Zëro - Diesel Dead Machine

Chronique CD album (37.52)

chronique Zëro - Diesel Dead Machine
Après un Joke Box déjà à part, qui marquait l'orientation délibérément "non-routinière" d'Eric Aldéa et ses collègues et constituait un premier jet plus que réussi, le groupe confirmant de plus sa valeur sur scène avec brio, Zëro remet le couvert, et oeuvre dans la continuité de son premier effort tout en haussant légèrement le rythme, et en affichant, une fois encore, cette inventivité, et cette dextérité dans l'assemblage sonore, qui font la décision.
Nous sommes ici chez les ex-Bästard, ne l'oublions pas, et Zëro, s'il pratique une noise ayant le mérite de rappeler certains grands moments des auteurs de plusieurs oeuvres majeures, a su la faire évoluer et l'étoffer d'éléments constamment attractifs et inédits. Dans le même temps, il l'a faite moins "opaque", un peu plus "lumineuse", tout en en reprenant à l'occasion, de façon juste et efficiente à souhait, les motifs les plus bruitistes, alliés pour le coup à une trame au sein de laquelle les claviers prennent une place prépondérante et brodent des canevas sonores passionnants ("Cheeeese").

Ce savoir-faire fait de Zëro un nouvel incontournable, une place forte de notre scène, et de cet album, donc, une production du même statut, ce dont on se rend compte dès les premières secondes de ce "Bobby Fischer" étourdissant qui ouvre le bal. A la fois tendu et aéré, porté par la voix caractéristique d'Aldea, presque narrative, ce morceau époustouflant donne le ton et offre un compromis parfait entre sons délicats et atmosphère plus agitée. Il en sera de même sur les neuf titres suivants, Zëro parvenant à rester au top à chaque seconde de son opus, à commencer par "Load Out", second titre plus compact et tout aussi attrayant que le premier, qui nous ramène à l'époque du superbe premier album éponyme de Bästard, ou encore ce "Dreamland Circus Sideshow" étoffé par ces boucles dont le quatuor a le secret, saccadé, parfaitement en place en dépit de l'attitude ouvertement free de Laurino and Co. Ceux-ci ont le don de créer des climats saisissants, changeants, qui contribuent grandement à la...grandeur, justement, de cet opus amené à faire date dans la scène hexagonale, au minimum. Et des ambiances proches de celles du Sonic Youth première période, entre autres sur ce même morceau, apportent leur pierre à l'édifice.
Sur "Pigeon Jelly", mon petit préféré (terme inadapté dans le sens où c'est ici l'album en entier qui captive), le groupe amorce une accélération de façon insidieuse et progressive, pour ensuite lâcher les rênes et offrir une grosse minute débridée complètement jouissive, dotée de ce maelström sonore bluffant. Puis "Enough...Never Enough" réinstaure une atmosphère plus hachée, bien qu'entrainante, alternant temps forts d'un point de vue rythmique et accalmies superbes, le tout sous le couvert de claviers ingénieux et de guitares éparses mais nerveuses et déterminantes.

Suite à cela, "The Opening" déboule sous l'impulsion de ces "keyboards" aux boucles prenantes, appuyés par ces six-cordes énormes, et nous balance un instrumental noise-math aussi fin que brut, majestueux. On pense en certaines occasions à des groupes comme Marvin ou Electric Electric, la fièvre créatrice de ces deux-là constituant un bon exemple de ce qui anime ici Eric et ses trois comparses, qui sur "Cheeeese" nous refilent un instrumental vivace et agité, lequel prend fin sur une note apaisée et enterre toute forme de concurrence possible, si ce n'est chez les groupes cités plus haut.
Arrive ensuite "The Cage", remuant et urgent, boosté par la batterie de Franck, cette enveloppe de sons géniaux et la voix d'Eric, immédiatement reconnaissable par tout amateur averti de cette scène noise à laquelle ce genre d'album va forcément faire un bien fou. Puis "Sick To The Bone", sur lequel mister Aldea se met à chanter à la façon de...Armand Gonzales, ex-Sloy et actuel 69 (duquel Zëro pourrait très bien être rapproché en termes d'attitude et de démarche). Saccadé, porteur de cet habillage musical propre au groupe, ce titre est une merveille, et entérine de façon définitive le côté précieux et incontournable de l'opus en présence.
Enfin, "Viandox", instrumental...mental et psyché, intense et immense, donne le coup de grâce à un auditeur conquis, en même temps qu'il met fin à un Diesel Dead Machine qui, justement et contrairement à ce qu'exprime son titre, ne fonctionne pas comme un diesel, séduisant de façon immédiate et définitive, mais aussi, et surtout, durable. Superbe album.
photo de Refuse to keep silent
le 16/12/2009

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