Whitechapel - The Valley

chronique Whitechapel - The Valley

Vous connaissez le Tennessee ? Aaah, les grands espaces des Appalaches, les sites de la guerre de Sécession, la distillerie Jack Daniel’s de Lynchburg, le poulet épicé cuit au barbecue !  Non, non, vous me dites plutôt berceau de la musique américaine ! Ah ouuuiiiii, le « Chattanooga Choo-Choo » de Glenn Miller, la country de Bristol, l’école de Brownsville fréquentée par Tina Turner, le musée Johnny Cash de Nashville, la maison d’enfance d’Elvis de Memphis. Bien sûr, bien sûr... Et Knoxville, ça vous dit quelque chose, bordel ? Whitechapel, non plus ? Douze ans que ces brutes américaines offrent à notre belle planète un Deathcore décomplexé, porté par la voix surpuissante de leur leader, Phil Bozeman. Fin mars 2019, sort leur 7e album The Valley chez Metal Blade Records. Il fait suite à deux grosses sorties (je mets volontairement de côté leur album live de 2015 The Brotherhood of the Blade), à savoir Our Endless War en 2014 et Mark of the Blade en 2016, non chroniqués sur notre site, auxquels je n’aurais d’ailleurs pas hésité à mettre des bons 8/8,25 sur 10. Les membres du groupe ont pourtant affirmé de pas avoir fourni « leur meilleur travail » jusque-là, soit un discours classique, convenu, presque obligatoire à l’occasion de la sortie prochaine d’un album…

 

En fait, je dois absolument faire référence dans ma chro à leurs 5e et 6e albums, tant les changements proposés par le groupe dans leurs nouvelles compositions sont réels. Le line-up est pourtant stable depuis une grosse bonne décennie, à l’exception de leur batteur Ben Harclerode, parti en 2017 et remplacé sur les tournées par Ernie Inigruez (il s’était fait remarquer sur la toile pour ces covers du groupe, cool !). Mais ce n’est pas lui qui a participé à Nashville à l’enregistrement studio, mais Navene Koperweis, l’ancien d’Animals As Leaders et d’Animosity, actuellement avec Entheos. En cinq jours, le travail a été bouclé (mais, non bâclé) ! Continuité également avec la prod, puisque Mark Lewis, qui collabore déjà avec Cannibal Corpse, Devildriver et The Black Dahlia Murder, a travaillé avec le groupe sur les trois derniers albums. Et, à ce niveau-là, le résultat final est propre et précis. Les changements, pour ne pas dire la rupture, sont donc ailleurs…

 

Tout semble être parti de la volonté du chanteur d’imprégner le thème global et les paroles de l’album d’« événements réels », spécialement ceux rencontrés par lui dans sa jeunesse, au sein d’une famille à première vue bien triturée sur les bords (Mouais n°1). Le titre même est une référence à la Hardin Valley, située à l’ouest de Knoxville, où Phil Bozeman a grandi. Cela l’a amené à dégager de son travail de création une « mélancolie » et une « émotion » qui auraient impacté par ricochet les compositions musicales en injectant dans le mix final une dose plus forte de pauses et surtout de chant clair. De leur côté, les autres membres de la team, se présentant eux-mêmes comme plus « stables » et plus « apaisés », auraient accepté volontiers les choix de leur leader (Mouais n° 2, assorti d’un Bof n°1).

 

Très inquiet, j’entame l’écoute attentive des dix morceaux (40 mn au total). Les inquiétudes ont-elles été levées ? Oui, mais partiellement. Ils sont malins les bougres, car The Valley débute par le morceau qui représente à mon avis le mieux les novations musicales de Whitechapel : une brève entame bien tendre rappelant celle de « Brotherhood » (album de 2016), déchirée par la brutalité des riffs et suivie à la minute d’une combinaison répétée hurlements/chant clair qui donne une réelle profondeur. Mais cette association vocale avait déjà été placée en 2016 avec « Bring Me Home ». « When A Demon Defiles A Witch » est surtout découpé en son sein par un long segment avec un chant clair unique, complètement absent de l’album 2014 et saupoudré dans le suivant avec ce même « Bring Me Home ». Il n’est pas très original, au regard de ce qu’ont fait avant lui feu Chester Bennington et Corey Taylor, mais l’émotion mêlée de noirceur passe bel et bien. Les deux suivants, de même d’ailleurs que « Lovelace » placé plus à la fin de la tracklist (mon préféré), me rassurent ; ils sont excellents. Une bonne claque, permise par la performance sans défaut de Navene Koperweis et le trio de guitares formé d’Alex Wade et son goût immodéré pour le hardcore, de Ben Savage et son death metal violent agrémenté de note djent (note malheureusement bien plus présente dans les deux précédentes biscottes) et de Zach Householder avec ses allers-retours très Black (« Forgiveness Is Weakness »). « Brimstone » offre plus de trois minutes de brise-nuque en règle, dont le tempo augure de performances live mémorables. La voix impeccable de Phil B., délicieusement gutturale et ultra-agressive, vient s’interrompre sur « Hickory Creek », où il apporte (impose ?) la principale originalité de The Valley : le premier morceau 100% clean du groupe. Je ne sais pas si l’objectif est d’attirer de nouveaux fans, mais, dans tous les cas, ce n’est guère convaincant (Bof n°2). En comparaison, les balades de « Third Depth », arrondies par la basse de Gabe Crisp, prennent un peu plus d’épaisseur, dès lors qu’elles sont brutalement interrompues par les déchirures qu’offrent le chant, la batterie et les guitares. « Black Bear » assume quant à lui un côté heavy-groove accrocheur, déjà très présent dans leurs deux derniers disques, avec des parties très NU-Metal certes peu originales, mais super-rythmées par des lignes de basse cycliques. « We Are One » et « The Other Side » proposent l’un comme l’autre un schéma assez similaire : un deathcore classique, mais massif, à la sauce Meshuggah (surtout pour le premier), porté par des variations constantes et des déferlantes à la double bien pensées, traversé par un solo très Death et achevé par des secondes dévastatrices. « Doom Woods » clôt l’ensemble avec les meilleures décélérations de l’album qui créent une atmosphère pesante, pleine de morosité et de noirceur.

 

Une question s’impose ici : comment les fans de la première heure de Whitechapel – dont, à dire vrai, je ne fais pas partie –, comment les adeptes du « premier son », d’une lourdeur inouïe et d’une rythmique implacable, vont-ils réagir ? Je l’ignore. En explorant avec The Valley de nouveaux territoires sonores, le groupe ne s’est pas forcément perdu, mis à part pour un « Hickory Creek » complètement dispensable. Certains leur reprocheront sans doute une forme d'indécision. De mon point de vue, il gagne certainement en mélodie, en émotion, en « légèreté » mélancolique, mais il perd peut-être dans le même temps en intensité, en agressivité, en violence. Pour ceux qui, à l’écoute de cet album, seront convaincus que Whitechapel a su construire au contraire une sorte de deathcore mélodique (joli oxymore), ils n’auront plus qu’à rajouter quelques dixièmes à la note proposée, de façon à ce que cet opus dépasse ses prédécesseurs. Mais ce pas, perso, je ne le franchirai pas…

photo de Seisachtheion
le 25/03/2019

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