Unprocessed - Artificial Void

Chronique CD album (58:22)

chronique Unprocessed - Artificial Void

Le Djent aujourd’hui, c’est un peu comme le Metalcore hier ou le Néo avant-hier. C’est devenu un mot limite grossier, servant à filtrer automatiquement les emails entrants afin de les rediriger dans les spams. Comme « enlarge your penis », « retard de paiement » et « félicitation vous avez gagné un iPhone », voilà, c'est ça. C’est qu’on s’est assez vite lassé de ce Metal à riffing quantique dont les tressautements saccadés semblent vouloir écrire des mélodies binaires en braille sur les membranes de nos écouteurs. On aura aimé Textures jusqu’au bout, on continue à apprécier Animals As Leaders, mais pour le reste on a du mal à s’intéresser encore à l’armée des poinçonneurs qui n'ont de cesse de brûler des cierges sur l’autel de St Periphery.

 

Mais tiens, demandons-nous pourquoi donc les créateurs de Dualism et Weightless ont réussi à nous émouvoir tout ce temps alors même que le Metal écrit en morse ne nous met plus Popaul au garde-à-vous. C’est simple: loin de se contenter de faire du trampoline sur une et unique corde en pensant très fort à Meshuggah, ces rares formations proposent une fine et impressionnante dentelle qui va au-delà de la simple prouesse de prestidigitateur (des gens aux doigts rapides, si l’on en croit Madame Étymologie) pour nous parler directement aux glandes à émotions.

 

Et c’est bien de la trempe de ces rares élus que s'avère être Unprocessed. Après avoir commencé à sérieusement affoler les écrans radar lors de la sortie de son 2e album Covenant, les Allemands viennent confirmer les bonnes impressions créées alors avec Artificial Void, un album qui devrait sans mal finir comme LA grosse sortie du genre en 2019.

 

« Ouh là, mais c’est qu’il nous vendrait du rêve lui!! »

 

En effet, et si ça peut vous aider à franchir le pas de la première écoute intriguée, je n’aurai pas perdu ma journée. Mais injectons un peu de concret dans cette chronique en vous apprenant que l’heure que dure ce 3e album est remplie ras la gueule d’un Djent progressif brodé par 3 guitaristes qui ont beaucoup écouté Tosin Abasi, une basse qui sait injecter groove, voire pointes funky là où sinon ça piquerait, un batteur qui a l’élégance de ne pas accaparer trop la lumière, un chant juste et nuancé (loin des Biactoleries de Periphery, donc), et un clavier très présent mais qui ne phagocyte pas ses petits camarades. Et de cette alliance symbiotique naît un album – en partie subventionné par le gouvernement allemand! Ce n’est pas notre Ministère de la Culture qui placerait des euros dans la musique d’Igorrr – qui nous fait un peu le même effet merveilleux mâtiné de surprise que le récent Applause Of A Distant Crowd de Vola – à la sauce "soft Meshugguienne", toutefois.

 

Des preuves? L’album en regorge. Mais le titre « Fear » est sans doute parmi ceux qui permettent de mettre avec le plus d'évidence le doigt sur le génie « riffique » de ces fabuleux jeunots, la séance de guitare Spontex clairement « animalsasleaderophone » qui revient à intervalles réguliers au cours du morceau refilant directement des frissons. Moins abrasif, plus dans l’esprit des généreuses arabesques d’un Protest The Hero, « Prototype » fait également partie des pièces maîtresses, tout comme le morceau-titre qui, au bout de 4 minutes, fera fondre les plus obtus des haters sur un riff à la fois voluptueux et délicieusement croustillant. Caché derrière des rugosités initiales purement Djent, « Antler’s Decay » révèle au bout de 50 secondes un riff strié qui vous laissera moite et particulièrement réceptif au développement plus atmosphérique qui suit – notamment en toute fin, sur cette ample montée vers un nirvana onctueux. Quant à « Down The Spine », s’il est plombé par une minute et demie de longueurs introductives qu’on aimerait zapper, il se révèle vite être une formidable escapade dans une nature pleine de naïades et de cascades majestueuses.

 

Et comme si ces preuves nombreuses de bon goût de suffisaient pas, de peur que l’attention de l’auditeur ne décline Unprocessed parsème ses titres d’éléments « autres », telles des touches World subtiles sur « Artificial Void » et « Abandoned », des pointes de chant féminin, des prétentions ponctuellement cinématographiques (« Down The Spine », « Artificial Void »), des virées plus émo-Electro Metal à la Sybreed (« The Movements, Their Echoes » et ces violons pizzicato qui rappellent le « Lullaby » de The Cure), des incursions dans le monde de l’Electro « pure » (« Closure » et son petit côté The Algorithm de fin de soirée)…

 

Alors en effet, la note n’atteint pas les sommets du dernier Vola. Parce que quelques menus détails font un peu tâche sur cette réussite presque immaculée. Comme les longueurs déjà évoquées du début de « Down The Spine ». Ainsi que celle, plus globale, de l’album, qui aurait pu s’arrêter après la piste 9, les trois derniers morceaux étant sympas (notamment « The Movements, Their Echoes ») mais moins marquants. La faute également à des pauses roudoudou en apesanteur un peu trop chargées en sucre, notamment sur cette fin d’album ci-dessus décriée, mais aussi sur « Fear ».

 

 

M’enfin oublions ces mini-déconvenues pour juger la chose avec la tête parfaitement froide. Et disons le haut et fort: avec Artificial Void, le groupe pouvait difficilement choisir un titre moins descriptif du contenu de l’album qu’il orne. Ni artificiel, ni vide, cette sublime heure de Metal moderne progressif comblera les amateurs de puissance et de sophistication qui aiment ressentir la musique au fond de leurs tripes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: une heure de broderie barbelée extrêmement technique mais aussi accessible que superbe, c’est le menu de ce que vous propose Artificial Void. Situé à la croisée du meilleur de Textures et Animals As Leaders, l’album saura aussi convaincre les amateurs de Vola, Protest the Hero, Sybreed, voire The Algorithm.

 

 

photo de Cglaume
le 25/09/2019

2 COMMENTAIRES

Tookie

Tookie le 25/09/2019 à 11:29:51

Ouep, un super album sur lequel je suis tombé par hasard il y a quelques semaines...et quand je retombe dessus, je ne me pose pas de question : je le relance. Un sympathique découverte !

cglaume

cglaume le 25/09/2019 à 18:28:10

Faut que j'essaie de choper le précédent, qui a l'air fameux également !

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