Sulaco - The Prize

Sulaco - "The Prize"
chronique Sulaco - The Prize

« Sulaco, The Prize ». A ne pas confondre avec « Sous les pavés, the plage ». Parce que si les Américains nous balancent bien à la tronche (en visant plus particulièrement les oreilles) tout plein d'objets contondants – blast beats furieux, riffs tranchants, cris hystériques – avec les mêmes intentions amicales que le Black Boc invitant son ami CRS à boire le thé, quand on regarde sous leurs arpions, pas trace de sable fin ni de Pamela Anderson. Non, entre deux meulages en règle, ce sont plutôt dans les eaux saumâtres de marécages inhospitaliers que Sulaco nous propose de tremper nos orteils, le bougre se plaisant à allier le bouillonnant du Grind au visqueux du Sludge.

 

Je dis le bougre bien qu'il ne s'agisse pas là d'un one-man-band, car la force motrice de la formation de Rochester s'appelle Erik Burke, infatigable rossignol qui a égayé nombre de petits matins printaniers au sein de Nuclear Assault, Brutal Truth, Napalm Death ou encore Lethargy – pour ne citer que les plus fameuses des riantes compagnies au sein desquelles il a usé peaux, pédales, cordes vocales et de guitare. Sulaco semble être pour lui comme une vieille maîtresse, qu'il ne voit pas souvent mais dans le lit de laquelle il prend toujours plaisir à revenir. Cette fois-ci, Build & Burn datant de 2011, cela faisait 7 ans qu'il ne l'avait pas revue... Pour autant c'est comme si elle n'avait pas changé. Toujours bipolaire, partagée entre des effusions hystérico-maniaques et de nombreux moments où elle exprime une certaine morosité malsaine via des riffs louvoyants, des trébuchements rythmiques hésitants et des dissonances noisy écœurantes. Et toujours aussi peu soucieuse de son hygiène, une séance de soins du corps prodiguée par Neil Kernon (Judas Priest, Nile, Cannibal Corpse) et Alan Douches ne l'empêchant nullement d'avoir toujours les ongles noirs, les genoux croûtés et la prod' en pétard.

 

Écouté en mode blind test, The Prize fait penser à ces albums sortis par Relapse dans les années 2000, entre Pig Destroyer, Ghengis Tron, Bongzilla, Cephalic Carnage et Soilent Green, quand la mode était aux expérimentations extrêmes et aux mélanges cradingues entre bayous de Louisiane et squats new-yorkais. On y sent à la fois la recherche de sensations les plus malsaines possibles, et une certaine exigence technique, cette dernière aidant à ce que les passages les plus houleux ou les plus visqueux finissent toujours par retomber plus ou moins naturellement sur leurs pattes. Ce 3e album reste par ailleurs un monde ouvert à d'autres formes d'expression que les purs Grind et Sludge, le début de « Rivers & Heart » sonnant plus nettement Hardcore, « The Road » offrant un pur riff Death/Black à 2:34, et balançant plus loin la purée comme le blindé d'un régiment de Death polonais roulant en mid tempo sur les cadavres d'en face.

 

Problème – contextuel, car lié à la nature du chroniqueur, mais bon, problème quand même – : tout cela n'offre pas un dose suffisante d'oxygène pour qu'un lapin jaune puisse s'y sentir comme dans son terrier. Heureusement, le groupe injecte à intervalles réguliers une dose de groove suffisamment mammouthesque pour pouvoir panser les plaies. Ceci est tout particulièrement vrai sur la fin, quand « So Be It » vient mourir sur la ligne d'horizon avec une telle classe qu'on en viendrait à se demander s'il est bien vrai que l'écoute de ces 6 morceaux a été aussi éprouvante... Il n'en reste pas moins que pour pleinement goûter la saveur de The Prize, il ne faudra pas être du genre Ste Nitouche et renâcler à s'en mettre plein le tablier et les bottes, car cette petite demi-heure éclabousse dur tout autant qu'elle se plaît à perdre l'auditeur dans les méandres vicieux de terres hostiles où l'on inhale à pleins poumons d'épaisses vapeurs asphyxiantes. Vous êtes prévenus.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: perdez volontairement un bipolaire dans la tourbe de marais inamicaux. Capturez (à l'aide d'un drone, ou camouflé en crapaud buffle) les moments les plus éprouvants de ses crises délirantes. Retranscrivez alors le tout musicalement, via un mélange bouillonnant de Grind et de Sludge. Voilà, vous avez The Prize. Garanti avec grumeaux.

photo de Cglaume
le 10/01/2019

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