Unflesh - Savior

Unflesh - "Savior"
chronique Unflesh - Savior

Pour vous mettre la puce à l'oreille sur le Quoi et le Comment concernant Unfleshed, cela va être relativement simple. Il suffit de vous dire que son fondateur, Ryan Beevers, guitariste grogneur de son état, est étudiant à la fameuse Berklee College of Music de Boston. Et que sur son premier EP, Transcendence to Eternal Obscurity, il avait engagé Hannes Grossmann, le Shiva de la batterie dont je ne vous citerai pas les multiples groupes parce que vous les connaissez déjà et que ça doublerait artificiellement le volume de cette chronique déjà bien charnue (au fait: Shiva, le dieu aux multiples bras, par l'entreprise de ménage à domicile, hein). Forcément, à partir de ces deux indices, vous avez deviné que... Les parents de Ryan sont plein aux as? C'est possible. Mais la conclusion plus évidente encore, c'est qu'Unfleshed ne propose ni du Neo Metal, ni du Post-Grunge, mais bien un Metal extrême de chirurgien avec batterie tenue par un expert en explosifs, guitares généreuses et basse qui n'est pas là pour faire de la figuration.

 

Sauf que la formation ne se laisse pas sagement enfermer dans une catégorie bien formatée, genre Brutal Death Technique ou Tech Death Progressif. Non, bien qu'elle n'ait qu'« une flèche » (ça c'est fait), elle a plusieurs cordes à son arc et allie les arabesques du Death Technique à l'acrimonie mélodique du Death / Black, le taux de sucre avoisinant même parfois les standards du Melodeath – un Melodeath musclé et très sophistiqué pouvant évoquer une version blacky des compatriotes de Vehemence. Et si, sur le début de l'album, on reste quand même dans un monde qui – à la teinte shrieky des vocaux près – pourrait se contenter de l'étiquette « Death chiadé plein-les-mirettes », avec intro symphonique et sprints riffés flamboyants (je vous laisse juger de la chose sur le morceau-titre), au fur et à mesure que la tracklist se déroule, on sent de plus en plus souffler le blizzard jusqu'à finir, en 2e mi-temps, tout à fait enfoncé dans l'épais manteau neigeux du royaume où Dissection et Necrophobic ont leur résidence principale.

 

Si vous êtes avant tout attachés à ce que les groupes de Metal extrême restent très mélodiques, et qu'ils proposent des compositions exigeantes, vous l'avez compris, Savior sera une source de plaisir intense. Maintenant les 8 morceaux ici proposés n'ayant pas réussi à provoquer chez le lapin qui vous parle ces sommets de plaisir qui rendent tout à fait aveugle quant aux menus défauts d'un album, je vais devoir vous parler de ces derniers. Le plus évident – qui ne devrait cependant pas trop gêner les fans d'Exmortus, ou dans un autre registre, de Necrophagist – c'est cette tendance à vouloir régulièrement plaquer de gros solos volubiles et dégoulinants, dont on sent qu'ils prendraient volontiers une allure plus franchement néo-classique si on les encourageait dans ce sens. Bienveillant, on admettra quand même que la plupart du temps, tout cela reste plus impressionnant que boursouflé de prétention. Les quelques apports orchestraux reflètent eux aussi ce petit côté « esbroufe » – on sent que Ryan a envie que sa musique brille des dorures versaillaises dans lesquelles il évolue sans doute au quotidien au sein de son école. Autre petit défaut, le mix est parfois perfectible, et on se retrouve sur « Desecration of Light » avec un solo enseveli à l'arrière-plan, ou avec des orchestrations qui peinent à vraiment trouver leur place sur la 2e moitié du morceau-titre. Et pour charger encore un peu la barque, on pourra regretter une certaine proximité mélodique entre certains morceaux, notamment entre les deux premiers par exemple.

 

Alors non, Savior n'est pas pour moi Ze album de Metal Extreme technique de 2018. Il est cependant très bon dans son genre, et a pour lui d'évoluer dans une niche, du fait de sa proximité avec la scène Death/Black. Et dans le genre, des compos comme le morceau-titre, « Erosive Devotees » ou « Desecration of Light » sont de vraies sources de plaisir. Du coup on ne peut qu'encourager les curieux à se pencher sur ce Sauveur particulièrement flamboyant... Et au final plus convainquant que l'« autre », avec sa couronne d'épines et sa trogne de chien battu, qui en terme de musique n'a jamais réussi à pondre mieux que les solos à l'harmonium que Mlle Molinier place sur « Kyrie Eleison » à la messe du dimanche matin...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: 75% Dissection / 25% Necrophagist. La formule est très réductrice, mais elle permet, en bas de chronique, de donner un bon aperçu de ce qui vous attend sur Savior, savant mélange de blizzard scandinave et de débauche technique de premier de promo au Conservatoire.

photo de Cglaume
le 19/02/2019

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