Synopsys - Le temps du rêve

Synopsys - "Le temps du rêve"
chronique Synopsys - Le temps du rêve

La croyance populaire s'obstine à penser que les rêves ne durent que quelques secondes. À vrai dire, il peuvent durer entre 5 secondes et 25 minutes !
De son côté, Synopsys, après plus de 4 années d'hibernation, propose un rêve de 42 minutes avec du son...et de l'image.
Un songe qui a sans doute réclamé quelques nuits blanches, car l'affaire se veut complexe.

 

L'association son / vidéo n'est pas nouvelle, et, il faut bien l'avouer, toujours délicate.
Lorsqu'elle se fait en live, la vidéo en arrière plan, complèmentaire au mieux, anecdotique le plus souvent, habille plus qu'il ne le faut, une scène sur laquelle il se passe déjà beaucoup de choses.

La démarche de Synopsys est un peu différente puisque le groupe propose le téléchargement du film en complément de l'album pour une découverte à la maison. Une démarche louable, bien que vaine, puisque les auditeurs qui lanceront "l'oeuvre" pour une découverte complète se compteront sur les doigts d'une main. 
Qu'importe, la démarche a l'honneur d'exister, et la vidéo, montage abstrait de courtes vidéos d'archives et "d'effets spéciaux" rappelle symboliquement ce qu'Hypno5e (par exemple) a pu faire en live.
Des images qui trouveront plus de public en live si le groupe a la chance de se produire dans des salles capables de le diffuser pendant le concert.

 

Mais, sur ce site, c'est la question musicale qui retient le plus notre attention.
Une attention de tous les instants, tant l'affaire est dense et exige du temps.

Post-metal, post-rock : le groupe alterne sans cesse entre des passages très lourds ("Into the abyss") et d'autres plus légers voire atmosphériques.
Que cela soit grâce à de très grosses guitares, ou à travers quelques passages au violoncelle, Synopsys se révèle très marquant sur les passages graves parfois grâce à sa simplicité (le riffing notamment).
Que cela se fasse avec ou sans chant, on peut songer à des groupes tels que Neurosis ou The Ocean Collective. Il faut dire que certains titres sont particulièrement bien pensés et marquants. Le vibrant et intense début de "Leviathan" relaierait presque le très bon morceau d'ouverture au second plan.


À l'inverse, le groupe originaire d'Avignon oppose des sonorités plus légères, plus mélodiques et parfois même quasi-aériennes (la fin d'"Into the abyss").
Le groupe utilise aussi plusieurs couches de son avec un clavier, de l'electro, des samples pour calmer ou affiner les riffs des guitares omniprésentes.

Entre les deux...rien...ou pas grand chose.
Entre le massif et la douceur, cela manque parfois un peu de liant.
On passe brutalement du calme à la violence (et inversement).

"Progressif" alors ? Oui, mais pas trop. Les morceaux du groupe sont écrits avec le désir de créer un univers et une histoire, ils méritent donc d'avancer avec une certaine continuité, chose faite sur "A whisper in the evening" jusqu'à 4:40. Mais en deux secondes tout bascule. 
Une cassure qui devient malheureusement presqu'automatique lorsque le groupe souhaite faire basculer l'ambiance de son morceau : cela peut fonctionner une ou deux fois, mais au-delà, devient prévisible.
Synopsys a donc quelques faux airs de groupe progressif mais manque un peu de finesse sur ce plan.

 

L'autre défaut de ce disque réside dans le chant, qui cherche à casser une monotonie qui pourrait s'installer dans un titre. Une démarche louable, plutôt bien pensée, si elle n'était pas, elle-même portée par une voix monocorde.

Ces petits défauts plombent un peu l'écoute parce qu'ils brisent l'expérience d'écoute, la rentrée dans le disque de l'auditeur. C'est d'autant plus dommage qu'on sent le groupe capable de très bien amener les choses : les deux premiers morceaux, (malgré une petite longueur sur "Reverie of rising star" et son riff lancinant) et le dyptique Impulse / Leviathan lancent très bien l'album. La suite se perd un peu dans le cliché des profondeurs marines (bien qu'encore une fois la complémentarité entre "Into the abyss" et "Beyond the black ocean" (dont la clôture rappelle 65dayofstatic sur la BO de...No Man's sky) et fait un bon lien vers "Dusk"...à l'ouverture brusquement violente.

Sans aller jusqu'au "jump scare", Synopsys veut à tout prix prendre par surprise son auditeur. Cela ne l'empêche pas d'être assez bien inspiré sur l'ensemble et d'avoir vraiment tenté de réfléchir à la construction de son album sur plusieurs couches sonores. L'habillage est donc réussi dans son ensemble, bien qu'imparfait, mais pas dénué de charme...

photo de Tookie
le 11/01/2018

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