The Dillinger Escape Plan - Dissociation

Chronique CD album (51:00)

chronique The Dillinger Escape Plan - Dissociation

C'était annoncé avant la sortie de l'album mais je me permets de le rappeler pour ceux qui n'auraient pas suivi, c'est le dernier album de The Dillinger Escape Plan. Pour toujours. De ce qu'ils ont communiqué.

Arrivés au bout de ce qu'ils avaient à dire, différents artistiques, mauvais suivi de leur glissement musical, tout simplement envie d'autres choses… Chacun trouvera son avis.

D'emblée je l'annonce - mais la note en amont vous aura déjà guidé - c'est dans l'ensemble un excellent album du groupe, un excellent album avec néanmoins ses - maintenant traditionnels - quelques ratés. Ces derniers sont gros et étranges, mais heureusement en nombre très limités.

 

Ils sont à nouveau tendus à bloc, collets serrés, et prêts à se laisser exploser. High Voltage, l'électricité est palpable. On reconnaît les gimmicks de chacun, notamment pour les guitares et la voix. Pour cette dernière justement on appréciera qu'à plusieurs moments elle ne soit pas simplement musclée, pour être à la place, carrément tarée. Pitbull oui, pitbull enragé, heureusement, mais en plus pitbull malade avec la bave qui coule aux crocs. Le truc à la David Yow de The Jesus Lizard, le genre incontrôlable et dangereux. Les excellents "Limerent Death" et "Surrogate" offriront des passages pour parfaitement l'illustrer.

 

Si depuis Miss Machine le son The Dillinger Escape Plan s'est retrouvé régulièrement teinté de touches Mike Patton, Nine Inch Nails ou pop R&B, ici sur "Symptom Of Terminal Illness" on lui trouvera - en plus - un côté Mastodon période Crack The Sky. Les mélodies voix et guitare en son clair, le rythme, la batterie, et le son dans son ensemble plus lourd qu'à l'accoutumée… donc oui, le nouveau batteur Billy Rymer apporte bien un plus au groupe, et se cale parfaitement aux passages légèrement plus « heavy » que d'habitude. Et le son dans son ensemble est énorme (le plus massif depuis un bout de temps et du coup moins aéré que sur One Of Us Is The Killer - alors je dirais moins bon) à vous faire vibrer les écoutilles. Au milieu de ce morceau « Mastodonesque » un gros refrain au chant clair très mélodique qui n'est pas sans rappeler le titre "One Of Us Is The Killer" du précédent album. Un petit côté « radio single ».

 

Ces gros refrains accrocheurs - comme ceux des titres ci-juste avant mentionnés - seront à plusieurs fois présents au cours de l'album. Par contre attention, par « gros refrains » de The Dillinger Escape Plan, je n'entends pas forcément quelque chose de mauvais. Pour qui a accepté cette approche « pop » en sortie de niche (musicale). Parce que sur plusieurs morceaux, des précédents comme du nouvel album, on en trouve des bons. Qui collent bien aux neurones. Mais de ceux désagréables au chanteur qui se transforme en joueur de R&B, ils seront aujourd'hui concentrés sur deux morceaux, "Nothing To Forget" et "Dissociation" Oui, j'ai toujours trouvé étrange ce passage du hurleur chaotic en mode pseudo crooner R&B. À nouveau ça ne passe pas. Certes Greg Puciato est un excellent chanteur - ça, ça ne fait aucun doute - mais je n'ai jamais compris le fait d'aller si loin dans ce style de chant mélodick… Et puis il y a ce "FUGUE", étrange intermède jungle fait de pistes coupées-mélangées-accélérées dès la quatrième piste. C'est pas un peu tôt dans le tracklisting non ? Et ce "Dissociation" (très Deftones meets Depeche Mode) en sortie, dont je vous laisse la surprise… Le reste est tellement bon que je ne comprends pas leur présence pour ce dernier album (comme je ne comprends pas le plaisir de Bill Weinman avec son autre groupe Giraffe Tongue Orchestra). Ça, c'était pour les mauvais points de Dissociation.

 

Mais comme je vous le disais, les gimmicks sont bien là et on prend sévère notre dose de riffs saccadés. Comme voulu. Du « snuff music » d'un épileptique dont on a mis les doigts dans une prise électrique. Sur "Honey Suckle" (énooorme) ou "Low Feels Blvd" (un nouveau classic ? avec de la double !), et à d'autres moments, on retrouve à nouveau une urgence dans leur musique, preuve que le courant est bien établi. Ça secoue, ça saccade, ça retourne, « attention chérie, ça va trancher». Ces passages - provenants du fin fond des origines du hardcore chaotic - sont à nouveau excellents sans être répétés en boucle. Ils sont bien incorporés à d'autres « touches » ou « approches » décalées qui sont le groupe d'aujourd'hui. On monte, on descend, on rebondit, on prend une claque par la gauche, on attend, un uppercut par le bas, on se fait retourner… l'écoute de Dissociation n'est pas sans laisser quelques séquelles.

 

Alors avec ces riffs, cette urgence, ce chant qui sait être méchant, taré, ou menaçant (de chouettes passages à la voix posée qui sait s'imposer malignement comme sur "Surrogate"), et pas trop de ratés, ils nous livrent des morceaux que l'on peut considérer comme « costauds ». Costauds et de parfaitement The Dillinger Escape Plan.

 

Ils peuvent donc maintenant s'en aller reposer en paix auprès de leurs frères de style et/ou d'époque comme par exemple ceux du double « B », Botch-Breach. Ils signent leur épitaphe d'un grand album, à leur image, et il ne reste plus qu'à espérer que leur maître de cérémonie Ben Weinman n'ait pas pactisé avec le vilain Giraffe Tongue Orchestra pour ses prochaines cérémonies.

photo de R.Savary
le 10/10/2016

5 COMMENTAIRES

pidji

pidji le 10/10/2016 à 15:04:44

tu m'as donné envie d'y jeter une oreille attentive, j'y cours dès que possible ;)

Mental Vortex

Mental Vortex le 10/10/2016 à 16:16:49

Hâte d'écouter ça également malgré un On Of Us vraiment sympa mais sans réelle plus-value, sorte d'album synthèse quoi...
J'espère donc être agréablement surpris par cet ultime effort qui devrait néanmoins avoir du mal à surclasser la dernière bombe lancée par Every Time I Die "Low Teens" qui se sont vraiment surpassés pour le coup !

pidji

pidji le 10/10/2016 à 17:03:13

En effet, le ETID est très cool !

Sam

Sam le 10/10/2016 à 20:51:33

"c'est le dernier album de The Dillinger Escape Plan. Pour toujours." jusqu'au prochain. On connait la chanson

R.Savary

R.Savary le 10/10/2016 à 23:01:31

Ah ouais bien vu Mental Vortex, je l'avais pas écouté le Every Time. Le Dillinger est pas aussi cru et écorché, il est plus proche de ce que Dillinger fait depuis 3 albums (plus propre)

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