Sutter Cane - Sous la pierre et l'asphodèle

Sutter Cane - "Sous la pierre et l'asphodèle"
chronique Sutter Cane - Sous la pierre et l'asphodèle

Un concept album, c’est un peu comme un virage en moto sur une route verglacée ; c’est très casse-gueule. Il faut donc un courage avéré pour se lancer, surtout pour un premier album, et cette pugnacité, les Rouennais de Sutter Cane l'ont sans aucun doute. Bon, nos loulous ne se sont pas lancés dans l'affaire sans bagages puisqu'on y retrouve d'anciens membres de Draft et Venosa, deux groupes appartenant à la scène  screamo normande très vivace durant la dernière décennie.

Mais avant d'être un groupe, Sutter Cane est avant tout un personnage de L'antre de la folie, un film de John Carpenter, sorti au milieu des années 90. Dans les grandes lignes, Sutter Cane y campe un auteur de littérature fantastique à succès, ersatz du Stephen King omnipotent des années 80, qui disparaît soudainement. Un type mène l'enquête et il s'avère que l'écrivain a disparu, absorbé (physiquement et/ou psychologiquement selon l’interprétation) dans ce monde qu'il a lui même crée. Si je m'aventure sur les plates-bandes de Mad Movies et si je viens, en sus, de vous gâcher une bonne partie du film, c'est uniquement parce que cette idée est centrale si l'on veut comprendre la démarche du groupe ; Sutter Cane tente de proposer, avec "Sous la Pierre et l'Asphodèle", une immersion totale dans l'univers qu'ils ont crée, à savoir un post-hardcore construit autour d’un concept « narratif » : Les titres des chansons forment une phrase, les paroles des chansons racontent une histoire,  avec un début (la première piste) et une fin (Bah...la dernière piste). Avec ce type de projet, pas le choix, tout se doit d’être extrêmement cohérent : De l'artwork aux photos promos, de l'ambiance qui se dégage des interludes aux paroles (en français dans le texte et très littéraires), rien n'est laissé au hasard, à tel point que l'on se demande presque si c'est le groupe qui est à l'origine du concept, ou le concept qui est à l'origine du groupe (un compliment vu l’historique du nom).

Travaillé et réfléchi, ce que l’on trouve sur la galette l’est tout autant, à savoir un mélange invariable de post-hardcore et d'émo « made in Normandie ». Pour rester dans le narratif, imaginez un mec nommé Will, Will Haven pour les intimes (les ambiances plombées, les accords plaqués), dont le cœur balancerait entre une femme sombre et torturée dont le doux prénom serait Celeste (les arpèges, les paroles option littéraire, l'optimisme général du disque…) et une femme plus libérée et revendicative qui répondrait à celui d’Amanda Woodward (la place du chant et la diction) et vous avez les ingrédients non pas d’un polar de Jim Thompson, mais de la musique de Sutter Cane . Tout cela est desservi par un son un poil mollasson et des morceaux un peu trop long à mon goût (et comme le disait Tracy Lords : ça a beau être long, si c’est mollasson…) mais malgré l’infime sentiment de lassitude qui s’immisce, l’auteur le groupe réussi quand même son pari ; à savoir proposer une ballade morbide et lettrée sur les terres déjà largement visitées (pillées même…) du post-hardcore, et ce, sans prétention aucune, malgré ce que pourrait laisser transparaître l’utilisation d’un langage soutenu et le concept qui entoure ce disque.  

 

Vous voyez les Histoires extraordinaires de Pierre Bellemard ? Le scénario  est connu d’avance, il est invariablement le même et joue de ressorts dramatiques usés jusqu’à la corde. Mais essayez donc de remplacer le verbe rigide de notre scribouillard par celui de Baudelaire…c’est ce que tente de faire Sutter Cane ; raconter une histoire que l’on ne connaît que trop, mais avec une éloquence toute nouvelle.

 

 

Explication de la note : [(Pierre Bellemard + Baudelaire) x Virage en moto] / Tracy Lords = 7/10

photo de Crousti boy
le 23/01/2013

6 COMMENTAIRES

Geoffrey Fatbastard

Geoffrey Fatbastard le 23/01/2013 à 11:18:53

explication limpide de la note. clapclapclap !

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 23/01/2013 à 11:36:37

Mad Movies + Big John Carpenter + Tracy Lords + Core = vavavoum !!

cglaume

cglaume le 23/01/2013 à 11:38:11

Je dirais même plus: Vavavavooooooooom !! (quoique moi le côté -core...)

R.Savary

R.Savary le 23/01/2013 à 17:33:29

Quelle belle rédaction Crousti Boy !

Tookie

Tookie le 23/01/2013 à 17:55:52

Je corrige juste : Pierre Bellemare. sinon ça détruit la justesse de l'équation finale.

machinchoz

machinchoz le 24/01/2013 à 12:40:32

Et bah nous on a aimé... of course!

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