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Les Reports Nova Twins + Fai Baba / Ubu - RENNES (35) / 06/10/2017 (Report)

Nova Twins + Fai Baba, le 06/10/2017, lieu : Ubu - RENNES (35) - report du concert | COREandCO

Les Reports Nova Twins
Nova Twins

Les Reports Fai Baba
Fai Baba

Normands et Bretons, ça n'est pas censé faire bon ménage. Ce qui est absolument faux puisqu'on ne va pas dire que j'ai été mal accueillie au sein des terres rennaises en ce 6 octobre où je me suis rendue pour un concert dans cette petite salle sympathique, même si étrangement achalandée en terme de fosse, qu'est l'Ubu. Programme de la soirée : de la fusion à l'énergie furieusement punk/rock avec une nouvelle sensation anglaise nommée Nova Twins qui se targue de tourner pas mal alors que les deux donzelles instigatrices du projet n'ont même pas encore sorti un premier vrai album long format, se contentant de deux EPs dans leurs besaces. Popularité sans doute prématurée diront certains. Petite découverte pour moi, encore fragilisée dans un registre plus violent mais pas si différent par la déception Prophets Of Rage, et envieuse de découvrir une chair fraîche alternative qui peut potentiellement se montrer moins fainéante que le come-back de Tom Morello et sa bande. Bon, je l'avoue, juste en terme de tournées, la jeunesse se montre plus courageuse car j'aurais très bien pu les voir à quelques kilomètres de chez moi lors d'une date ultérieure.

 

Si déplacement jusqu'en territoire breton il y a, c'est avant tout pour sa première partie, les Suisses de Fai Baba, que l'on ne retrouvera pas dans la date bas-normande. Et franchement, aller à un concert à presque 200 bornes avec comme principale motivation le groupe d'ouverture, c'est assez rare pour être souligné. Je les avais découvert cet été lors du festival Beauregard totalement par hasard, étant à la base allé à cet événement manquant cruellement d'ambiance et blindée de bobos à tout va – même si l'affiche éclectique n'est pas forcément des plus dégueulasses en règle générale – pour la venue des freaks sud-africains de Die Antwoord. Mais quitte à avoir payer pour une journée complète, autant jeter un œil à l'ensemble des concerts et parmi les claques, Fai Baba s'est posé là. Leur blues rock typé 70's psychédélique et assez avant-gardiste a été un véritable coup de cœur que je me devais de confirmer avec une prestation plus longue en complément du show tronqué qu'ils ont dû faire en plein air, contexte festival oblige.

 

C'est d'ailleurs par eux qu'on commence sans transition, avec un quart d'heure de retard par rapport au programme initial. Que les Suisses ont su compenser en terminant sa prestation une demi-heure après l'horaire prévu. On a donc droit à un généreux bonus d'un quart d'heure, hissant Fai Baba, non plus en simple première partie, mais presque en co-tête d'affiche à part entière. Ce qui est toujours appréciable à une époque où les prestations tendent à devenir de plus en plus courtes par rapport aux durées moyennes affichées lors des précédentes décennies. C'est, une fois n'est pas coutume, placée judicieusement au pied de la scène et du batteur sur le côté à l'instar de Mantra à Nantes à peine un mois avant que j'aborde le show. Si se retrouver juste à côté de son charlet peut laisser présager un bien mauvais rendu sonore global pour mes oreilles, il n'en est pourtant rien. Le plus audiophile avide de perfection acoustique criera sans doute au scandale, il faut néanmoins reconnaître que, vu le registre véritablement planant du quatuor, ce placement occasionne un ajout de vibrations fort bienvenues. Alors, certes, ce n'est pas avec Fai Baba qu'il faudra chercher une agressivité sludgienne, le blues languissant prédominant clairement l'aspect rock, il n'empêche qu'on se laisse très aisément happer par la spirale. Ressentir un état de transe véritablement enivrante, telle une prise de LSD, voilà tout ce que transmettent les Suisses, uniquement au travers de leur musique – car non, je n'ai pas pris part à une quelconque distribution de buvards au préalable. Un véritable retour dans la machine à remonter le temps également tant l'esprit rock de Woodstock règne. Un état d'autant plus intensifié par la configuration salle par rapport à la prestation en extérieur et en plein jour à laquelle j'avais assisté cet été, moins propice au caractère intimiste que provoque l'enfermement dans la quasi-obscurité. Mais ce qui impressionne le plus, cela reste sans doute cet incroyable fourmillement d'influences parfaitement digérées que distille Fai Baba tout en conservant une ligne directrice cohérente. De la pop au jazz, en passant par des rythmiques latino que n'auraient pas dénigrer des danseurs de salsa à jouer de leurs talons, tout en conservant cette même approche hippie 70's blindée d'effets et autres artifices sonores ajoutant énormément de strates et de relief, le combo arrive même à se montrer très cinématographique dans l'esprit avec un côté Ennio Morricone du plus bel effet. On en vient même à se dire que si Rob Zombie posait la main sur leurs disques, il pourrait aisément réaliser un film trippant en utilisant leur répertoire en BO. Bref, une claque d'autant plus confirmée durant environ 1h15 de show qui file à vive allure, provoqué en partie par des compositions aux durées étirées donnant l'illusion d'avoir eu le droit à peu de morceaux et bien entendu, par cet état de transe quasi-chimique, à supposer qu'on soit sensible au psychédélisme.

