Cattle Decapitation - Death Atlas

Chronique CD album (55:08)

chronique Cattle Decapitation - Death Atlas

Notre bonne vieille terre va mal, très mal et c'est de notre faute. De ce triste constat, on ne peut qu'espérer que le tribunal sera assez grand pour accueillir les 7 milliards de quidam qui seront sur le banc des accusés.

Et si vous doutez de la culpabilité de l'humanité, vous reconnaîtrez au moins que cette dernière se questionne beaucoup ces derniers temps quant à l'état de notre belle planète bleue qui est de moins en moins belle et de moins en moins bleue, n'en déplaise aux septiques.

Comme cette thématique ramène entre autres de l'audience, des bulletins de votes et du clic, tout le monde en profite et y va de ses analyses, de ses programmes ou de ses articles. Partis politiques, experts sur les plateaux de télévision, associations végan-écolo-vélo-boulot-dodo-bobo, pour beaucoup, le réveil est brutal, tardif mais bel et bien actif. Dans cette prise de conscience, il y a les arrivistes fallacieux, les récupérateurs démagogiques nés de la dernière pluie (acide) qui en profitent mettre du beurre aux antibiotiques dans leurs épinards OGM et il y a les désintéressés, les urgentistes éclairés de la situation qui n'ont d'autre dessein que celui d'alerter leurs paires au moins et la population au mieux.

Parmi ceux-là, je n'en respecte que deux: Jean-Marc Jancovici, pédagogue génial, expert non-auto proclamé, hué à tort par les anti-nucléaires, vulgarisateur respecté de ses paires, grand manitou de la règle de trois et de l'impartialité factuelle d'un argumentaire scientifique étayé et...Cattle Decapitation.

Il n'y a qu'une chronique de Cattle Decapitation sur CoreAndCo et sans attaquer le travail de mon confrère, je regrette que le groupe de San Diego n'ait été réduit qu'à son statut de groupe de "vegan grind".

Tout d'abord, remettons un peu de vérité dans cette légende. Des 5 membres, seuls Travis Ryan (chant) et Josh Elmore (guitare) sont végétariens. En revanche, ce qui est tout à fait vrai, c'est que les thématiques abordées abondent clairement dans le sens de cette mouvance de plus en plus à la mode que sont le véganisme et les comportements relevant de l'anti-spécisme.

Mais Cattle Decapitation, c'est tellement plus que ça. A la base, très ancré dans le grind, plus ou moins digestible, le groupe a donné au fil de ses albums une dimension beaucoup plus large à sa musique. Pas du grind, pas du death, pas du technical death, pas du black-metal, Cattle Decapitation produit aujourd'hui une parfaite symbiose de ces sous-genres pour créer un style unique. Mais là où certains groupes construisent leur style autour de lignes floues, Cattle Decapitation en trace les frontières à gros coups de pioche.

Et sous des agrégats d'une terre polluée et toxique, le dernier de ces coups de pioche a révélé une pépite: Death Atlas et sa musique à l'image de la violente empreinte de l'homme sur son environnement. Une musique qui fait résonner l'inéluctabilité de la situation, de notre situation, la bande originale parfaite d'un fatalisme exacerbé, la mélodie du jugement immuable d'une humanité qui se prélasse dans son déclin, la seule ressource qu'elle aura su préservée.

 

Accompagnant ce message fort et porté par des textes inspirés invitant chacun à la réflexion, la musique est intense, violente comme la prise de conscience qu'elle veut susciter, elle se fait l'alarme de la réalité qui nous entoure, qui n'en peut plus, pour qui n'en veut plus. Il y résonne l'égoïsme humain, le gâchis de notre espèce qui se veut unique dans le bon mais ne l'est que dans le mauvais.

 

Instrumentalement, l'album est d'une richesse impressionnante. Il regorge de riffs intelligents, dissonants, sévères, tartinés à coup de double croches, d'une efficacité inattaquable, sans chichis. Les accentuations thrash se mêlent aux approches death et invitent dans leurs danses rapides des passages black. Mais Josh est capable d'écrire des passages plus fins comme d'antinomiques temps de repos pour l'auditeur dans lesquels s'embrassent calme et puissance, s'entremêlent beauté et noirceur au gré d'atonales fresques harmoniques.

"Time's Cruel Curtain" et son envolée finale, "The Geocide" et son refrain. Les morceaux se font scènes d'un théâtre où les émotions nous trompent dans une représentation parfaite. Que dire de "One Day Closer To The End Of The World", crépuscule musical de l'humanité, lyrique sans grandiloquence, vivant sans sur-jeu, à l'intensité palpable et intouchable.

Dave McGraw a aussi mis beaucoup de finesse dans son jeu de batterie et sans jamais tomber dans la facilité du groove fédérateur ni dans la surenchère, il est le parfait métronome de la misanthropie exacerbée d'un groupe qui ne véhicule pas un message mais assène la prophétie démontrée de notre perte à venir.

