Step In Fluid - Back in Business

Chronique CD album (30:10)

chronique Step In Fluid - Back in Business

Quand vous voulez instaurer une ambiance propice aux corps-à-corps fiévreux, aux effusions moites, aux explorations intimes, classiquement vous sortez l’encens, les bougies, les bulles pétillantes, les lumières tamisées... Mais pour vous cajoler les lobes auriculaires, vous confiez quoi à vos enceintes? Oubliés au fond des tiroirs les Reign in Blood et autre Hacked Up For Barbecue, pas vrai? Il n’y en a plus que pour Sade, Barry White, Tom Jones et Lionel Richie. Ou Georges Michael, à la rigueur, notamment si vous êtes du genre à manger la banane par les 2 bouts. Eh bien avec Back in Business, Harun Demiraslan et ses copains de Step in Fluid vous proposent de replacer les grosses guitares au centre de vos soirées coquines.

 

« Je voulais que ça sente le cul », c’est Harun lui-même qui le dit! Et le bougre a largement atteint son objectif. D’ailleurs on pourrait tout à fait voir Back in Business comme le pendant musical du livre Le Parfum...

 

Mais repassons par la case départ, histoire non pas de toucher 20 000 euros, mais de replacer un peu le contexte autrement qu’olfactivement. En 2011, la formation alors déjà menée par le guitariste de Trepalium (pour éviter de citer une 3e fois son prénom) et complétée par Florent Marcadet (batterie, Carpenter Brut), Aldrick Guadagnino (2e guitare, Klone) et Stéphane Dupe (basse, Varius Funkus) avait livré un One Step Beyond dont je ne vous dirai qu’une chose: c’était mon tout premier 10/10 attribué à un album récent, et – corollaire évident – la première place de mon Top de fin d’année d’alors. A l'époque déjà, le programme c'était groove de maboule, doigts qui claquent, swing à tous les étages, main de Metal dans un gant de velours, le tout en mode 100% instrumental (… et même pas mal!).

 

Et croyez-le ou non, le groupe a réussi à faire encore plus croustillant sur son 2e album! Une vraie baguette sortant du four (… pour tenter une métaphore boulangeo-sexuelle). L'arrivée de Gérald Villain au clavier n'est a priori pas étrangère à ce supplément de texture et de chaleur, tout comme certaines influences nouvelles – notamment les excellents Snarky Puppy (écoutez donc ce fabuleux morceau tiens, si vous êtes curieux). Ça et cette production onctueuse et palpitante, qui donne l'impression à l'auditeur d'être enveloppé dans la basse, de voir Florent voleter de ses toms à ses cymbales, et de ressentir la moindre vibration des cordes gouailleuses du duo de bretteurs. Et au-delà de l'immédiateté de ces titres qui parlent directement aux tripes, on découvre qu'en plus d'être diablement érotico-funky, le groupe mérite également la qualificatif « progressif », la construction des titres, si elle peut sembler évidente, reposant en fait souvent sur un assemblage complexe de pistes s'agençant par petites touches complémentaires, pour former un tableau fort, sensuel et organique. On pourrait presque parler d'impressionnisme Funk Metal, oui!

 

Dès « Booty Shake », la bande des 5 nous balance vigoureusement sur un épais matelas où elle nous empoigne fermement pour nous picoter les sens à coups de disto' égrillarde, de guitare massive, et de milles petits détails croustillants balancés avec la vivacité d'un échange entre pongistes de haut niveau. Et les percus caribéennes qui accompagnent ce premier coït ne font rien pour faire baisser la température! Au casque, baigné dans ce torrent de sensations vives, on se voit obligé de fermer les yeux et d'arborer ce genre de grimace douloureuse caractéristique des derniers instants précédant l'orgasme. Sur « Streets of San Francisco », c'est virée en bagnole, le pied appuyé à fond sur la pédale wah-wah, la capote levée pour profiter des embruns, le vieux feutre de Karl Malden ayant été troqué pour l'occasion contre le fedora blanc de « Smooth Criminal ». Parce que les Flics in Fluid, ils ont la classe! « Westside step » se révèle ensuite plus ouaté, plus épais, plus caressant: c'est la pause Martini entre deux galipettes, la séance de massage à la basse, avec voix suave, coucher de soleil, odeur de musc, et porte-fenêtre ouverte sur la baie. Ce qui remet idéalement les corps en condition pour « The Funk Bot Dance », apogée de sensations et d'intelligence qui emmène l'auditeur là où les mots n'ont plus droit de cité. La tension est à son comble, en même temps que le plaisir ressenti. Chaque note, chaque beat tombe exactement là où il doit pour servir le plus formidable ascenseur émotionnel qui soit. Économie de mots donc, mais pic de plaisir. Puis « The Stranger » nous entraîne dans une enquête trépidante menée en pleine végétation tropicale, entre un clavier cacatoès, des percu tribales, des mousses et de larges troncs de basse, le tout laissant filtrer la lumière de la guitares en grands rayons chaleureux. Puis, après l'entracte « From a Friend », testostérone et œstrogènes retournent sur le ring, tout d'abord pour un « Sex à Pile » pulpeux dont la vive pulsation merveilleusement irrégulière s'accompagne de distorsion batracienne et d'orgue vintage. Et le dernier rapport sera consommé sur l'épaisse moquette de « Sex in an Elevator », entre le bar à cocktail et le pont du Pacific Princess (pour d'autres, le titre évoquera la bande-son d'un film de boules à pattes d'eph', ce qui serait tout aussi raccord)...

 

Au menu de Back in Business c'est donc Funk Metal de gourmet, swing jazzy, grosses torgnoles veloutées, doigts qui claquent, cuisses qui transpirent, formes affriolantes et terminaisons nerveuse affolées. C'est la sensualité et la vigueur d'une soirée passée à jouer à chat sous les draps. C'est vintage et moderne, c'est délicat et énorme. C'est Bruno Mars et Trepalium sur une même scène. C'est aphrodisiaque et violent. C'est du velours, des épices et du muscle tout en un. C'est de la musique avec laquelle on n'a plus seulement un rapport auriculaire, mais un rapport charnel, pour ne pas dire sexuel. C'est une expérience enivrante, avec cet avantage sur l'alcool qu'elle ne provoque nulle gueule de bois, et avec cet avantage sur le sexe (là je m'adresse surtout aux messieurs, ces dames étant de ce point de vue plus avantagées) que les orgasmes sont plus nombreux et plus longs. Frigides, impuissants et névrosés en tous genres : votre salut viendra de vos oreilles, faites confiance au Docteur Step in Fluid !

 

NB: cet article n'a été écrit sous l'emprise d'aucune substance autre que musicale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: faire l'amour avec la musique, c'est maintenant possible, et sans prendre de drogue. L'expérience dure une demi-heure, sans parole, entre Funk, Metal et Prog. Et elle met tous les sens en émoi. Back in Business, par Step in Fluid. Parlez en à votre sexologue...

photo de Cglaume
le 09/04/2019

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