre des sommets de délicatesse lumineuse et des abysses de noirceur soulignées par des vocalises gutturales lorgnant vers les chants de gorge mongols. Démarrant sur des accords rappelant le début du générique de X-Files, « Putrid Fairytale » est une autre de ces compos-mastodontes proposant ce que le Metal Extrême mélodique scandinave à produit de meilleur, le spectre d’un Edge of Sanity colossal faisant plus d’une fois des apparitions remarquées. Et le dernier moment fort de l’album coïncide avec le tomber de rideau sur un « Limo Vincit Omnia » imposant, vaste, à la lourdeur majestueuse, la chose planant à un niveau d’excellence aussi extraordinaire que nécessaire pour finir en beauté un tel chef d’œuvre.

 

D'ailleurs c’est uniquement parce que le sombre « Salt Thrower » et le lourdement lesté « Transilvanian Fungus » sont seulement très bons que la note n’atteint pas le marqueur de l’excellence absolue (ah tiens, je ne vous ai pas dit? « Slave Goo World » est également un monstre de grandiose puissance. Mais mon vocabulaire commence à faiblir pour différencier toutes ces pépites).

 

Et puisque les albums de légende ont tous ce petit plus qui les différencie des simples « opus excellents de base », Esoteric Malacology s’est doté d’une thématique à la fois très fouillée et complètement absurde (les Mollusques de l’Espace attaaaaaaaquent!), ainsi que de titres aux lourds clins d’œil complices (Black Sab’ sur « War Squids », Body Count sur « Crop Killer », Edge of Sanity sur « The Spectral Burrows », etc).

 

Des petits génies qui ne se prennent pas au sérieux: il ne manque décidément rien pour que l’on tombe éperdument sous le charme de ces gastérophiles anglois! Damned, entre cette merveille et les derniers Gorod et Exocrine, 2018 va voir son Top squatté par une belle triplette de représentants du Death Metal dans sa version la plus rutilante! Pourvu que cette saine dynamique ne s’arrête pas là!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: c’est de l’île d’en face que débarque l’une des plus formidables surprises que Monsieur Death Metal nous ait réservé depuis bien longtemps. Esoteric Malacology est en effet un monument de Death à la fois surpuissant, hyper mélodique, conquérant, fier et pourtant délicat, comme un mélange entre Septic Flesh et Opeth, mais en plus sombre et plus musculeux. Alléluia les copains!!

photo de Cglaume
le 18/12/2018

5 COMMENTAIRES

Tookie

Tookie le 19/12/2018 à 07:47:07

Bon, c'est sympa ton truc, mais c'est méga-dense...Trop pour moi sur la durée. Je retenterai plus tard, c'est certain, mais il ne sera pas sur ma liste pour le Père Noël.

korbendallas

korbendallas le 19/12/2018 à 09:41:22

"Salt Thrower" ... "Transylvanian Fungus" ... :)

cglaume

cglaume le 19/12/2018 à 16:36:58

Il semblerait que le responsable du calembour hebdo du Canard Enchaîné ait suggéré les titres au groupe en effet :)

@Rémi, insiste !!

Dams

Dams le 19/12/2018 à 22:04:23

Donc si c'est au niveau des derniers Gorod et Exocrine, c'est assez alléchant.

cglaume

cglaume le 20/12/2018 à 09:22:17

Niveau qualitatif, oui !

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