Stupeflip - Stup Virus

Stupeflip - "Stup Virus"
chronique Stupeflip - Stup Virus

Avant d'entrer dans le gras du civet, le chroniqueur consciencieux que je suis se doit d'évoquer les records de ce quatrième album de Stupeflip. Afin de financer son mixage au Studio Ferber par Renaud Letang (Jean-Micel Jarre, Chilly Gonzales...), il lance une campagne Ulule, avec un objectif de 40 000€. En sept heures, le précédent record européen de financement musical par crowdfunding est battu. Au final, l'objectif est largement explosé, avec 428 000€ collectés, avec des contre-parties toutes plus stupeflesque les unes que les autres (imaginez, une figurine King Ju, il n'y a que Kiss pour avoir une telle idée). La pression sur les épaules du groupe devait être énorme après un tel succès. Comment des musiciens habitués à prendre des p'tits bouts trucs et les assembler ensemble allaient arriver à gérer ce budget pour eux faramineux? La réponse dans les lignes qui suivent.

 

Voilà donc venir la quatrième ère du Stup, un peu à la surprise générale, après une longue période de silence après la fin de la tournée de THI. Pour l'occasion, exit le précédent porte-parole du Crou, Fabien Pollet, remplacé par Sandrine Cacheton, qui fait plusieurs apparitions (peut-être trop) tout au long de l'album (existe-t-elle vraiment finalement?).

 

Comme d'habitude avec Stupeflip, il faut adhérer au monde développé par King Ju mais en même temps renoncer à saisir toutes les clés du mystère au chocolat. Même le musicien avoue ne pas en maîtriser toutes les subtilités. The Hypnoflip Invasion marquait un énorme pas en avant en terme de son et de cohérence gardant la personnalité du posse mais en le débarrassant du côté foutraque et bricolage des deux premiers albums. Léger retour en arrière avec Stup Virus, Stupeflip retrouve son aspect bordélique, sautant du coq à l'âne comme une partouze à la ferme, comme par exemple le délire gratuit "Grosse Tête", mais rien d’aussi débile que "The Cadillac Theory".

 

On retrouve sur cette cuvée 2017 les suspects habituels, King Ju bien sûr, en chef d'orchestre sous pression, le braillard Racar Capac, MC Saló et sa poésie absurde, Reverb' Man et forcement le fidèle Cadillac. De nouvelles voix font également leur apparition, un hispanique anonyme, Colette, le temps de deux duos, un mafieux russe flippant sur "The Solution". A plusieurs reprises King Ju balance son flow avec sa voix (presque) naturelle. Pop Hip revient même d'entre les morts, s'échappant du stupenfer, le temps de l'ultra kitsh 80's (encore plus que "Le Cœur Qui Cogne, oui, oui") "Lonely Loverz". Certains diront que ce pauvre chanteur est comme un affreux point noir au sein du Crou, mais sa présence est essentielle à l'identité du groupe et lui permet d'exprimer ses sentiments les plus marshmallow.

 

Pas de surprise au niveau des intru. C'est toujours sur ce point que King Ju a porté l'essentiel de ses efforts. Il mêle avec talent les sons des Residents, Gravediggaz, ritournelles de variété. Le résultat global sur Virus est plus sombre et glauque que par le passé. À base de caisse claire qui claque, de boucles bricolées dans la Menuiserie, Stupeflip entreprend son travail de sape mitonnées avec soin et minutie. Sur "The Solution" et "Trou Noir", Ju utilise des sons typés Synthwave, et sur "Stup Virus" il emprunte un beat à la Trap Music. La guitare électrique a presque totalement disparue, elle ne fait qu'une rapide apparition sur le court instrumental "Knights Of Chaos".

 

King Ju a répété plusieurs fois que ses lyrics étaient un élément mineur dans Stupeflip. Pourtant, en terme de punchlines, de rimes et de poésie absurde, il met la misère une grosse partie d'apprentis rappeurs. Entre rage, humour et poésie, le flow se déverse, impeccable, implacable, avec ses multiples timbres, ses accents variés, mais toujours avec la même facilité. Au premier abord, c’est la colère et la frustration qui sourdent des textes, mais quand on y regarde de plus près, on sent tout le spleen, la nostalgie et un cœur gros comme ça. Sous ses airs de révolté contre l’ensemble de la société, pointe un être fragile qui n’aspire qu’au bonheur. Un pas supplémentaire dans le désenchantement semble pourtant avoir été fait, certains textes désabusés se rapprochent d’un autre misanthrope notoire, Fuzati. Le musicien prend tout de même le temps de prendre des nouvelles de Mylène Farmer qui le snobe avec morgue depuis de années.

 

Les relations entre les différentes régions semblent normalisées, les annexions, même si elles ont laissé des traces, ne sont plus d'actualité. Ce qui permet au Crou de se concentrer sur sa mission de terroriser la population, convertir des masses abruties pour mieux entrer dans le moule qui attendent le week-end pour s'enfuir,  et découper les haterz avec un cimeterre. King Ju et Cadillac reviennent une fois de plus sur leurs misérables souvenirs d'enfance, sur un passé pas rose le temps de "1993", en même temps âge d'or de la musique et cauchemar personnel.

 

Plus sombre, moins immédiat, bombastic que The Hypnoflip Invasion, Stup Virus est cependant le digne successeur de ce dernier. Le groupe a la super patate (alors à quatre pattes cocotte) et le prouve sans temps mort. La dernière piste sonne un peu comme son testament, mais le Crou ne mourra jamais, et il se tiendra prêt à surgir hors de terre si un membre de l’ASFH fait ses soixante prières par terre dans la poudrière car il est toujours vivant dans les têtes.

photo de Xuaterc
le 04/03/2017

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