Tropical Fuck Storm - A Laughing Death In Meatspace

Tropical Fuck Storm - "A Laughing Death In Meatspace"
chronique Tropical Fuck Storm - A Laughing Death In Meatspace

Une grosse montée de fièvre. Tu flippes et tu t'excites. L'angoisse et la rage dans un seul cocktail vodka-molotov, mec. Il est 16h00. T'es levé depuis une heure et demie.

Avant d'aller te coucher, tu te brossais les dents, la tête passée par la fenêtre, t'étais là à mater les files de bagnoles des gens qui allaient bosser comme des cons.

T'as dû leur gueuler dessus, les insulter, quelque chose comme « Hé bande de fils de putes, c'est qui le cloporte ?!? C'est moi ou c'est vous, les cloportes ?!  Hein, hé ?»

La vague te prend te soulève, part de l'estomac pour monter chaude se lover derrière les poumons et jusque dans la gorge.

Tu réalises que tu auras bientôt 45 piges et que les 26 sont loin derrière. Et pourtant il y a cette musique, « Two Afternoons », qui te fait sentir au-delà des 26 : compte à rebours 20, 19, 18 … Pauvre con, comme c'est bon ! T'as raté le mariage de ton petit frère ! Carrément oublié !

 

La fougue de la jeunesse ?

Surtout la passion. La Passion, mec.

Dans le chant, salive projetée, bave aux lèvres, dans ces guitares géniales, hurlantes, bégayantes, à dérapages tournés, grattes de la Tourette sur deux roues (en bagnole).

 

Tout commençait dans le repérable pourtant, typé The Drones quand ils sont chauds, leur autre groupe à Fiona Kitschin et Gareth Liddiard. C'est chouette The Drones, surtout I See Seaweed (chronique ici) et Wait Long By The River And The Bodies Of Your Enemies Will Float By, mais faut que je me réécoute Feelin Kinda Free, je crois que ça partait déjà en sucette à ce moment-là, juste avant la fin et... Tropical Fuck Storm, donc, qui sent bon les plombages grillés.

J'en profite pour vous dire d'aller écouter aussi Gutterville Splendour Six, pis après vous ferez vos recherches vous-mêmes, hein, c'est bon...

Plic. Ploc. Plic. Ploc.

 

Bref, « You Let My Tyres Down », c'était beau, déjà... Mais c'est un leurre. Ça bouillonne, mais tout va partir complètement en couilles.

Ça convoquera même le Hip-Hop vieille école et le street-beat-ma-gueule, sans vouloir faire la pantomime, ça s'en inspire, ça délire mais ça ne s'la joue pas, pas l'genre, pas permis.

« Antimatter Animals » et sa fanfare grotesque, cacophonie orchestrée avec amour, quelle classe ! Le brio. Ha !

C'est grinçant mais ça pue l'honnêteté... intellectuelle et artistique, honnête tout court, t'as pigé, ça cherche pas à te faire les poches, ça non.

Nom de dieu « Shellfish Toxin » m'a autant fait penser aux claviers du Genesis Nursery Crime qu'à une bande-son de Broadway cabaret-plage (« and the lamb lies down... on Broadway », d'ailleurs !) captée aux tréfonds du cerveau malade d'un gars sous gnôle-LSD. Alors que « Chameleon Paint » claque son déhanché presque absurde et des lignes de chant quasi R'N'B, jouant à la pute pour radio. Encore un leurre. Une perversion.

Et tout ne prend pas le même sens si on ne se fait pas l'ouverture lyrique « You Let My Yyres Down » avant tout cela. Le contexte, la préparation, tout compte.

Tout est pardonné.

 

Avec les dents serrées les ¾ du skeud, c'est étrange de partir presque sur le bout des orteils – surtout avec le charmant « A Laughing Death In Meatspace », très positif – alors que « Rubber Bullies » raccroche l'intérêt plus vivement car il se retient tout le long. Tension, encore, sans résolution. Repasse-toi le disque, alors, ce disque est génial.

Mais j'oublierai pas de te dire que « Two Afternoons » me fait monter les larmes, à chaque fois. Et je ne sais pas pourquoi ; c'est pour ça que c'est bon.

Le pire c'était quand je fabriquais la gerbe de deuil pour mon grand-père, le lendemain de Noël. J'ai carrément dû arrêter le disque (pendant justement "Two Afternoons") pour aller fumer une clope, pour ne pas exploser. Repose en paix, Jean.

 

Arf, je me trouvais un peu tiède par certains côtés, voire froid et un peu triste ces dernières années (dans mon rapport à la zik, hein...) et là y'a ce morceau pour me postillonner à la gueule que je suis encore vivant, bordel, putain de merde.

Et ça, ça n'a pas de prix.

 

C'est chaud, ça vibre, ça sent le cul, l'alcool et le délire, c'est la vie. Je pouvais pas vous quitter sans conclure sur quelque chose de fin et spirituel.

photo de El Gep
le 12/02/2019

6 COMMENTAIRES

pidji

pidji le 12/02/2019 à 08:47:47

Cet album est excellent encore une fois ! Merci Gep de m'avoir fait découvrir THE DRONES il y a quelques années :D

Nicoscope

Nicoscope le 12/02/2019 à 09:13:13

Un disque vraiment à part. Inclassable, novateur et pourtant si évident.
Du coup, après cette découverte incroyable, je me suis jeté à corps perdu dans la discographie de The drones !

Freaks

Freaks le 12/02/2019 à 11:03:19

Pour ma part, je ne lis tes chroniques que pour tes accès de spiritualité..
Un album à l'image de sa cover, créatif, loufoque et chiadé à souhait.
Je me joins à Pidji pour les remerciements ;)

el gep

el gep le 12/02/2019 à 11:28:04

Bah de rien! Avec plaisir!
C'est lui qu'il faut remercier, en fait:
https://666revolutionsparminute.blogspot.com/

Freaks

Freaks le 14/02/2019 à 03:33:50

Aussi parce que The Drones a fait le seul clip Crust Rock Aha!
https://www.youtube.com/watch?v=qUnQ3F2Rwq4

el gep

el gep le 15/02/2019 à 21:45:19

Ahah, ouaip! Mais oh c'est pas parce qu'il y a des images de guerre et que tout cela est bien triste que c'est Crust, hein???
Chouette morceau cela dit et chouette montage d'images.

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