Ze Gran Zeft - Gorilla Death Club

Chronique CD album (47:23)

chronique Ze Gran Zeft - Gorilla Death Club

Si l'on s’en tient au discours officiel, les influences revendiquées par Ze Gran Zeft se résument principalement à ** prend une grande inspiration ** Nirvana, The Beastie Boys, Meshuggah, Daft Punk, Prince, Thunderdome, Rage Against The Machine, Cypress Hill, Busta Rhymes, Shabba Ranks, Periphery, Serge Gainsbourg et Zapp ** souffle... **. Une belle brochette déjà, en l’état, où l'éclectisme est le maître-mot. Pourtant il semble bien qu’il y ait un grand absent dans cette liste: Brassens, dont l’héritage semble pourtant peser lourd dans la direction artistique prise par les Toulonnais. Parce que le titre de l’album vient évidemment du célèbre « Gare aux Gorilles », que le port de Toulon est caressé par le même soleil que la plage de Sète, et qu’en matière de pornographie, s’ils sont plus enceinte Bluetooth que phonographe, nos trois larrons y trempent leur flow aussi goulûment que ce bon vieux Georges sa moustache.

 

... Non? Ça soupire dans le fond? Alors comme ça on n’a plus le droit de se lancer dans de grandes théories fumeuses sans que ça ricane?

 

Bon, en effet: pas beaucoup de guitare à papa (mais de la pipe, peut-être, quand même?) dans les 12 compos de ce premier album qui aura attendu 3 EP, une mix-tape et 7 ans avant de voir le jour. Mais en entendant Mr Gainsbarre ânonner sur le superbe « The Break », on se dit que l’idée pourrait ne pas être si farfelue que ça. Après tout, au-delà de son aptitude à écrire des hits irrésistibles, ce qui fait le sex-appeal de Ze Gran Zeft ce sont aussi ces décalages et autres incartades inattendues. Mais ne digressons pas si tôt dans la chronique, et rappelons le contexte: après un très bon EP de Fusion Rap / Ragga Metal sorti sous le nom de Ol’Dirty en 2011, le trio toulonnais adopte le blaze Ze Gran Zeft pour glisser son méchant phrasé Hip-Hop dans un Metal plus Electro, plus synthétique, plus Move-Your-Ass. Et le lapin de se faire littéralement défoncer par l’excellence de Watch The Crown, leur première sortie sous ce nouveau nom. Sauf que cette découverte est tardive, et il s’avère qu’en mars de l'année en cours (2019, donc) sort Gorilla Death Club, le premier album officiel des zigotos. Ni une ni deux: hop, prise de raccourci, zappage temporaire des autres sorties intermédiaires, et attaque du monument par sa face nord.

 

Premier contact: ah les salauds, ils continuent leur mutation pour être de plus en plus radio-friendly – et là on ne parle pas de Ouï FM ou du RTL2 de Zégut, mais bien plutôt de Skyrock ou de Fun Radio, rhaaaaaa. Et vas-y que ça balance des chœurs féminins, et vas-y que ça se colle la main sur le cœur limpbizkitien en mode luv-song-for-bad-boy, et vas-y que c’est formaté pour se caler pile-poil entre le dernier tube chaîne-en-or-qui-brille du moment et un clip de remuage de boule façon Latino RnBoobz…

 

... Désolé les gars, mais ce coup-ci je vais devoir vous fumer dans une chro à l’acide!

 

Sauf que, au fur et à mesure des écoutes et de l’ouverture de mes chakras au poppers, il fallut se rendre à l’évidence: bordel mais il n’y a que du tube sur cette rogntudju de galette!! Car si l’on n’est pas complètement hermétique à la zique qui fait transpirer les arpenteurs de dance floors – pensez à Mindless Self Indulgence, mais aussi à Punish Yourself, Skindred, ou Pain (qui aurait quasi pu pondre « La Sprezzatura ») – si l’on aime non seulement prendre son pied avec le casque sur les oreilles, mais également guincher jusqu'au bout de la nuit, on découvre vite à quel point le groupe risque de réussir son pari: convaincre plus seulement dans les mags – qui ne sont plus lus – ou sur les radios – qui ne diffusent que de la daube –, mais plutôt via la diffusion dans les clubs. Parce que nom de nom, s’ils réussissent à trouver le chemin des platines les plus renommées, ces petits gars vont faire un malheur!

