Tillian - Lotus Graveyard

Tillian - "Lotus Graveyard"
chronique Tillian - Lotus Graveyard

Ce n'est pas parce que l'on voit des étiquettes comme « Israël » et « produit par Erez Yohanan qui a collaboré avec Orphaned Land » que l'on se retrouvera forcément dans des délires exotiques fortement arabisés. C'est même tout le contraire pour le groupe de rock progressif Tillian qui nous livre cette année son tout premier effort : Lotus Graveyard.

 

Un premier album qui montre bien ses (rares) petits moments d'errements juvéniles, surtout lors de la première écoute à froid. Les oreilles un peu plus chauffées et ouvertes à se laisser happer dans le délire seront en revanche bien plus chaleureuses : sur divers points, Lotus Graveyard montre des bases impressionnantes et a de quoi laisser sur le cul. Une évolution de verdict qui s'explique que Tillian fait partie de cette vague de progueux qui laissent la haute technicité au placard et préfèrent exhiber une apparence plutôt simple et accessible sous laquelle on appose tout un tas de subtilités et de nuances rendant l'ensemble moins superficiel qu'il n'y paraît au premier abord. En gros, oubliez le branlage de manche, le combo israélien préfère amplement jouer sur les ambiances et les émotions. Composé et mené par la vocaliste Leah Marcu, ajoutez à cela une très grosse lapée de sensibilité et de délicatesse toute féminine et on pourra rayer de la liste des potentiels auditeurs tous les gros chevelus qui veulent des ogives franches du collier et sans concession. Pour les autres, plus aptes à apprécier un registre résolument rock, lorgnant par ailleurs pas mal sur certains registres pop tels que des Kate Bush, il serait judicieux de s'attarder sur cet album. Qui pourrait faire penser d'une certaine manière à du Steven Wilson au féminin dont on aurait amputé les fulgurances techniques et autres expérimentations bruitistes. Comprenez dans son approche sur le fait de tisser des ambiances et atmosphères extrêmement envoûtantes qui feront tellement cavaler l'imagination qu'on se surprendra à avoir la chair de poule tellement on se prend à notre propre film que l'on image dans notre esprit.

 

La surface a beau se montrer au premier abord extrêmement simple et ne surprendra que très peu à quelques exceptions près, une fois qu'on la gratte ne serait-ce qu'un peu, on se rend bien compte que le canevas de fond n'est pas non plus à la portée de n'importe quel manchot de la composition. Le relief est là, chiadé et équilibré. Même dans les moments les plus convenus, Tillian parvient à ne pas paraître trop planplan et continue de transmettre de quoi faire vagabonder notre imaginaire. Il y a beau ne pas avoir d'arabisant, on nous invite dans Lotus Graveyard à se plonger dans un monde imaginaire, très fantasy dans les grandes lignes (à grand renfort de piano et autres orchestrations symphoniques tels que dans « Earth Walker » et « The Beggar », voire plus rockisées et folkeuse sur « Touched »), par lequel on se permet quand même d'intégrer quelques petites touches ethniques histoire de varier les plaisirs (le break flamenco en plein cœur de « Monster » ou le côté assez balkanique de « Moonlight Dancer » ou encore le délire local un peu arabisant dans l'intro de « Black Holes »). Tout en sachant varier les dynamiques et intensités, pouvant passer d'une approche pop très doucerette à des guitares franchement plus rock, parfois au sein d'un même morceau (« Black Holes » ou encore l'intermède « Caught In Your Slough » qui part de l'atmosphérique très calme pour virer à des guitares presque power). La frontwoman sait impressionner et mener son monde à la baguette. Sous son registre pop et limité de surface, on se rendra compte que sa maîtrise de vibrato rendrait jalouse n'importe quelle diva éphémère oubliée reconvertie en jury de télé-crochet. De la même manière que tout le travail de chœurs et autres harmonies qui fera littéralement tomber à la renverse sur la conclusion de « Touched ». Et ce, même s'il faudra parfois oublier nos aprioris occidentaux sur le ton à poser vis-à-vis de l'instrumental tant elle pourra s'exprimer de manière plus haut perchée – ce qui, je trouve, lui donne d'autant plus de prestance au final – que ce que l'on nous a habitué dans notre culture (« Frozen Suns », « Earth Walker »).

 

Bref, Lotus Graveyard envoûte et prouve que Tillian est capable, dès son premier effort, de faire preuve d'énormément de personnalité, de maîtrise, de subtilité et variété. Et étonnamment, on n'ira nullement mettre ça sur le compte de sa provenance d'Israël tant on n'y retrouve finalement que très peu d'éléments d'influence. A vrai dire, en y réfléchissant bien, je vois davantage de similitude avec une artiste bien de chez nous – à supposer que les Bretons le soient – à savoir Cécile Corbel qui a le don de nous englober dans un univers fantasmagorique très fantasy et féerique. Mais dans un délire résolument plus rock dans ce cas précis.

photo de Margoth
le 30/05/2019

1 COMMENTAIRE

8oris

8oris le 31/05/2019 à 10:09:37

Super chronique!

"Un premier album qui montre bien ses (rares) petits moments d'errements juvéniles, surtout lors de la première écoute à froid", c'est à dire?

En tout cas, les arrangements sont vraiment très bons, car subtils et jamais putassiers, ils portent autant qu'ils supportent les morceaux.
Cependant, on sent que cet album est extrêmement porté par le chant qui est vraiment excellent même s'il y a un côté un peu Disney OST parfois. On aurait aimé plus de folies vocales comme dans le final de "Touched", un peu plus de registres et de recherche dans les tessitures surtout que la technique suivrait sans problème.

Il y a aussi des parties très convenues, notamment les guitares "I'm too close" vers 2:42 qui sonne comme un exercice d'échauffement plus que comme un lick bien senti.

Bref, un très bon premier album en soi et un bon album de prog, un peu trop sage selon moi pour le style auquel il prétend.

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