The Witch - Lost At Sea

chronique The Witch - Lost At Sea

Parfois, ne se fier qu'aux apparences peut être extrêmement trompeur. Parce que lorsque j'ai vu un mail promo arborant le patronyme de The Witch, avec une telle jaquette, j'y voyais d'emblée la galette toute destinée à notre Cyril modèle Papi tant l'un et l'autre pouvaient faire penser à une formation donnant dans du heavy rock modèle temporellement rétrograde, voire encore une sorte de revival de NWOBHM à la vue de l'illustration pas si éloignée dans l'esprit. Rajoutons à cela un dossier de presse un peu flou décrivant ce Lost At Sea comme « un mélange entre la lourdeur et la mélodie du heavy rock avec l'agressivité et la rapidité de la musique extrême », voilà qui vient ajouter un point en plus dans la classification hâtive sans écoute originelle. Et pourtant, finalement, grande erreur ai-je bien pu commettre ! Car la quatuor de Douai nous balance une sauce complètement à l'opposé de ce que j'avais pu présager, remettant par ailleurs la jaquette en nouvelle perspective. C'est qu'au final, elle fait vaguement penser à ce qu'on voit du côté de Mastodon en modèle noir et blanc. Une comparaison au mastodonte du sludge progressif américain qui s'avère d'ailleurs fort à propos d'un point de vue musical.

 

Même si The Witch est très loin du sludge, on lui reconnaîtra sa volonté de lorgner à droite et à gauche sans spécialement de contraintes afin de brouiller toute pose d'étiquette stricte. De la même manière, on pourra également parler de cette même volonté artistique d'hybridation que l'on retrouve chez des petits chimistes en chef tels que Voivod ou encore Leng Tch'e. C'est ainsi que l'on se trouve face à un Lost At Sea qui s'impose comme une sorte de pot-pourri de divers éléments issus du metal extrême au sens large auquel on a greffé cette dimension groovy et mélodique typique à l'esprit « 'n roll ». Un patchwork qu'on peut par ailleurs considérer comme progressif, non pas pour ses longueurs et/ou progressions mais plutôt pour son caractère alambiqué et technique. Ce premier album long format s'inscrit donc dans une variété plutôt bien fichue, que l'on avale étrangement avec une étonnante facilité. Parce que même si les structures s'avèrent chiadées, The Witch a le bon sens de développer tout son fourmillement d'idées en le distillant avec parcimonie. A comprendre, que ça brasse large sur l'ensemble complet présent dans Lost At Sea mais par le biais de la multiplicité de compositions courtes, directes, chacune développant deux ou trois éléments propres sans jamais que l'on ne ressente d'éparpillement brouillon, voire indigeste. Tout en réussissant le tour de force inexplicable de toujours donner cette impression d'unité dans son ensemble. Quand bien même un titre part dans une veine death technique (« Afligido »), un autre se permet la tambouille thrash Voivodienne avec son petit chouïa Death Angel sous hormones (« Not Enough Space To Land »), un mélange improbable entre la technicité guitaristique au bord de l'implosion de The Dillinger Escape Plan et groove metal au refrain imparable (« Hopeless Odds »), black plus ou moins 'n roll (« Ignite The Dark Matter » ou encore « The Path Of Glory » qu'on jurerait sortir des fonds de tiroir de Kvelertak), ou encore dans des veines plus coreuses teintées de pont thrashisant et de solo typiquement black (« I'll Eat You Alive Anyway »).

 

Bref, The Witch, c'est un peu la foire du metal extrême rock'n roll. Même si on lui reconnaîtra quelques rares passages aux influences mal digérées, il faut admettre que les Douaisiens frappent fort dès leur premier essai grand format en nous livrant un Lost At Sea solide, maîtrisé avec une classe insolente. Car parvenir à une telle concision dans un flux aussi important d'informations sans jamais qu'on ne ressente le moindre signe avant-coureur d'indigestion, c'est fichtrement compliqué. Ce que les bougres ont réussi avec brio. Chapeau bas !

photo de Margoth
le 12/06/2018

1 COMMENTAIRE

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 12/06/2018 à 17:26:53

Il est sexy le morceau en écoute.

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