Vii - X

Vii - "X"
chronique Vii - X

Déjà le dixième album solo pour le rappeur bayonnais VII depuis 2009. Je ne vais pas prétendre que je les ai tous écoutés, mais toujours suivi de loin en loin sa carrière. Il a débuté cette dernière en plaquant des thématiques gore sur ses beats. Depuis quelques sorties, il a laissé de côté cet aspect pour se concentrer sur les lyrics sociales (ce n'est pas la période que je préfère). Il n'a jamais caché sa passion sincère pour le Metal Extrême (du Thrash au Black, écoutez ça et ça pour vous en convaincre), ses paroles pouvaient renvoyer bon nombre de formations dites satanistes ou occultes à leur Lavey pour les Nuls. Sobrement baptisé X par ce passionné de numérologie, ce nouvel opus est annoncé comme le plus ambitieux de tous, ouvrant son cycle de l'anti-monde "Je définis l’anti-monde comme un univers méconnu, qui tient à rester secret et se présente à la fois comme le négatif et comme le double indispensable du monde habituel." Pour cela, il plonge son inspiration dans le littérature SF, Philip K. Dick, Edward Bellamy... pour proposer des lyrics complexes et fouillées.

 

VII prône un bon vieux rap basique, et reste à distance de la scène actuelle, en défendant un style old school affiné par le temps et débarrassé des scories de la mode, pour ne garder que l'essentiel : des instru qui claquent et un flow acerbe. L'auto-tune, le trap et le chopped and screwed avec ses beats faiblards pour lui appartiennent déjà au passé. Au contraire, il nous sert des basses lourdes au service de lignes de piano délicates, avec des arrangements discrets mais travaillés, bien mis en son par une production signée DJ Monark, également auteur des scratches. Comme à son habitude, de nombreux sample de monologues de film ou de série viennent émailler le disque, renforçant le propos.

 

Les paroles sont à la hauteur du concept et des ambitions affichées. VII est un artiste cultivé, qui a beaucoup lu, et autre chose que l'Equipe le matin sur le trône. Les références à la mythologie, à la littérature ou à l'Histoire sont permanentes et lui permettent de jeter sur le monde un regard désabusé, en faisant sienne la maxime « Qui efface le passé, efface le présent. ». Pas une fois, tout au long des douze titres, VII nous balance des rimes faciles, on est plus proche de « la fortune à Donald ». Il aligne les punchlines qui font mouche comme d'autres les tweets narcissiques, et fait passer celles de Booba pour des blagues Carambar.

 

X n'est pas un concept album, au sens strict du terme, chaque titre porte son propre thème ; alors que certains se vantent du luxe dans lequel ils prétendent vivre, ou leur manque de respect vis-à-vis des femmes, VII préfère l'ascension puis la déchéance de Bobby Fischer (« Sorti du crâne de Zeus »), l'anticipation (« Ubik »), les manipulations gouvernementales (« Un homme ça se fabrique »). Les thématiques sont extrêmement sombres et pessimistes, le rappeur nous dépend un monde où la science et l'arrogance de l'être humain conduisent ce dernier à l'auto-destruction. On balance en permanence entre réalisme et métaphysique en questionnant la psyché. La grande force de ce disque, sorti des aspects sus-mentionné, c'est sa construction : chaque titre, pris indépendamment (même si certains sortent clairement du lot) est loin d'être un tube (de toute manière ça sonne creux) et , mais pris dans leur ensemble, ils forment un tout extrêmement cohérent où chaque élément à son importance, comme une équation dont l'inconnue serait le X.

 

Sur « Humania », le choeur céleste des anges se fait entendre pour endormir l'auditeur qui se réveille après un voyage de « cent treize ans, trois mois et quelques heures » avec « Les Années-Lumière », dialogue avec Euphonik, dans lequel les deux rappeurs dressent un constat implacable et sans fard d'une société moderne qui a atteint son point de rupture et qui fonce droit dans le mur de l'abysse.

photo de Xuaterc
le 08/12/2018

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