 

Étant donné qu'une partie de la scène de la tête d'affiche était déjà présent et montée au fond alors que Fai Baba jouait au plus près des retours, le changement de plateau s'est opéré très rapidement. Ce qui ne fait que renforcer la sensation de passer du coq à l'âne. Au moins a-t-on au moins eu le temps de faire passer le côté cotonneux de l'esprit à grand renfort de bière/clope ainsi que le reste de verre de piquette rouge – Villageoise peut-être ? – que le batteur nous a gentiment proposé avant de repartir dans les loges, c'est déjà ça. Nova Twins rentre en scène, tambour battant. Changement de registre radical. Plus doux qu'un Rage Against The Machine – et par conséquent Prophets Of Rage j'ai eu tôt fait d'être rassurée : si ces derniers sont bons pour la maison de retraite en terme de rage plus marshmallow qu'autre chose, on ne peut pas en dire de même du duo anglais qui a du mordant à revendre. Et ce, même si les nanas ne sont pas metal pour deux sous. Là encore, c'est une remontée dans le temps, au cours des 90's, où c'est comme retrouver l'esprit Hole – une époque où Courtney Love pouvait justifier d'une popularité pas trop déméritée – et tout particulièrement Manhole. Il faut dire que le timbre de voix se rapproche beaucoup du registre rappé de Tairrie B (My Ruin / ex-Manhole / ex-Tura Satana). D'où le fait qu'on pourrait grossièrement dire que c'est un peu comme retrouver une sorte de RATM féminin où la base metal est remplacée par une énergie plus punk rock. Mais tout de même hyper fusion dans l'approche car énormément focalisée sur la basse, le groove se montrant par conséquent au centre de l'attention. C'est d'ailleurs un peu ce qui fait le charme du répertoire des deux tigresses tant la guitare n'occupe finalement pas une place si importante, ne se contentant que d'un simple support rythmique dont la saturation intensifie l'agressivité et lui apporte toute la pêche punk rock. Nova Twins privilégie un côté drum'n bass groovy et parfois trafiqué jusqu'à un rendu plus électronique tout en conservant son aspect organique dont la part la plus punk/vénère provient surtout de l'énergie investie par ses génitrices dans son interprétation. Car finalement, et les médias y sont certainement pour beaucoup dans ce faux-semblant, il n'y a pas réellement de fougue contestataire hargneuse chez Nova Twins, il s'agit davantage d'une dynamique et un état d'esprit street à mi-chemin entre hip-hop et punk. Et de dynamisme, la bassiste et la gratteuse/chanteuse n'en manquent pas, de même que leurs musiciens de tournée, tant tout ce beau monde se donne et bouge. Le public également d'ailleurs. Alors, certes, on ne cachera qu'il est prématuré de juger tout le talent potentiel présent chez Nova Twins tant ce n'est pas qu'avec deux EPs qu'on pourra vraiment le faire, malgré tout ce que les médias s'emballent en parlant de « nouvelle sensation londonienne ». Mais voilà un concert qui a montré un bel espoir quant à ça tant les nanas gèrent malgré leur jeune âge et savent développer un registre intéressant, aussi temporellement rétrograde car très emprunte d'esprit 90's (voire toute fin de la décennie précédente) mais pas si planplan vu que Nova Twins se focalise sur des aspects assez inhabituels dans le registre rock/fusion.

 

Une très bonne soirée musicale dont le délire radicalement différent des deux groupes de l'affiche n'a pas obscurci, un bon début puisqu'il reste encore à s'en aller hanter les bars rennais en quête de fête. Après tout, ça ne manque pas en Bretagne. Mais avant de partir, le hasard a fait que je me suis retrouvée avec un joli autographe de la bassiste de Nova Twins, tout sourire et sympathie simple dehors, sans même le chercher. C'est que les médias musicaux plus généralistes en font peut-être des tonnes à leur encontre mais ce n'est en tout cas pas pour ça que les nanas en ont pris la grosse tête...

photo de Margoth
le 27/10/2017

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