Viza - The Unorthodox Revival: Volume 2

Chronique Maxi-cd / EP (19:17)

chronique Viza - The Unorthodox Revival: Volume 2

Il est bien sûr tentant de comparer The Unorthodox Revival volumes 1 et 2 à Mezmerize et Hypnotize, la doublette sortie en 2005 par System of a Down. Parce que les uns ont pris les autres sous leur aile à un moment donné de leur carrière, et parce que le rapport double album / double EP en rajoute une couche dans la relation grands frères / petits frères qui existe forcément entre les deux formations. Sauf qu’on vous le disait dans la chronique du volume 1: cette comparaison a de moins en moins lieu d’être. Car, bien que toujours imprégnés de leurs origines gréco-arméniennes, les Viza-men se laissent de plus en plus aller à une mélancolie et des sonorités moyen-orientales ayant plus à voir avec les langueurs d’un Orphaned Land qu’avec les zébulonneries du couple Tankian / Malakian. Et puis la manière de mettre à disposition leurs dernières compos renvoie moins aux usages en cours chez SOAD qu'à la façon de faire d’un Fjokra ou d’un Toehider, formations qui prennent soin de mettre régulièrement à disposition du matériel nouveau – ceci moins pour, en bout de course, avoir un joli objet à proposer à leurs fans, que pour rester en continu connectés à ceux-ci.

 

Car « Pinches », « Sheep », « Diabolic Angel », « Dancing Twig » et « Tom Waits For Her » ont été cette fois encore publiés sur Youtube, mois après mois, de début février à début juin 2018 – « Pathway » étant le seul titre à déroger à la règle, celui-ci n’ayant été mis en ligne que le 9 octobre 2018. Et le niveau qualitatif de cette nouvelle demi-douzaine est dans la lignée de celui des 6 premiers morceaux. D’autant que « Pinches », le premier paragraphe de ce 2nd chapitre, s’impose d’entrée comme un nouveau classique du groupe. Riff voletant follement en haut des dunes, caresses et coups de rein, percus au taquet, équilibre subtile entre Europe de l’Est et péninsule arabique, ce morceau justifie à lui seul tout le bien que l’on pense de Viza. Et si « Sheep » s’avère souffrir du même mal du désert qu’une partie non négligeable du volume 1, le "blues" dont il est alors question reste fidèle à son nom en cela que le morceau est plus coloré du bleu de l’espoir que du noir de la dépression. « Diabolic Angel » ressort quant à lui la guitare acoustique et les ‘tiags de bonhomme afin de rappeler qu’un cœur de rocker bat sous ces habits de bédouin... Mais le cuir reste tanné, et la femme évoquée tatouée au henné.

 

Si le titre « Dancing Twig » pouvait laisser espérer des chevilles agiles et des tambourins excités, il faudrait en fait se contenter d’un Rock sucré et rêveur dont les mélodies roulent paisiblement le long d'un ruisseau de loukoums fondus. Pour se faire piquer la langue et les oreilles avec une petite nawakerie inattendue, il faudra attendre « Tom Waits For Her », qui pourra évoquer Tom Waits, justement, ou – pour dégainer une référence que je maîtrise mieux – Leonard Cohen. Et bien que singulier au premier abord, ce titre s’avère être une bonne surprise, parce qu’on les aime comme ça les Viza: générateurs de points d’interrogation plutôt que de suspension. D'autant que la chose n’est pas faite à moitié, car une fois les deux tiers du morceau passés, le soleil se couche sur une mélopée de flutiau traditionnel pour mieux laisser la place à un accès de Thrash / Death d’autant moins sérieux qu’il est parsemé de « Wouaï, wouaï – Dalalalalala!! » furieusement barrés. Et plutôt que de nous laisser ainsi sur un dernier pied-de-nez, le groupe rassemble ses dernières forces sur un « Pathway » qui pourrait être extrait directement du superbe The Never Ending Way of ORwarriOR tant il conjugue la force, les arômes et la profondeur des morceaux les plus réussis d’Orphaned Land.

 

Cette deuxième moitié de double-EP (comment complexifier inutilement une tournure en 10 leçons) nous semble donc encore plus aboutie que sa sœur jumelle, les sanglots y étant un peu moins nombreux, et l’équilibre plus stable. C’est donc sans surprise que nous renouvelons notre confiance aux Etablissements Viza pour les 4-5 années à venir, en espérant qu’ils n’auront pas besoin d’autant pour nous prouver que cette confiance est bien placée. Par contre vous m’excuserez, mais j’ai un verre d’eau-de-vie de dattes et une sieste à terminer, je m’en retourne donc à mon hamac… « Revival » ça ne veut pas dire « réveil », que je sache!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: complément logique de The Unorthodox Revival: Volume 1, ce  deuxième EP laisse le soleil pénétrer plus loin encore au sein des morceaux, afin d’en extraire par évaporation un trop plein de mélancolie qui plombait un peu le frère jumeau du volume 1. Fort d’un tube (« Pinches ») qui rehausse sa saveur sans ternir le lustre des 5 autres morceaux, cette nouvelle livraison des Américo-gréco-arméniens est une preuve de plus que métissage, soleil et guitares sont définitivement faits pour s’entendre.

photo de Cglaume
le 25/05/2019

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