 

Bref, après avoir abandonné ses tatouages « core » en même temps que son ancienne peau Ol’Dirty, le groupe a continué sa mue pour transformer sa froide dimension Electro / Indus des débuts en une montagne de sueur et d’hormones à même de foutre le feu aux soirées Fait-Chaud-Pécho-On-Da-Floor. Et armé du son énorme concocté par le quasi 4e membre du groupe Kallaghan dans son studio californien, Ze Gran Zeft balance les missiles comme un Kim Jong-Un en manque de bisous. Bam, « Gorilla » voit les Beasty Boys déterrer la hache de guerre sous un tapis de bombes – et le groupe ressortir plus explicitement son humour décalé. « Bitch in a Box » met un premier pied sur la bande FM et génère les premières grimaces chez les nouveaux arrivants – tout en se révélant complètement incontournable. Ce mouvement se prolonge sur « Kanye » et son gros son buzzy fluo. Et cette incroyable dynamique continue ainsi au sommet pendant 3 quarts d’heure, avec parmi les pics remarquables qui ne peuvent raisonnablement être passés sous silence 1) « I Just Want You », à la basse vrombissante, la rythmique énorme et l’accroche insolente 2) « Glassboy », tuerie parmi les tueries, s’il ne devait en rester qu’un ce serait lui 3) « French.Slang.Supremacy », grosse râperie tout d’abord insupportable pour le métalleux de base, mais qui devient vite inzappable 4) « The Break », dont le refrain tombé du ciel nous transforme vite en chamallow fondu… Et comme il faut bien arrêter un jour on va finir ici cette liste.

 

Non, je n’ai été ni hypnotisé contre mon gré, ni payé pour écrire ce papier. D’ailleurs je vous le prouve en avouant que le dernier quart de la galette, s’il est vraiment très bon, est quand même un peu en-dessous du reste sur mon coupdecoeuraumètre perso. Mais de peu.

 

Mais stoppons-là la sécrétion salivaire et le tâchage de slip: vous assumez d’aimer le gros son, les gros lights qui clignotent, les gros flow Hip-Hop à l’américaine et les grosses basses qui font se déhancher, tout en adorant vous faire retourner la trogne par de grosses guitares qui cognent? Alors achetez Gorilla Death Club IM-MÉ-DIA-TE-MENT!

 

 

Mise au point, parce-que bon: oui, c’est bien le même chroniqueur qui descendait le premier album de Fever 333, album dont la description sur le papier pourrait sembler proche de celle de Gorilla Death Club. Sauf qu’à Toulon il souffle une puissante tornade de Fusion festive, punchy et spontanée qui pousse l’auditeur à s’éclater sans retenue, tandis qu’en Californie ça sonne hyper calibré, synthétique, faux, et ça prêche la révolution avec un sérieux uniquement crédible dans les cours de récréation. Le talent et l’attitude: voilà 2 points sur lesquels les 2 formations sont diamétralement opposées. Et ça fait toute la différence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: du gros Rap Metal qui tâche la blouse. Des gros beats et de grosses boucles qui défoncent le dance floor. Et des tubes, des tubes, des tubes. Ce premier album réussit à être encore meilleur que l’excellent Watch The Crown! Préparez-vous à danser la Gorilla Dance de votre vie!

 

photo de Cglaume
le 19/11/2019

3 COMMENTAIRES

nipalvek

nipalvek le 28/11/2019 à 18:24:35

J'en ai ras le cul de de de de... ton comportement de gamin,faut pas déconner merde...donc tu décroches!

cglaume

cglaume le 29/11/2019 à 12:14:41

Ha ha !
L'explication du pourquoi de ce sample dans l'interview à venir ;)

nipalvek

nipalvek le 29/11/2019 à 14:37:53

Cool!!! l'art de savoir tenir en haleine ses lecteurs! chapeau bas ;)

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