The Blood Brothers - Crimes

The Blood Brothers - "Crimes"
chronique The Blood Brothers - Crimes

The Blood Brothers, c’est d’abord un malentendu. Un sticker apposé sur un album (Burn, Piano Island, Burn, en 2003), qui proclamait fièrement que le groupe avait été découvert par Ross Robinson, et qui supposait lourdement que, près de 10 ans après Korn (qui avait sauvé le métal), et trois ans après At the drive-in (qui avait lui sauvé le rock), le messie allait encore une fois se poser là, en découvreur de talents. Je m’étais déjà laissé piéger deux fois (avec plaisir, certes…) mais ce coup-ci, j’étais bien décidé à ne pas me laisser avoir, car entre-temps, j’avais découvert le sacro-saint DIY et si ça jouait pas dans une cave devant 50 pelés maximum, c’était suspicieux. Plus tard, j’avais entrevu un clip ("Ambulance vs Ambulance"), et le groupe s’était alors réduit à deux choses : une voix irritante et une esthétique emo/punk à la sauce MTV qui ne l’était pas moins. Tout ça n’était pas très engageant, ne respirait pas l’underground, et j’étais passé volontairement et hautainement à coté du groupe.

Puis, un an plus tard, sur la foi d’une chronique dithyrambique qui mentionnait Three-One-G et The Locust, je m’étais procuré Crimes, le petit dernier qui venait juste de paraître, m’auto-persuadant que ma première impression avait été biaisée par une radicalité primaire, radicalité que j’avais réussi à dépasser (que voulez-vous, on change en un an). A la première écoute, j’étais réconforté ;  j’avais retrouvé la voie irritante… et un peu énervé aussi, car à mes yeux, ça n’avait pas grand-chose à voir avec la sauterelle hyperactive : musicalement, Crimes ressemblait à un fourre-tout paradoxalement assez cohérent qui mixait noise (un reste de deux premiers albums sur Three-One-G), post-hardcore/émo 90’s (école Dischord, assez proche d’un The Nation of Ulysses dans ses intentions bordélico-tubesques) et  rockin’harcore (pensez Refused/Jr Ewing). Le tout était enrobé d’une grosse sensibilité pop/post-punk, caractérisée par des lignes de basse chaloupées, un chant très catchy et de discrètes parties de claviers.  

Et puis, il y avait ces deux voix, l’une irritante, du moins au premier abord, l’autre presque anodine, du moins au premier abord. La première et la plus aigüe, ressemblait à une sorte de croisement entre Justin Pierson (The Locust, justement) et Barbara Streisand, et c’était clairement la voix d’un leader, beau gosse un peu orgueilleux qui harangue la foule au concert et qui emballe les filles à la fin du show. La deuxième, plus feutrée et hésitante rappelait les balbutiements d’un crooner pour dames un peu timide qui n’aurait pas encore passé le stade préadolescent. Ce timbre plus neutre servait de contrepoids parfait aux hululements maniérés du premier et justifiait aussi, dans une certaine mesure, les débordements vocaux de notre diva susnommée. En plus de ces caractéristiques largement exposées ci-dessus, nos deux compères avaient comme trait commun de pouvoir hurler de concert comme une horde de pom-pom girls pendant la finale de la NFL.

Crimes donnait donc l’impression d’un joyeux bordel à l’optimisme communicatif, loin de l’image torturée que pouvaient renvoyer la grande majorité des groupes emo/screamo qui pullulaient à l’époque. Par la suite, le groupe a enregistré un ultime album un poil moins efficace (Young Machetes, en 2006) avant se séparer en deux entités distinctes : Jaguar Love et son electro-pop à l’intérêt tout relatif pour la crécelle en chef, Past Lives et son post-punk aventureux pour le reste de groupe. Cette scission entrainera pour les deux entités la disparition instantanée et définitive de  leur mojo ; cette « patte Blood Brothers », fruit d’un tiraillement entre racines punk et velléités plus pop (d’autres diront commerciales) qui faisait une bonne partie de l’attrait ou du dédain, c’est selon, que pouvait susciter le groupe de son vivant. Pour ma part, l’histoire avait commencé avec une bonne dose de dédain, et avant de se transformer en un attrait, aujourd’hui toujours vivace, pour ce groupe un peu à part, et pour cet album un peu particulier.

photo de Crousti boy
le 09/12/2012

1 COMMENTAIRE

pidji

pidji le 09/12/2012 à 11:25:32

C'est marrant, c'était un peu la même chose pour moi. Au départ j'étais pas convaincu par ce groupe, mais j'ai quand même essayé d'écouter ce disque. Et finalement ce "crimes" est mon album préféré des Blood Brothers.

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