Mais Cattle Decapitation, c'est surtout Travis Ryan et son chant unique, indescriptible, insaisissable. Inécoutable pour certains, magnifique de technicités et d'émotions pour d'autres, personne ne contredira la polyvalence avec laquelle il aborde ici les morceaux. Alternant les timbres, les approches, les harmonies (en superposant par exemple growl et chant aigu à la manière d'un Glen Benton), la particularité et la puissance artistique de Ryan réside dans son approche des voix claires, sorte de raillerie érayée qu'il vous jette comme une moquerie insidieuse mais que vous écouterez attentivement en vous délectant.

Et comme un exemple vaut mieux qu'une explication écrite, quelques mots de l'intéressé à propos de sa façon d'aborder les chants clairs:

 

 

Au delà de ces considérations techniques sur les voix de Ryan, ses capacités et son travail finissent de ciseler des sculptures instrumentales déjà très bien dessinées, il en affine les angles, en émousse les arrêtes et donne à l'ensemble un relief duquel découle une puissance et une émotion qui vous prennent, vous enveloppent.

 

Enfin, côté son, c'est d'une propreté chirugicale. Mixé au Flatline Audio Studio, par Dave Orero, le travail sur les guitares est fantastique, la saturation est cristalline et précise à souhait, la batterie parfaitement placée dans le mix malgré un son un peu trop triggué à mon avis. La basse en revanche est un peu trop en retrait, comme souvent mais le travail sur les guitares et les voix fait vite oublier ça.

A noter la présence malheureusement bien trop discrète de Laure Le Prunenec (Igorrr, Corpo-Mente, Öxxö Xööx, Rïcïnn) dans l'éponyme et dernier titre de l'album. J'ai eu beaucoup de mal à trouver des informations sur le déroulement de leur collaboration mais vu l'annonce, on aurait imaginé...mieux. Idem pour les autres invités: Riccardo Conforti (Void of Silence, Dis Pater (Midnight Odyssey) et Jon Fishman (Phish).

 

On pourrait s'étonner des pistes comme "The Great Dying" ou "The Unereasble Past" sorte d'interludes musicaux ambiant, superposant nappes bourdonnantes déshumanisées et spoken-word robotisé. Surprenant, a priori hors propos musicalement mais finalement ces passages sont bienvenus et permettent à l'auditeur de respirer.

 

Car si Cattle Decapitation est réputé pour ses albums denses, Death Atlas ne fait pas exception mais se fait beaucoup moins indigeste, plus intuitif, plus facile à approcher et ce malgré ses 55 minutes.

 

Plus qu'un album, c'est l'aboutissement de 23 ans de carrière de 5 artisans du death/grind qui arrivent à transcender le style, leur style, dans une parfaite production qui sera sans aucun doute mon album de l'année 2019.

 

On aime: Travis Ryan, Josh Elmore, le message, les morceaux épiques, la puissance, l'émotion

On n'aime pas: les invités un peu pétard mouillé

photo de 8oris
le 26/11/2019

8 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 26/11/2019 à 11:18:59

Oh la jolie déclaration d’amour !

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 27/11/2019 à 16:06:51

Parfaitement convaincu par ta chro mais moins convaincu par l'extrait à cause de la prod un peu too much. Bouarf, verrai en écoutant l'album...

Gu-Ru

Gu-Ru le 28/11/2019 à 09:01:20

Je suis d'accord à 100% avec ta chro !
J'ai pu l'écouter avant sa sortie, et il tourne en boucle depuis 2 jours !!!
Un album tout simplement magnifique !!!
Vivement que je le prenne en vinyle !

Seisachtheion

Seisachtheion le 29/11/2019 à 16:41:23

Impressionnant en effet! Quelle prod' (un poil too much) ! Quel nuancier dans les riffs et la voix !

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 01/12/2019 à 11:35:13

Au final, je ne sais pas trop quoi en penser. Déjà sa longueur est très rédhibitoire perso. Y'a bcp de bonnes choses en effet mais le chant "railleur" a tendance à me gonfler dès la moitié de l'album. Quoiqu'il en soit, il ne laisse pas indifférent.

sepulturastaman

sepulturastaman le 02/12/2019 à 12:30:53

Sur-estimé & sur-côté !
D'un côté un groupe qui évolue c'est cool, puis de l'autre côté Anaal Nathrakh n'est plus glorieux. N empêche que bof quoi, ils ont mis du black bateau dans leur grind sans charme, alors oui c'est Greta-compatible mais pour sauver les bébés phoques je bouffe un ours polaire.

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 03/12/2019 à 19:49:53

C'est juste ton côté RN qui parle à la Brigitte Bardot, c'est tout.

sepulturastaman

sepulturastaman le 04/12/2019 à 05:34:59

Ah Brigitte Bardot c'était un sacré canon à l'époque...

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