The Odious - Vesica Piscis

Chronique CD album (50:23)

chronique The Odious - Vesica Piscis

« … il y a peu de chance que vous trouviez la suite de la discographie du groupe chroniquée en ces lieux. Du moins sous cette plume... »

 

Oui, je sais. Je démarrais déjà la chronique de Joint Ventures – premier album de The Odious – par une citation extraite de la chronique de leur sortie précédente – en l’occurrence l'EP That Night A Forest Grew. « Ça sent le gimmick chroniquatoire à deux balles, lapin! ». Meuh non, ne voyez donc pas le mal partout. D’autant qu’au-delà de l'auto-référence narcissique, ce petit rappel s'avère ici avoir vraiment de l’intérêt, si si. Notamment pour prouver à qui de droit que non, je ne suis le descendant ni de Nostradamus, ni de Mme Irma. Parce que pour faire preuve d’aussi peu de clairvoyance, il faut vraiment porter des lunettes noires finies au charbon de bois!

 

Joint Ventures, donc, m’avait gavé. Trop de tours et de détours emberlificotant le Deathcore technico-progressif du groupe en une épaisse soupe indigeste – pour mes oreilles, du moins. Alors allez savoir comment Vesica Piscis a réussi à trouver de nouveau le chemin de mon lecteur mp3 (en fait, si, je sais: le discours promotionnel cite Mr. Bungle et Devin Townsend. Ce qui est très peu justifié. Pendez-moi ces sagouins de communicants!), toujours utile qu’il a très bien fait: parce que ce 2e album retrouve la bonne dynamique de l’EP, et va plus loin encore.

 

Pourtant la formule reste sensiblement la même qu’auparavant, ce qui signifie que les dix pistes nouvelles offrent à entendre un mélange sophistiqué de Metal moderne technico-progressif à l'Américaine (du Deathcore technique bien élevé? Mouais, disons ça), parfois mêlé d’inconfortables explosions retorses lorgnant vers le Mathcore. Plus quelques fanfaronneries éparses, à la BTBAM. Sauf que les tortillons désagréables se font à présent plus rares, et que la musique en est d’autant plus aérée. La place est dorénavant donnée beaucoup plus généreusement aux vastes respirations progressives à la Scale The Summit, à des accroches carrément Pop, ainsi qu’aux sensations pures dignes d’une pub pour les produits laitiers (Hein? Heu... T'es sûr?Allez, oui: je garde l’image).

 

Et plus simplement, si The Odious remporte cette fois la timbale, c’est que son nouvel album comporte moult passages à fort impact, ainsi que quelques titres et lignes de chant qui restent gravés là-haut. Parce que c’est ainsi qu’on convainc le public, et non pas en pratiquant le tricot fractal pour dealer du Doliprane! Parmi les morceaux qui font mouche on citera « Repugnant », ses twin guitares qui font les anguilles mélodiques aux abords de la minute, et qui pratiquent un ping-pong éblouissant digne d’Animals As Leaders à partir de 2:23. « Arbiter of Taste » également, qui se termine sur une longue et monumentale mosh part décalée. « Hastor the Shepard Gaunt » encore, et son superbe final hispano-Djent. « Misuse And Malignment » aussi, qui transforme une parenthèse Jazz en une tuerie de Groovin’ Death à la Trepalium (pan, à 2:03). Et je garde pour la fin Ze gros tube, « 物の哀れ » (« Mono no Aware » pour les ceusses qui utilisent les numéros plutôt que les noms des plats quand ils passent commande chez le traiteur asiatique), morceau qui n’est que finesse, élégance, refrain entêtant (« I Know I’m Not The Onlyyyy Oooone… ») et délectation.

 

Certes, si l’on cherche bien il reste encore matière à ronchonner. Parce que l’intro (un faux air du « Remember Now » de Queensrÿche) et l’outro, si elles apportent un supplément de matière, ne sont pas non plus indispensables. Parce que « Glowjaw », au début Pop/Rock vaporeux et à la touche Sneaking Past Dogs / Destrage assagi, s’évanouit assez vite dans les brumes de notre mémoire. Parce que le morceau-titre, bizarrement, est trop tortueux pour ne pas laisser une impression finale d’inachevé, de il-manque-pas-un-truc-là-? en bout de course. Et parce que « Fix » finit l’aventure sur une ultra-sensibilité un peu too much – même si elle séduira les afficionados du Leprous new school.

 

N’empêche qu’en matière de Metal à dentelle 2.0 composé sur papier millimétré, Vesica Piscis fait partie du haut du panier 2019. Du coup j’ai vraiment l’air d’un con avec cette prédiction de début de chronique / fin de chronique précédente…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: on pensait les avoir enterrés dans la tombe Joint Ventures, et pourtant ils sont de retour plus forts encore qu'à l'époque de That Night A Forest Grew! Sur Vesica Piscis, les Américains de The Odious nous reviennent donc plus beaux, plus grands, plus techniques, mais également plus nuancés et accrocheurs que jamais. Fans de BTBAM, Scale The Summit, Destrage, et pourquoi pas également d’Animals As Leaders et Leprous: laissez-vous tenter!

photo de Cglaume
le 22/10/2019

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